Entre crise politique et économique, revendications sociales et tension, c’est le pouvoir d’achat des Tunisiens qui semble être jeté aux oubliettes. Aussi pour certaines familles, subvenir à leurs besoins les plus nécessaires s’avère t-il un calvaire quotidien. Prix hors de portée, salaires gelés et inflation en hausse, la situation est loin d’être confortable même pour la classe sociale dite moyenne.


En effet, ces derniers temps, ils sont nombreux les Tunisiens qui ont constaté l’augmentation des prix des produits de base sans aucun préavis. La mouvance du 25 juillet conduite par le Président de la République, qui avait pourtant promis de préserver le pouvoir d’achat des Tunisiens, semble perdre cette guerre.

Pis encore, les prix ont connu une envolée sans précédent en dépit des efforts des ministères du Commerce et de l’Intérieur pour lutter contre les phénomènes de monopole et de spéculation. Visiblement, le problème serait plus profond que cela et les défis sont nombreux. C’est toute la chaîne de production, tous les circuits de distribution et c’est le système de subvention et de compensation qu’il faut revoir pour préserver le pouvoir d’achat des Tunisiens.

Du côté de Carthage, le Président de la République ne rate aucune apparition médiatique pour appeler à la préservation du pouvoir d’achat des citoyens.

D’ailleurs, juste après le 25 juillet, il avait lui-même conduit sur terrain certaines descentes dans les entrepôts de stockage et de refroidissement. En nommant une nouvelle cheffe du gouvernement, il avait également placé ce défi à la tête de ses priorités, mais jusque-là il n’en n’est rien. Dans ces circonstances et face à la détérioration de son pouvoir d’achat, le Tunisien est même appelé à aider l’Etat dans son épreuve de clôture du budget de l’Etat pour l’année courante.

Quelles solutions pour préserver le pouvoir d’achat des Tunisiens qui ne cesse de se dégrader ? Que reste-t-il à un père de famille qui lutte quotidiennement pour subvenir aux besoins de ses enfants ? Quelles décisions urgentes prendre pour sortir de cette situation et comment stopper cette hémorragie ? Tant de questions qui se posent, alors que les conditions de vie sont devenues de plus en plus inconfortables même pour les fonctionnaires, que dire pour les travailleurs journaliers ?

Pressions budgétaires et revenus limités

Cette nette détérioration du pouvoir d’achat des Tunisiens s’explique, selon les économistes, par d’énormes pressions budgétaires auxquelles font face les ménages tunisiens avec des revenus, pour certains extrêmement limités. Sauf que ces pressions s’expliquent à leur tour par la multiplication des dépenses et l’apparition de nouveaux modes de consommation. Il n’en demeure pas moins que les prix des produits de consommation ont connu, durant cette dernière décennie, une nette hausse pour certains les prix ont triplé voire quadruplé en l’espace de quelques années. Un constat amplifié par la faible augmentation des salaires restés pratiquement figés depuis plusieurs années, en dépit des négociations sociales engagées par l’Union tunisienne générale du travail (Ugtt).

La conjoncture sanitaire et la situation économique qui ne cessent de se détériorer ont également accentué ces pressions sur le pouvoir d’achat des Tunisiens, sans que l’Etat ne parvienne à trouver de meilleures solutions que les aides conjoncturelles pour le préserver.

La classe moyenne en voie de disparition ?

L’envolée des prix, l’inflation, le chômage, les pertes d’emplois et l’endettement ont eu des retombées lourdes surtout sur la classe moyenne tunisienne et d’autres couches vulnérables de la société ces dernières années. Le pouvoir d’achat des Tunisiens en général a considérablement régressé entre 2011 à 2021 et la classe moyenne s’est rétrécie et a perdu environ 40% de son pouvoir d’achat, selon certaines estimations non-officielles.

Il faut noter qu’au vu de ces risques financiers auxquels sont continuellement exposées certaines familles tunisiennes, plusieurs ménages de la classe dite moyenne risquent de basculer dans la pauvreté.

