Augmentation de l’opacité politique et des risques financiers économiques, d’un côté, montée de la colère chez une frange de la population, contre le pouvoir en place, de l’autre. La situation actuelle du pays est devenue encore plus inquiétante en termes de stabilité, surtout au vu de la guerre encore verbale entre les partisans de Saïed et ceux qui sont contre lui et qui, eux, forment une population non homogène.

Or, qui dit opacité et instabilité dit très peu d’investissements, surtout ceux à haute valeur ajoutée et augmentation de la fuite des capitaux. Aucune relance d’une économie exsanguë ne peu avoir lieu, chacun le sait dans une situation d’exception et en présence d’un provisoire qui semble durer.

Les signes rassurants parvenus,  lundi du tandem La Kasbah- Rue- M’hamed-Ali, ne doivent pas cacher pour autant la grave crise politique et économique que notre pays subit depuis plus d’une décennie et qui est en train de le pousser inexorablement vers la faillite totale.

Négociations salariales et résolution du problème épineux des entreprises publiques ne vont certainement pas constituer un remède efficace pour la grave crise économique et financière qui secoue notre pays et qui nécessite des sacrifices de la part de tous.

Or, le peuple a, à la fois les poches vides, le cœur gros, et très peu d’espoir dans une éventuelle embellie. Après un peu plus de 100 jours d’état de fait au cours desquels un seul homme concentre la quasi-totalité des pouvoirs, la seule impression qui se dégage est que cet état d’exception va durer et que le pays est devenu la scène d’un gigantesque règlement de comptes.

Et au lieu de se mettre devant les yeux les plus de 100 mille emplois perdus et les plus de 70 mille entreprises qui ont mis les clés sous le paillasson au cours de ces derniers mois, à la suite d’une mauvaise gestion de la pandémie causée par le coronavirus, certains passent leur temps à décompter les manifestants des deux camps.

Pourquoi s’en inquièteraient-ils, puisque Saïed adore, à chaque fois qu’il s’exprime publiquement, lancer ses «fusées» sur des ennemis qu’il qualifie de tous les noms sans les nommer, participant ainsi à envenimer les rapports au sein de la population, surtout celle qui se livre bataille sur les réseaux sociaux. Ses propos sont, en effet, en train d’alimenter cette guerre qui semble s’amplifier en l’absence de réalisations concrètes en faveur de la population.

Mais là où le bât blesse est que ces batailles se font surtout sur la base d’impressions, de rumeurs, de fake news et autres contre-vérités, le tout baignant dans une inquiétante ignorance dans le domaine de la politique et une indigence flagrante en termes d’outils de réflexion.

Tout est mélangé et chacun procède aux déductions les plus extravagantes afin de soutenir ses positions, surtout lorsqu’il s’agit des mesures du 25 juillet dernier, démontrant ainsi un grave déficit intellectuel  et une ignorance révoltante des dispositions de la Constitution.

Sachant que la situation d’avant cette date-là était infecte partout et non au sein du Parlement seulement et que Saïed a participé d’une manière parfois active, parfois passive, à l’acheminement du pays vers ce fâcheux résultat. Tout le monde en est convaincu, aujourd’hui, Saïed n’a rien à proposer en dehors de son projet de démocratie locale, très controversé et de système présidentialiste, à cause duquel le  pays a souffert  plus d’un demi-siècle. A preuve, il semble trouver un malin plaisir à présider conseil des ministres après conseil des ministres pour prendre des décisions routinières pour ne pas dire tout simplement administratives.

Il aurait pu présider autant de conseils des ministres qu’il voulait sans le recours d’une manière abusive et anticonstitutionnelle au fameux article 80, comme il l’a fait le 25 juillet dernier, puis de la violation flagrante de la Constitution après moins d’un mois, en publiant le texte du 22 septembre grâce auquel il s’est proclamé seul maître à bord. Ainsi, il aurait pu apporter toutes les solutions aux problèmes auxquels le pays est confronté.

La Constitution autorise, en effet, le Chef de l’Etat à présider n’importe quelle réunion du Conseil des ministres et quand il le veut (Art.  93), cela en plus de ses prérogatives en tant que président du Conseil de la sécurité nationale qui, lui, peut débattre de tout, surtout des dangers qui guettent le pays. Une question s’impose, pourquoi Saïed n’a pas réuni  ledit Conseil alors qu’il n’a pas cessé de répéter, depuis le 25 juillet  que le danger s’est abattu sur le pays même avant  cette date-là ?  Le système en place depuis 2014, y compris celui en vigueur depuis le 25 juillet,  doit donc  plier bagage. Il doit le faire avec le moins de dégâts possibles. La réforme du Code électoral, jouissant d’un consensus,  doit être entérinée, des élections législatives et présidentielle doivent être organisées le plus tôt possible selon l’actuelle Constitution. Celle-ci  ne pourrait faire l’objet  d’éventuels amendements qu’après lesdites élections et selon les procédures qu’elle dicte.

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