La foule a encore une fois apporté son soutien au Président de la République, Kaïs Saïed. Il semble que dans cette épreuve, celle de la mobilisation de la rue, Kaïs Saïed serait sans concurrent. Encore faut-il le rappeler, ce n’est pas lui qui a appelé à une telle mobilisation, que se passerait-il donc s’il appelait ouvertement ses sympathisants à descendre dans la rue ou s’il décidait de fonder son propre parti ?


Ces derniers temps, l’avenue Habib-Bourguiba vit au rythme des manifestations, de la mobilisation, mais aussi de la tension. Si ces deux derniers week-ends ce sont plutôt les opposants du projet politique de Kaïs Saïed qui se sont timidement mobilisés, hier dimanche, toutes les voix criaient au nom du Président. « Dissolution du Parlement », « Lutte contre la corruption » et « Poursuite des corrompus », telles ont été les principales revendications des manifestants qui ont massivement répondu aux appels à la mobilisation en soutien au Président de la République et à son projet dans un message clair : « Le Président doit aller jusqu’au bout de sa manœuvre ».

En effet, elles étaient nombreuses les personnes qui sont descendues hier dans la rue pour appuyer davantage la légitimité et la popularité du Président de la République, Kaïs Saïed. Sans estimations officielles, il est difficile d’évoquer des chiffres exacts ou même approximatifs, mais certains parlent de plusieurs milliers de manifestants. Jeunes, personnes âgées, hommes et femmes, tous criaient au nom du président, certains le qualifient même de « sauveur de la patrie ». Le principal rassemblement a commencé en début de journée devant le théâtre municipal de Tunis dans une présence sécuritaire spectaculaire, certains jeunes affirment même y avoir passé la nuit pour répondre à cet appel. Ce sont notamment les coordinations ayant massivement contribué à la campagne électorale de Kaïs Saïed qui ont organisé cette manifestation veillant à s’opposer à toute « intrusion », comme le confirme un jeune activiste dans ces coordinations.

A 8h30, les forces sécuritaires étaient positionnées dans les quatre coins de l’avenue couvrant tous les accès, les passants et les manifestants étaient passés au crible dans une fouille sécuritaire minutieuse, on craignait logiquement l’infiltration d’éléments extrémistes ou de malfaiteurs.

Des manifestants venus en famille, des artistes, des politiciens et même des vacanciers et des touristes composent le rassemblement. En effet, plusieurs personnalités politiques sont présentes à cette manifestation à l’instar de l’activiste politique et soutien du Chef de l’Etat Ridha Chiheb Mekki et l’ex-ministre du Commerce, Mohamed Msellini, outre les activistes du mouvement du 25 juillet.

 Il est à peine 9h30, le rassemblement était assez nombreux devant le théâtre municipal, munis du drapeau et des couleurs de la Tunisie, les manifestants chantaient à plusieurs reprises l’hymne national, l’excitation était à son comble.

« Ghannouchi ennemi public » !  

Lors de cette manifestation, une chose est sûre, Rached Ghannouchi n’était pas le bienvenu. Toute la foule scandait des slogans hostiles au Président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) suspendu. Un manifestant lance même : « C’est un criminel, c’est un ennemi public pour les Tunisiens ». Effectivement, les manifestants appelaient ouvertement au départ de Rached Ghannouchi et son parti Ennahdha de la scène politique l’accusant de « violence », de « terrorisme » de « complotisme » et de « manque de patriotisme ».

La dissolution du Parlement figure parmi les principales revendications des manifestants. Pour eux, le Parlement incarne « corruption » et « chaos ». Tout au long de la journée, les appels à mettre fin au Parlement n’en finissent pas : « Le peuple exige la dissolution du Parlement », « Non au Parlement de la honte », « le Parlement, c’est fini »… !

Les manifestants qui ont également montré leur attachement aux revendications de la révolution et aux droits des martyrs ont exigé l’organisation d’un référendum compte tenu de la prochaine étape politique. « Nous sommes pour l’organisation d’un référendum pour changer le régime politique en Tunisie et pour en finir avec une démocratie corrompue et qui protège les cartels et les lobbys », explique une manifestante. Le changement de la Constitution séduisait également la foule dans la mesure où elle est « devenue source de conflit, de mauvaise gestion des affaires de l’Etat et de corruption », comme le confirme un autre manifestant.

Des manifestants venus de toutes parts

A midi, une marée humaine était déjà observable à l’avenue Habib Bourguiba. La mobilisation atteint son apogée et il était difficile de se déplacer au milieu de la foule. Malgré les températures assez élevées pour un jour d’octobre, l’avenue était saturée, des scènes qui nous rappellent d’ailleurs le jour d’élection du Président de la République lorsqu’il était descendu fêter sa victoire avec ses électeurs, ou encore la nuit du 25 juillet dernier.

Au fait, les manifestants affluaient de partout. Certains se sont déplacés même des gouvernorats de l’intérieur du pays pour participer à cette mobilisation. C’est d’ailleurs le cas d’un jeune manifestant de Kasserine, qui a dû passer la nuit devant le Théâtre municipal. Pour lui, il s’agit d’une occasion pour renouveler la légitimité du Président de la République et de contrer toute tentative de retour à l’avant 25 juillet. « Ce n’est pas une manifestation pour soutenir seulement Kaïs Saïed, c’est l’occasion de lui dire que nous sommes pour un passage en force pour dissoudre le Parlement, suspendre la Constitution et remettre le pays sur les rails du développement et de la lutte contre la corruption », soutient-il.

Pourtant, plusieurs manifestations de soutien au Chef de l’Etat ont été organisées simultanément hier, dans plusieurs villes tunisiennes dont notamment Sousse, Monastir, Gabès et Kasserine. Mais pour ces jeunes qui ont choisi de faire le déplacement à Tunis, l’avenue Habib-Bourguiba est considérée comme un lieu symbolique pour se faire entendre.

Organisation sur les réseaux sociaux

Les partisans du Chef de l’Etat avaient lancé des appels sur les réseaux sociaux pour descendre dans la rue et exprimer leur soutien aux mesures exceptionnelles décidées par le Président de la République le 25 juillet dernier et le 22 septembre et ce, en réponse au rassemblement de protestation organisé dimanche dernier, à Tunis, contre Kaïs Saïed par les sympathisants du mouvement Ennahdha. En effet, depuis une semaine, une mobilisation remarquable pour faire réussir cette manifestation s’était installée sur les réseaux sociaux. Les appels à descendre dans la rue étaient si nombreux que même des partis politiques y ont contribué. Parmi eux, le parti Echâab qui a appelé ses membres et ses sympathisants à répondre favorablement à cette mobilisation populaire dans l’objectif de « défendre l’Etat contre la corruption et de rectifier le processus démocratique ».  

Le parti « La coalition pour la Tunisie » a également appelé ses sympathisants et tous les Tunisiens à participer massivement à cette manifestation pour rectifier le « processus de la révolution ». Idem pour le Courant populaire qui a appelé, via sa page Facebook, tous les Tunisiens à manifester en signe de soutien au Président de la République.

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