Si la réunion a notamment porté sur les négociations sociales, mais aussi sur l’actualité politique et économique dans le pays, il était également question de tourner la page de ce conflit qui était parti pour s’installer.


Le président de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), Samir Majoul, s’est réuni, hier avec le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt), Noureddine Taboubi, et ce, en présence de plusieurs membres du bureau exécutif de la Centrale syndicale.  La réunion a porté sur la situation générale du pays. Les deux parties ont évoqué plusieurs questions, notamment celle relative aux négociations sociales et à la nécessité de les achever dans les plus brefs délais.

Une réunion au plus haut niveau entre les deux centrales qui met fin ainsi à une séquence de tension, de crise et de malentendus.

Si la réunion a notamment porté sur les négociations sociales, mais aussi sur l’actualité politique et économique dans le pays, il était également question de tourner la page de ce conflit qui était parti pour s’installer.

Car, en effet, depuis plusieurs semaines, le torchon brûle entre l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) et l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica). Et pour cause, un malentendu au sujet des augmentations salariales et des droits des travailleurs. En résumé, l’Ugtt accuse l’Utica de manquement à ses obligations et ses engagements envers les travailleurs. Mais pour le patronat, on ne peut même pas évoquer des augmentations dans ces circonstances que traverse le pays.

Au fait, un froid polaire s’est installé depuis plusieurs mois entre les deux plus grandes organisations tunisiennes. D’ailleurs, au sujet des droits des travailleurs, le contact avait été rompu immédiatement après la signature d’un accord-cadre en septembre 2018 entre les deux structures, depuis, aucune communication entre les deux parties n’a eu lieu.

Récemment, cette tension a rapidement pris la tournure d’une guerre de déclarations entre les dirigeants de la Centrale syndicale et du patronat. La grève dans le secteur privé à Sfax a enfoncé le clou. Si pour l’Utica, cette grève allait à l’encontre de l’intérêt du pays, « Cet appel à la grève qui concerne plus de 170 entreprises de production à Sfax ne tient pas compte de la situation générale que traverse actuellement le pays », regrettait l’Utica.

Un communiqué qui a enflammé davantage ce conflit entre les deux structures. Ripostant, le bureau exécutif élargi de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) a condamné le communiqué du président de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat dans lequel « il déclarait la guerre aux travailleurs ». Selon la centrale syndicale, l’Utica a lancé une «attaque féroce contre les structures syndicales et contre les droits constitutionnels, dont le droit à la grève».

Dans un communiqué, l’Ugtt accuse même l’Utica de tenter d’exploiter la circonstance que traverse le pays pour diaboliser et inciter contre elle, s’ingérer dans ses affaires, et créer des prétextes pour « dévorer » les droits des travailleurs.

Ce conflit qui tombait mal, puisque dans cette période, le pays ne pourra, en aucun cas, supporter de nouvelles tensions, intervenait aussi sur fond de guerre de déclarations entre les dirigeants des deux structures.

Pour les dirigeants du patronat « l’escalade dans laquelle s’engage la Centrale syndicale, notamment en ce qui concerne la grève générale organisée dans le gouvernorat de Sfax, ainsi que la programmation d’autres éventuelles grèves dans d’autres gouvernorats, ne fera qu’aggraver la situation ». « Cela allait entraîner la destruction des institutions, la perte d’emplois, des dommages pour l’économie nationale et porter atteinte à l’image des organisations nationales dans le pays » a-t-on averti.

Répondant à de telles accusations, le secrétaire général adjoint de l’Ugtt, Sami Tahri, a qualifié ces propos de « scandale ». Pour lui, « c’est l’insolence du capital qui veut tirer profit de toutes les époques ».

Sachant qu’un tel conflit ne profite en rien à personne, le premier responsable de la Centrale syndicale, Noureddine Taboubi, a choisi la désescalade. Dans des déclarations médiatiques, il explique qu’aucun conflit n’existe entre les deux structures, appelant à éviter les « polémiques stériles ». Et d’ajouter que l’Ugtt a choisi de ne pas organiser le dialogue social dans de telles circonstances, appelant à l’apaisement du climat politique et social et au dialogue. « L’Ugtt ne cherche aucun conflit, ce qui nous importe le plus, c’est la situation du pays et nous sommes prêts au dialogue sur la base de l’intérêt général de la Tunisie », soutient-il. Il a annoncé dans ce sens qu’une réunion de travail sera tenue prochainement avec la Cheffe du gouvernement pour revenir sur plusieurs questions, dont notamment la situation sociale et économique.

Réagissant à ces propos, le membre du bureau exécutif de l’Utica, Bechir Boujday, a affirmé également que ce qui s’est passé entre les deux organisations, n’est autre qu’une tempête dans un verre d’eau. 

Vers une nouvelle initiative ?

Notons que les deux structures s’apprêtent à contribuer à une nouvelle initiative de dialogue national qui sera présentée par le Quartet. En effet, au cœur de la crise politique qui sévit dans le pays, le Quartet, prix Nobel de la Paix en 2015, s’apprête à présenter une nouvelle initiative de dialogue national. C’est, en tout cas, ce qu’affirme le président de la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme, Jamel Msallem. Si, pour lui, la situation de blocage ne pourrait pas persister encore, il a appelé tout le monde à faire preuve de retenue et faire prévaloir les intérêts du pays.

Il est à rappeler également que l’Utica a appelé à mettre en place un dialogue tripartite rassemblant le gouvernement, l’Utica et l’Ugtt pour trouver une solution aux problèmes du moment.

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