Que dire, que faire ?  Questions qui risquent de rester sans réponse, vu la situation inédite et totalement surréaliste dans laquelle baigne la Tunisie. Nous sommes, en effet, dans un pays qui ressemble à une voiture,  au point mort, sur une pente raide. Et le conducteur, qui s’obstine à ne pas freiner et à ne pas faire démarrer le moteur, ne semble pas conscient de la survenue imminente de la catastrophe. Focalisant son attention sur des changements touchant la carrosserie, il ne fait rien pour freiner la descente vertigineuse et oublie que le moteur doit être actionné pour que le véhicule puisse remonter la pente. Résultat, le pays tout entier vit dans l’expectative et la rue est divisée en deux blocs, les pro et les anti Saïed, avec des heurts violents en perspective. En l’absence quasi-totale d’un minimum de culture politique, une bonne partie du peuple semble être totalement inconsciente de la gravité de ce qui s’est passé, obnubilée,  comme elle l’est, par des slogans et des actes de soi-disant luttes contre la corruption et la spéculation.

Il est vrai que la vie politique et le système qui la sous-tend sont pourris, mais la méthode Saïed est hélas à côté de la plaque. Saïed aurait pu faire travailler à fond le conseil de la Sécurité nationale qu’il préside et présider d’office le Conseil des ministres (Art. 93 de la Constitution), et ce, afin de sauver le pays.

Il aurait pu utiliser ces deux moyens efficaces pour contrer le «danger imminent», au lieu de tordre le cou à l’article 80 de la Constitution qui est un véritable mode d’emploi et qui  ne supporte aucune interprétation. Sachant que l’interprétation des textes législatifs est uniquement du ressort du pouvoir judiciaire. 

La situation est donc purement kafkaïenne, j’allais dire qaïssienne. Et le conducteur du véhicule Tunisie, en l’occurrence, le Président de la République, qui s’est arrogé, dès le 25 juillet dernier, d’une manière unilatérale, tous les pouvoirs, ne fait rien, oui absolument rien pour sauver l’économie, le moteur du pays, de la faillite qui l’attend. Pire, il est en train de lui donner le coup de grâce.

Aucune décision, aucun geste sérieux, aucune vague allusion, n’ont émané, en effet  de sa part en direction de l’économie agonisante. Son souci principal est d’asseoir son pouvoir absolu et de vouloir unilatéralement changer tout le système politique du pays, allant de la prise de mesures, le 25 juillet dernier, en  violation de la Constitution, jusqu’à son abrogation à peine maquillée, en passant par la paralysie totale de l’Etat, et ce,  en vertu du décret  présidentiel N° 117 du 22 septembre 2021.

Deux mois après les fameuses décisions du 25 juillet dernier, la Tunisie est encore, en effet, sans gouvernement. Ce grand handicap est venu s’ajouter à la décision anticonstitutionnelle de Saïed de geler les travaux du parlement. Traduire, impossibilité de faire avancer les négociations vitales avec les bailleurs de fonds internationaux et asphyxie totale des finances de l’Etat et de l’économie, en général, en perspective.

Or, Saïed avait bien précisé qu’il se charge de présider, à partir de cette date-là, le Conseil des ministres. A-t-il convoqué ledit conseil au moins une fois ? Ne serait-ce que pour des interventions urgentes en faveur de l’économie et des finances ? Bien sûr que non, occupé comme il était à philosopher sur la date de déclenchement de la révolution et à lancer des missiles sur ses détracteurs.

Deux mois sans gouvernement, deux mois sans mesures en faveur de l’économie mais deux mois pour préparer un texte qui fait de lui le détenteur de tous les pouvoirs sans contrainte aucune et le centre de gravité d’un processus de changement radical de toute la vie politique du pays vers un régime présidentiel fort.

Tout cela en s’appuyant sur ce qu’il a appelé la «volonté du peuple». Or, Saïed semble oublier que la volonté du peuple ne peut s’exprimer qu’à travers les urnes et selon des procédures légales bien précises, procédures qui doivent être scrupuleusement respectées sous peine de résultats caducs ?

Le flou s’est encore accentué, pour devenir presque opaque. Situation  d’autant plus alarmante que Saïed est toujours décidé à faire cavalier seul et à s’obstiner à ignorer les urgences économiques et la réalité des citoyens, y compris ceux qui ont voté pour lui par conviction et ceux, nettement plus nombreux, qui ont voté pour lui malgré eux.

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