«Faire les comptes» : c’est notre dernier «acte» du Ramadan. Notre ultime commentaire. Nous escomptons beaucoup du mois saint. Nous nous «mobilisons pour». Rien de plus normal que de faire des comptes, de dresser un «bilan», à la fin.

Les attentes cette année ?

Les mêmes que toujours. Les années fuient, le monde change, rien ne bouge dans le Ramadan des Tunisiens. Ils le veulent confortable avant tout. C’est-à-dire, essentiellement, «bonne table», «bonne télé». Une sorte de revanche sur la privation des journées. Les sociologues voudront bien nous fixer un jour sur le comment et le pourquoi d’un mois de piété et d’ascétisme qui peut «virer» ainsi quasiment dans son contraire. Les historiens de l’islam, aussi. Eux, expliqueront peut-être «le phénomène» en se rapportant à la modération séculaire de nos croyances religieuses. On «égrenait du bon temps» l’autre jour, et on s’est rappelé à ce qu’était et à ce qu’est, encore, la situation des non-jeûneurs dans ce pays. Une catégorie stable et, nonobstant l’extrémisme qui se manifeste ici ou là depuis 2011, une minorité plus que tolérée, acceptée et protégée. Le fanatisme n’a pas vraiment d’histoire chez nous. Le «cheikh» Almi et sa bande de crédules, les barbus accoutrés «afghans» qui vociféraient et jouaient aux pyromanes l’autre jour à Radès, devraient le comprendre une fois pour toutes : ils n’ont aucun avenir ici.

Ici, dans cette toute petite contrée musulmane d’Afrique et de Méditerranée, il semble bien, depuis des lustres, que l’on ait définitivement fait le choix de la concorde et de la vie.

A preuve : ce Ramadan, bien à nous, où l’on jeûne et où l’on peut ne pas jeûner, où l’on se prive le jour et où l’on fait la fête la nuit.

A preuve : ce confort que nous exigeons pour tous nos mois saints. Nos conditions pour le couffin et les prix, pour la meilleure bouffe et la meilleure télé.

A preuve : ces «comptes» que l’on fait, à l’adresse de qui nous gouverne et de qui nous divertit. Egalement.

Ce que furent le couffin et la bouffe en ce Ramadan 2019? Proprement l’inverse des promesses initiales.

Le gouvernement était affirmatif au début : «la marchandise sera disponible et les prix n’augmenteront pas». Voire : il multipliait les démentis : «ni la viande, ni la volaille, ni les fruits, ni les légumes ne connaîtront la hausse de 30% prédite par les économistes».

Le résultat ne s’est pas fait attendre. A peine dix jours et tous les prix ont flambé. Sans retour. De plus, l’huile compensée, l’huile du bon peuple est venue à manquer.

Le problème est davantage un problème de crédibilité. Si les engagements se contredisent en si peu de temps, où donc trouvera t-on confiance, en quoi et en qui ?

Quid des divertissements? Des programmes télés? La vérité est que c’est beaucoup plus difficile à dire. La critique (pour autant qu’elle a réellement exercé sa fonction) a trouvé à redire sur les nouveaux feuilletons. La violence de certains «scénaris» a même été condamnée. Reste que les contenus priment nettement moins que les audimats. Le répertoire télévisuel actuel ne vaut sûrement pas celui des années 90 et 2000 ; on est hélas loin, encore loin, des «Khottab al bab» et de «Choufli hall», les publics qui approuvent deviennent cependant plus nombreux. Qu’en résulte-t-il ? Une crainte, une réelle crainte, à notre avis : qu’à force de confondre audimats et contenus, on finira par se fourvoyer sur la qualité des produits. Au final sur le niveau des Arts et de la culture en général. Cela se précise chaque année, tous les Ramadans que Dieu fait, attention !

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