Art et pouvoir de la déformation politique

2,012
Editorial La Presse

Au lendemain de la révolution et pendant plus d’une décennie, la déformation politique et l’inaptitude dans les domaines et les activités en tous genres avaient perduré. Les gouvernants de l’époque avaient privé la Tunisie de quiétude et de dimension. Les valeurs liées à l’action politique, notamment morales, respect des règles, respect des autres et loyauté, avaient entraîné le paysage politique dans une démobilisation particulièrement orientée vers l’excès et la disproportion. La plupart des partis politiques avaient associé avec imprécision l’action politique aux dépassements et aux dérèglements. Ils en avaient fait un prétexte, voire une raison, pour dénaturer les vertus de la révolution, tout particulièrement à travers des comportements abusifs, ou même des relents récurrents à l’absence de morale.

Les excès étaient courants. Ils n’avaient ni justification ni fondement. Les actes d’absolution et de décharge, impliquant des défaillances à des degrés de gravité variés, n’avaient épargné aucun domaine. Aucune structure de l’Etat. Il faut dire qu’au-delà des attitudes le plus souvent curieuses et pour le moins dénuées de sens de la responsabilité, l’incapacité de cohabitation politique avait entraîné Ennahdha et ses alliés dans les sentiers battus. Cela avait pris des proportions encore plus alarmantes lorsque le contexte politique, mais aussi social, était devenu explosif. La polémique et les altercations permanentes qui ne cessaient de marquer le paysage politique avaient fini par devenir une source de pessimisme et de doute. Ce qui avait conduit la classe politique à se plier à toutes sortes de pratiques étrangères au champ des compétences et des valeurs sûres. Et dire que les Tunisiens attendaient des gouvernants de l’époque qu’ils assument un rôle essentiel dans la construction d’une Tunisie plus performante, mais aussi plus humaine, notamment par les valeurs morales qu’il convenait de sauvegarder.

Il ne s’agit pas aujourd’hui de procéder à une comparaison entre les époques, encore moins de s’appesantir sur les défaillances et les déficiences de la décennie noire, d’ailleurs ce qui va aujourd’hui de soi n’avait aucune raison d’être dans cette période sombre de la Tunisie, mais bien dans l’affirmation essentielle que l’action politique n’a aucun sens si son éthique fondamentale n’est pas respectée. Elle demeure énigmatique, voire étrange, pour ceux qui ne savent pas l’apprécier à sa juste valeur…

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