Retour de manivelle : certains hommes politiques sont en train de perde tout ce qui a contribué à bâtir leur parcours, tout ce qui leur avait permis de se faire un nom. On n’y est pas encore à fond, mais l’idée qu’on risque d’y parvenir un jour est tout à fait dérangeante, voire décevante.


Le contexte dans lequel se revendiquent aujourd’hui certains hommes politiques est loin de pouvoir véhiculer les valeurs éducatives, encore moins celles de l’appartenance,  auxquelles ils auraient dû pourtant être particulièrement attachés. Le constat n’est pas nouveau. Il est devenu presque habituel. Et la confirmation nous vient cette fois de l’ancienne magistrate Kalthoum Kannou qui a estimé, dans un post publié sur sa page officielle, que pour faire réussir le processus qui a commencé le 25 juillet, et notamment le Dialogue national, « il faut faire participer tous les acteurs politiques, à l’exception cependant de ceux qui ont lancé des appels à l’ingérence étrangère ».

Réagissant à la même thématique, des enseignants universitaires et acteurs de la société civile ont lancé une pétition en ligne pour exprimer « leur refus absolu et total à toute atteinte à la souveraineté de la Tunisie ».

On craint aujourd’hui que l’activité politique ne se transforme en une opportunité de règlement de compte, ou encore pour servir les intérêts personnels, ainsi que ceux de certaines parties lobbyistes.  Retour de manivelle : certains hommes politiques sont en train de perde tout ce qui a contribué à bâtir leur parcours, tout ce qui leur avait permis de se faire un nom. On n’y est pas encore à fond, mais l’idée qu’on risque d’y parvenir un jour est tout à fait dérangeante, voire décevante. Les enjeux autour de l’activité politique sont devenus considérables, ce qui constitue la principale menace qui pèse sur l’avenir du pays, à partir du moment où les intérêts personnels et partisans justifient aujourd’hui tous les moyens utilisés et employés. 

Les politiques ont pris certes une place imposante, mais dans la réalité bien supérieure à ce qu’ils peuvent assumer, ou encore apporter au pays. Aussi riche qu’ait été le parcours de certains d’entre eux, il n’en est pas moins qu’ils sont tombés dans leur travers par la suite et essentiellement lorsqu’ils sont passés de la période du militantisme à celle de la construction et de la pertinence des idées des stratégies. Il faut dire que cela ne concerne pas seulement une minorité, mais presque tout un système qui  repose sur l’intérêt personnel et partisan et sur le règlement de compte ; et surtout la surenchère politique sous-jacente. Plus de dix ans après la Révolution, l’on ne peut plus aujourd’hui espérer d’eux des comportements exemplaires, car ils évoluent dans un univers déconnecté, d’argent facile et abondant et dans un milieu où il faut se singulariser et se faire remarquer à tout prix.

Il faut dire que du fait de leur passé et de leur vocation, il s’est avéré que rien ne prédisposait un bon nombre de politiques à être les parangons de vertu que l’on souhaiterait qu’ils soient. Du moins par rapport à ce qu’ils ont laissé entrevoir une fois passés de l’autre côté de la barrière. Cependant et même s’ils ont quelque part compromis ce que nous avions aimé hier en eux, nous continuons à respecter ce qu’ils ont accompli avec tout le mérite que cela impose et à reconnaître tous les sacrifices qu’ils ont consentis.

A cette vision humaniste, s’oppose toutefois une doctrine qui voit aujourd’hui le paysage politique comme le miroir d’une élite défaillante et déficiente. Les excès, les manquements et les polémiques  caractériseraient mieux la classe  politique. Un environnement qui, force de le reconnaître, n’est plus cet exutoire de passions, d’enthousiasme et même d’idolâtrie des premiers jours de la Révolution. Un environnement dans lequel le dérapage s’est transformé en un fait ordinaire, tandis que le caractère prétendument exemplaire de l’action politique est ouvertement contredit.

Derrière autant de manquements et de transgressions, s’est ouvert un débat bien plus vertigineux. Les dérapages politiques seraient-ils en passe de bouleverser en profondeur les priorités du pays ?  Penser que les politiques allaient mettre un terme aux crises économiques et sociales relève du rêve, pour la simple raison que les débats, les prévalences et les primeurs ont été détournés de leur vocation. Entre ratage gâchis et imperfections dans leur utilisation, ils rappellent qu’ils ont été déviés de leurs objectifs. Pire, de leur raison d’être.

On n’est plus censé l’ignorer : Il existe aujourd’hui une vraie cassure. Bien d’hommes politiques  sont victimes de leurs choix. Incapables de faire la part des choses et en perte de repères, ne faisant pas plus, et encore moins mieux, ils donnent l’impression d’être de plus en plus incapables de redorer leur blason. Le discours à travers lequel ils se revendiquent est encore plus que compromettant.

Le Tunisien, la Tunisie peuvent-ils encore leur faire confiance ?

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