Alors que tous les observateurs de la scène nationale s’attendaient à un nouveau chef de gouvernement au profil économique, Kaïs Saïed était d’un autre avis. Son choix est tombé sur une compétence féminine apolitique qui saura gérer, selon lui, la prochaine étape aussi délicate qu’elle soit. Le profil d’universitaire permettra-t-il à Najla Bouden-Romdhane de mener le combat économique et de faire face à une situation politique conflictuelle ?

Après plus de deux mois de suspense, le Président de la République, Kaïs Saïed, a fini par nommer la très attendue personne qui va diriger le prochain gouvernement. A la grande surprise des Tunisiens, le choix présidentiel est tombé sur une femme méconnue au sein la classe politique, mais aussi sur la scène nationale. En effet, nul ne pouvait prévoir une telle décision, Najla Bouden-Romdhane sera chargée de la formation du gouvernement « dans les plus brefs délais, conformément au décret-loi 117 de 2021 en date du 22 septembre 2021 (article 16) relatif aux mesures exceptionnelles ».

Suite à cette nomination, le Président Saïed n’a pas manqué, dans une vidéo publiée sur la page Facebook de la présidence de la République, de rappeler que c’est pour la première fois dans l’histoire de la Tunisie qu’une femme occupe ce poste. «C’est un moment historique, un honneur pour la Tunisie et un hommage à la femme tunisienne».

«Nous œuvrerons, avec une ferme détermination, à combattre la corruption et à lutter contre l’anarchie qui règne dans plusieurs institutions», a-t-il dit.

Kaïs Saïed a insisté sur la nécessité de hâter la formation du gouvernement «dans les heures ou les jours qui viennent» pour se pencher, sans plus tarder, sur la lutte contre la corruption. Une équipe qui doit s’activer pour répondre aux aspirations des Tunisiens et à leur droit à la santé, l’éducation, le transport et la dignité.

Certes, les défis sont énormes pour Najla Bouden-Romdhane qui sera appelée en premier lieu à trouver une issue à la crise politique et économique qui sévit dans le pays. Quel est  son profil et comment est-elle parvenue à convaincre le Président de la République pour faire un tel choix ?

Docteure en géologie, Najla Bouden-Romdhane est professeure de l’enseignement supérieur à l’Ecole nationale d’ingénieurs de Tunis. Elle occupe actuellement le poste de chargée de mise en œuvre des programmes de la Banque mondiale au sein du ministère de l’Enseignement supérieur.

En 2016, elle avait été chargée des fonctions de cheffe de l’unité de gestion par objectifs pour l’exécution du projet de la réforme de l’enseignement supérieur. En 2011, elle avait été nommée Directrice générale en charge de la Qualité au ministère de l’Enseignement supérieur.

Pas de profil économique

Alors que tous les observateurs de la scène nationale s’attendaient à un nouveau chef de gouvernement au profil économique, Kaïs Saïed était d’un autre avis. Pour lui, le choix est tombé sur une compétence féminine apolitique qui saura gérer, selon lui, la prochaine étape aussi délicate qu’elle soit. Mais son profil d’universitaire lui permettra-t-il de mener le combat économique et de faire face à une situation politique conflictuelle ? Si pour le premier défi, le rôle du ministre des Finances sera crucial, pour le deuxième la première cheffe d’un gouvernement tunisien sera livrée à elle-même, appuyée certainement par le Président de la République.

Réactions et attentes

« Une femme c’est bien, une personne compétente c’est mieux », si plusieurs partis et organisations ont félicité le Chef de l’Etat pour sa décision historique pour placer une femme à la tête du gouvernement, un moment historique en Tunisie, d’autres ont insisté sur la compétence du profil.

Le député affilié au Courant démocrate Nabil Hajji a affirmé dans ce sens qu’une « femme ne doit pas être désignée au poste de chef du gouvernement simplement parce que c’est une femme, elle doit aussi être compétente, en particulier dans le cadre des difficultés économiques que la Tunisie connaît en ce moment ».  « Le Président de la République avait à une époque blâmé Hichem Mechichi pour le manque de femmes dans son gouvernement. On s’attendait donc à ce que la parité soit respectée dans le nouveau gouvernement », a-t-il ajouté.

La présidente de l’Union nationale de la femme tunisienne (Unft), Radhia Jeribi, s’est félicitée du choix du Président de la République, estimant qu’il s’agit d’un exploit pour les femmes tunisiennes, ajoutant que la Tunisie a retrouvé son éclat sur la scène arabe suite à cette décision.

L’Association tunisienne des femmes démocrates (Atfd) a réagi à la désignation de Najla Bouden-Romdhane au poste de cheffe du gouvernement. Neïla Zoghlami, présidente de l’Atfd, a assuré que la désignation d’une femme à la tête du gouvernement est une demande de l’Atfd. Elle a précisé que lors d’une réunion avec le Chef de l’Etat, Kais Saied, l’Atfd avait demandé à ce qu’une femme soit désignée et avait également appelé à un gouvernement de parité.

Même son de cloche chez la Centrale syndicale. Le secrétaire-général adjoint de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt), Samir Cheffi, a fait part de la satisfaction de l’union compte tenu du choix du Président de la République de nommer une femme à la tête du gouvernement.

L’Union Tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) s’est dite, dans un communiqué, satisfaite du choix du Président de la République appelant le nouveau gouvernement à se pencher sur la donne économique pour la prochaine phase.

Sur le plan politique, le membre démissionnaire d’Ennahdha et député suspendu Samir Dilou a affirmé que même si cette nomination est «anticonstitutionnelle» elle est à féliciter. « C’est un gouvernement illégitime, mais je lui souhaite toute la réussite, car il s’agit de la réussite de la Tunisie », a-t-il estimé.

Idem pour le leader au sein de Qalb Tounès, Oussema Khelifi qui a souhaité voir ce prochain gouvernement obtenir la confiance du Parlement, autrement il sera, selon ses dires, illégitime. « J’espère que le gouvernement de Najla Bouden aura la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) conformément à l’article 89 de la Constitution, et ce, pour qu’elle soit légitime. En tant que première cheffe du gouvernement dans l’histoire du pays, je lui souhaite plein succès dans sa mission », a t-il dit.

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