L’objectif de la dernière réunion n’est autre que de briser la glace entre la Tunisie et le FMI, car les négociations ont été suspendues depuis plusieurs mois et même avant les évènements du 25 juillet au vu des divergences à tous les niveaux. De ce fait, le nouveau gouvernement semble avoir saisi l’importance d’entretenir de bonnes relations avec le FMI, premier financeur étranger de la Tunisie depuis 2011.

Entre les institutions financières internationales et la Tunisie, ce ne sont pas de beaux jours. Alors que le pays fait face à d’énormes risques budgétaires, les citoyens sont même appelés à contribuer à renflouer les caisses de l’Etat, ces bailleurs de fonds refusent depuis plusieurs mois toute assistance financière à la Tunisie sans réformes et surtout sans visibilité politique.

En effet, les évènements du 25 juillet ont retardé davantage les négociations de la Tunisie notamment avec le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM), d’ores et déjà entravées par l’absence de réformes exigées par ces deux institutions. D’ailleurs, le Chef de l’Etat a toujours précisé que la Tunisie « ne sera pas à la place de l’élève de ces institutions, ni des agences de notation ». Sauf que sans l’assistance du FMI, par exemple, la Tunisie risque gros, dans la mesure où elle ne parvient même pas à boucler son budget pour l’année courante dans le cadre de la loi de finances complémentaire qui tarde toujours.

Quoi qu’il en soit, la Tunisie est appelée à rester attentive à toutes les recommandations de telles institutions financières, par lesquelles passent tous les cercles de l’économie mondiale. Mais récemment, on commençait à voir le bout du tunnel avec une réunion technique d’envergure entre des responsables tunisiens et ceux du FMI.

En effet, les autorités économiques et financières tunisiennes, représentées par Marouane El Abassi, gouverneur de la BCT, Samir Saïed, ministre de l’Economie et de la Planification, et Sihem Nemsia, ministre des Finances, se sont entretenues, jeudi dernier, avec une délégation du Fonds monétaire international (FMI), conduite par Jihad Azour, directeur du département Mena.

Chris Geiregat, chef de la mission du FMI en Tunisie, Jérôme Vacher, représentant résident du Fonds en Tunisie, et Hossein Hosseini, administrateur de la Tunisie auprès du FMI, ont également pris part à cette réunion virtuelle, indique un communiqué de la Banque centrale de Tunisie (BCT).

« Cette réunion, qui s’inscrit dans le cadre de la poursuite des discussions techniques entre les services du FMI et les autorités tunisiennes, a porté sur la revue de l’évolution économique et monétaire en Tunisie. La réunion a porté, également, sur les réformes économiques envisagées par les autorités tunisiennes et pouvant être soutenues par les partenaires internationaux et notamment le Fonds monétaire international suite à une requête officielle formulée cette semaine par la Cheffe du gouvernement tunisien à la directrice générale du Fonds », a-t-on également affirmé.

Entretenir de bonnes relations avec le FMI

Au fait, la délégation tunisienne a fait part de sa disposition à engager les réformes nécessaires. D’ailleurs, les deux parties se sont accordées sur « l’importance des orientations stratégiques arrêtées par le gouvernement tunisien qui seront traduites, en partie, au niveau de la LF 2022, à même de donner un signal fort tant aux bailleurs de fonds qu’aux investisseurs tunisiens et étrangers ».

Dans ce sens, un consensus de tous les intervenants s’est dégagé autour de l’importance d’impliquer toutes les parties prenantes nationales dans la conduite de ces réformes.

Car en effet, l’objectif de cette réunion n’est autre que de briser la glace entre la Tunisie et le FMI, car les négociations ont été suspendues depuis plusieurs mois et même avant les évènements du 25 juillet au vu des divergences à tous les niveaux. De ce fait, le nouveau gouvernement semble avoir saisi l’importance d’entretenir de bonnes relations avec le FMI, premier financeur étranger de la Tunisie depuis 2011.    

Mais cette réunion pourrait-elle signifier une reprise des négociations officielles entre les deux parties ? Pas encore confirmé, mais au moins elle servira de moyen pour dissiper le flou et détailler à ce bailleur les engagements de la Tunisie en matière de réformes économiques. Maintenant, il faudra s’attendre à de nouvelles réunions à haut niveau pour officialiser ce retour à la table des négociations.

Qu’attend le FMI de la Tunisie ?

Au fait, depuis plusieurs années, le FMI demande avec insistance aux gouvernements qui se sont succédé à la tête de l’Etat, des réformes économiques d’envergure. En résumé, les préoccupations du FMI portent sur le fait que les fonds accordés à la Tunisie par les différents partenaires finissent dans les dépenses courantes, comme les salaires et la consommation. Sauf que ceci va à l’encontre des projets de développement et de réforme de l’économie, de l’agriculture et de la production, ce que refuse le FMI. 

A cet effet, l’institution financière souligne l’impératif d’augmenter la croissance à travers la réduction des dépenses publiques, la lutte contre l’inflation et le soutien du secteur privé, fortement impacté par la crise du coronavirus.

« Pour la Tunisie, nous sommes très clairs quant au fait que le pays a besoin de réformes économiquement ciblées et urgentes, afin de stabiliser l’économie et mettre les finances publiques sur une voie durable. L’objectif étant de créer un climat favorable à la création d’emplois et permettre une croissance plus durable », expliquait, à cet effet, la directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva.

Il n’en demeure pas moins que l’obtention d’un nouvel accord avec le FMI s’annonce crucial pour l’opération sauvetage de l’économie nationale. Déjà en mai dernier, Marouane El Abassi avait alerté contre une explosion économique, « dans la mesure où nous avons perdu beaucoup de temps pour négocier l’accord avec le FMI ».

En tout cas, la Tunisie veut solliciter auprès du Fonds monétaire international une ligne de crédit de quatre milliards de dollars. Un tel soutien financier serait indispensable pour surmonter la crise économique aggravée par les retombées de la pandémie de Covid-19.

Mais la récente dégradation de la note souveraine de la Tunisie aggrave davantage la situation. Concernant cette nouvelle donne, le Directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale au Fonds monétaire international, Jihad Azour, explique que le FMI tiendra des réunions au cours des prochains jours avec des membres du gouvernement pour étudier la possibilité et les formalités d’une potentielle aide à la Tunisie.

Charger plus d'articles
Charger plus par Mohamed Khalil JELASSI
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire