Le discours politique promettant une lutte sans merci contre ce fléau doit se traduire par des actions, des mécanismes, voire toute une stratégie et des programmes. Dernièrement, plusieurs dossiers de corruption concernant notamment certains recrutements dans la fonction publique ont été ouverts. Le nouveau gouvernement semble annoncer la couleur.

En nommant Najla Bouden à la tête de La Kasbah, le Président de la République Kaïs Saïed a tenu à préciser que la première mission de la nouvelle équipe gouvernementale sera de lutter contre la corruption. Lors de son discours à l’occasion de la formation du gouvernement, la Cheffe du gouvernement a également rappelé son adhésion à cette lutte.

Mais lutter contre la corruption doit se hisser au rang des mesures et des procédures concrètes, s’accordent les observateurs de la scène nationale. Car pour eux, le discours politique promettant une lutte sans merci contre ce fléau doit se traduire par des actions, des mécanismes, voire toute une stratégie et des programmes. Dernièrement, plusieurs dossiers de corruption concernant notamment  certains recrutements dans la fonction publique ont été ouverts.  Le nouveau gouvernement semble annoncer la couleur.

En effet, l’ordre a été donné et Sidi Bouzid semble être le premier gouvernorat concerné par cette campagne de lutte contre la corruption. La délégation régionale de la jeunesse et des sports a été ciblée par des arrestations d’un nombre de responsables, des mandats de recherche ont été également lancés par le tribunal de première instance de Sidi Bouzid. On soupçonne des dépassements et des dossiers de corruption.

Cette décision intervient quelques heures après un scandale au sein de la délégation régionale de l’éducation dans le même gouvernorat où une centaine d’enseignants auraient été recrutés par le biais de faux diplômes et ce avec la complicité de certains responsables de cette direction.

Sur fond de cette affaire, le ministère de l’Education a décidé de limoger cinq responsables au commissariat régional à l’éducation à Sidi Bouzid et de les poursuivre en justice pour falsification de diplômes ayant permis le recrutement d’enseignants. Dans des déclarations médiatiques, le ministre de l’Education, Fethi Selaouti, a noté que l’enquête se poursuivait au commissariat régional en question et dans plusieurs autres commissariats régionaux à l’éducation pour la vérification d’éventuels dépassements similaires.

D’autres dossiers dans le collimateur ?

Si le gouvernement a placé la lutte contre la corruption en tête de ses priorités, faut-il s’attendre à une opération mains propres ciblant d’autres gouvernorats ? En tout cas, toujours à Sidi Bouzid, selon certaines informations, la direction régionale de l’équipement serait également visée par une procédure judiciaire pour soupçons de corruption. Les prochains jours apporteront plus d’éléments à cet effet.

Loin de ce gouvernorat, la Cheffe du gouvernement avait insisté sur la nécessité de multiplier les efforts en vue d’éradiquer ce fléau. Si la mission n’est guère facile, la mouvance du 25 juillet, conduite notamment par le Président de la République, sera-t-elle à même de conduire une telle guerre contre les corrompus ? Comment faut-il procéder sans pour autant faire fuir les investisseurs et le capital financier ?

Toujours dans le cadre de cette campagne contre la corruption, le député et homme d’affaires Mehdi Ben Gharibia a été placé, samedi, en garde à vue à la caserne de la Garde nationale de l’Aouina. C’est son avocat, Ahmed Souab, qui a confirmé cette information, ajoutant que le procureur de la République a autorisé la perquisition du domicile de son client ainsi que les sièges de ses sociétés.

Préserver le pouvoir d’achat

Au fait, selon le gouvernement, ces actions visent notamment à préserver les droits des Tunisiens, sanctionner les corrompus et les fraudeurs et s’opposer à toute forme de spéculation dans l’objectif de préserver le pouvoir d’achat des citoyens. Le ministère du Commerce s’est également inscrit dans cette mouvance. Hier dimanche, il a annoncé dans un communiqué avoir lancé un programme de contrôle du secteur des fruits et légumes. C’est sa manière d’annoncer la guerre contre la spéculation et le monopole.

Ce programme de contrôle, qui a démarré le 15 octobre 2021, vise, selon le département, à mettre fin aux pratiques de spéculation et aux augmentations excessives des prix, en les réduisant et en les ajustant, de manière à les adapter au pouvoir d’achat du consommateur tunisien.

Ce programme s’articule, annonce-t-on, autour de la mise en place d’équipes de contrôle sur les routes, depuis les sites de production jusqu’aux marchés et zones de consommation, l’organisation d’opérations qualitatives de contrôle des entrepôts frigorifiques de produits agricoles et l’organisation d’opérations de contrôle spécifiques dans les marchés de gros.

L’Intérieur et la Justice,

la main dans la main

Pour sévir contre les fraudeurs, les corrompus et les cercles d’influence, les départements de l’Intérieur et de la Justice ont décidé de mettre la main dans la main. Il y a quelques jours, les ministres de l’Intérieur, Taoufik Charfeddine, et de la Justice, Leïla Jaffel, ont tenu une réunion de coordination au siège du département de l’Intérieur à Tunis.

La réunion a notamment porté sur le renforcement de la collaboration entre les deux ministères et l’application de la loi, selon les prérogatives de chaque département, en matière de lutte contre la criminalité, et en particulier la corruption, le monopole et la contrebande.

L’entretien entre dans le cadre de la consécration des droits économiques et sociaux des citoyens, comme le droit à l’égalité devant la justice, ou le droit à une justice équitable et indépendante, ajoute-t-on de même source. Les deux ministres ont décidé de tenir des réunions périodiques pour suivre l’avancement de l’exécution des points abordés.

Khalil JELASSI

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2 Commentaires

  1. Maghzaoui

    18/10/2021 à 13:18

    Cela va de soit, si la Tunisie veut vraiment se débarrasser de la corruption en général, il faut absolument que les investisseurs et les capitaux soient propres et que l’argent sale n’a plus sa place en Tunisie, mais hélas pour éradiquer ce fléau il faut beaucoup de volonté et surtout la sincérité de l’État providence pour attaquer le problème à la racine.

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  2. Hatem Belhi

    18/10/2021 à 18:53

    La Tunisie est sur la bonne voie, le signal est donné et dorénavant tout le monde est averti. Il est important que le peuple de range du cote du mouvement mains propres et être vigilent informateur. L’opération est menée par les autorités mais seul le peuple peut en en garantir le succès.

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