Selon les résultats d’une enquête menée par l’Institut tunisien d’études stratégiques (Ites) en 2018, le pourcentage de la classe moyenne a chuté de 20% en 8 ans seulement, passant de 70% en 2010 à 55% en 2015 pour frôler les 50% en 2018.

A ce rythme, cette catégorie sociale de la population qui se situe entre la classe riche et la classe la plus défavorisée serait en voie de disparition. Phénomène qui creuserait davantage les disparités sociales.

Ce groupe socioprofessionnel regroupe les fonctionnaires, les salariés privés, les petits chefs d’entreprise… En 1984, cette classe moyenne représentait 84 % des habitants contre moins de 50 % en 2018. Les principaux indicateurs de leur régression sont la perte du pouvoir d’achat, un compte débiteur et l’endettement des ménages…

Que faire ?

Face à ce constat que faut-il faire pour préserver le pouvoir d’achat des Tunisiens ? Entre les augmentations salariales qui parfois enfoncent le clou dans une situation économique vulnérable, et la lutte contre la hausse des prix n’existe-t-il pas d’autres solutions ?

L’économiste Ridha Chkondali explique à notre journal que les solutions ne manquent pas. Selon lui, l’Etat doit être astucieux et ingénieux pour faire face à ce problème autrement. Son idée est qu’il faut diminuer intelligemment les dépenses facultatives des Tunisiens, devenues conséquentes sur leur pouvoir d’achat. Par exemple, il cite la question des cours supplémentaires qui « est en train de détruire le pouvoir d’achat des citoyens ». Il note que l’Etat doit réactiver son rôle social, notamment en matière d’éducation, de santé et de transport pour offrir de meilleurs services aux citoyens, cela, explique-t-il, contribuera à la préservation du pouvoir d’achat sans pour autant diminuer les prix ou augmenter les salaires.

« Ce dont nous avons besoin dans le prochain PLF, c’est une annonce des priorités. La première porte sur l’amélioration du pouvoir d’achat des citoyens. Ceci passe par des mesures qui visent à garantir une meilleure éducation pour faire face au problème des cours supplémentaires, mais aussi par l’amélioration des services de transport et de santé, cela aura un impact direct sur le pouvoir d’achat des Tunisiens. Il est également question de faire face au chômage et de pouvoir créer de nouveaux postes d’emploi, d’encourager l’investissement et de protéger le tissu entrepreneurial. Ce PLF pour l’exercice 2022 doit assurément répondre à ces priorités », a-t-il expliqué.

L’ODC fait peau neuve

Dans ce cadre, la principale organisation qui défend le pouvoir d’achat des Tunisiens fait peau neuve. Les travaux du 7e congrès de l’Organisation de défense du Consommateur (ODC) tenu les 5 et 6 novembre 2021 se sont soldés par l’élection d’un nouveau bureau exécutif constitué de 15 membres dont 3 femmes pour un mandat de cinq ans.

Thouraya Tabessi, membre du nouveau bureau exécutif, a déclaré que les élections ont abouti à l’élection, selon le nombre de voix obtenues, de Lotfi Khaldi, Abdellatif Chabou, Thouraya Tabessi, Néjib Khalfaoui, Amine Dellah, Sana Oueslati, Slim Sâadallah, Mohamed Zarrouk, Mohamed Lassâad Bornaz, Ammar Dhaya, Tahar Rachdi, Ali Abdelmoula, Hela Hafsa, Ridha Farhat et Mouhamed Boufaroua. Elle a fait savoir que la répartition des tâches entre les membres du nouveau bureau exécutif sera effectuée d’ici une semaine, indiquant que le nombre de congressistes a atteint 300 personnes alors que le nombre de participants aux travaux s’élève à 600 personnes. De quoi s’attendre à un renouveau en matière de défense des droits économiques et sociaux des Tunisiens.

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