La loi n°38 de l’année 2020 portant dispositions dérogatoires pour le recrutement dans le secteur public fait polémique. Nécessitant une vraie réflexion, elle se présente aujourd’hui comme un cadeau empoisonné dans la mesure où elle rebondit au mauvais moment et qu’elle constitue, à n’en point douter, une option décisive et déterminante pour l’avenir de l’administration tunisienne.

Il faut dire que les travers qui ont accompagné depuis 2011 les recrutements dans la fonction publique se sont nettement répercutés sur l’économie et les finances de la Tunisie. Il était entendu que les exigences liées à la bonne gestion et la bonne gouvernance n’étaient nullement un  atout de poids pour la classe politique post-Révolution. C’est à ce titre que l’on avait commencé à s’inquiéter pour un pays dont les fondamentaux se détérioraient d’une année à l’autre sans que les gouvernants puissent redresser une situation devenue à la longue ingérable.

La masse salariale a connu une telle proportion que l’Etat se trouve aujourd’hui incapable d’assurer les salaires des fonctionnaires. Les choix par les gouvernements successifs, notamment ceux dirigés par le mouvement Ennahdha et ses alliés, et qui se sont traduits par des milliers de recrutements infructueux et improductifs, des emplois fictifs, mais aussi des promesses impossibles à réaliser, n’ont fait qu’aggraver la crise économique et sociale à laquelle fait face actuellement la Tunisie.

Pour le Président de la République, la loi 38 avait été promulguée comme étant «un moyen pour gouverner et non pour être appliquée», accusant ses initiateurs  de «vendre de faux espoirs pour contenir la colère».

Les recrutements publics nécessitent une vraie stratégie à court et à long terme. Il s’agit à n’en point douter d’une orientation décisive et déterminante pour l’avenir du pays. La vision de Saïed est de procéder à «de véritables recrutements qui permettraient aux jeunes de créer de la richesse dans un cadre légal, loin des illusions mensongères».

Cette annonce a provoqué la grogne des diplômés chômeurs dans plusieurs gouvernorats. Mais aussi l’appel de certains partis politiques et organisations à l’activation de la loi 38 de l’année 2020, invitant le Président de la République à «éviter l’instrumentalisation du dossier des sans-emploi dans le différend qui l’oppose à ses adversaires politiques».

Ce que les vendeurs de rêve avaient omis, bon gré mal gré, de relever, sinon révéler aux demandeurs d’emploi, c’est que le FMI ne cesse de rappeler la Tunisie à l’impératif de maîtriser la masse salariale pour apporter le soutien fortement attendu à l’économie tunisienne. Que l’institution financière va encore plus loin en recommandant non seulement l’arrêt des recrutements, mais aussi la baisse de la masse salariale, au moment où le pouvoir d’achat des Tunisiens subit un dérapage incontrôlé, voire fatal, pour certaines catégories sociales. Et enfin, que faute d’investissement et de création de richesse, la fonction publique ne peut plus supporter le poids d’une masse salariale qui, suite à tous les dépassements permis, a franchi toutes les lignes rouges.

Plus que de paroles, et surtout de cadeaux empoisonnés, la Tunisie est aujourd’hui à la recherche d’actes, de programme, de stratégie et d’alternative. Les polémiques et les altercations politiques qui n’en finissent pas sont loin de pouvoir instaurer, voire de construire un climat positif.

Pour les Tunisiens sans emploi, vivre dans le doute, c’est aussi vivre dans une attente permanente. Cela, personne ne semble aujourd’hui l’ignorer, notamment par rapport à ce qu’ils ne cessent d’endurer. Sur ce qu’ils ont subi jusque là, et ce qu’ils risquent encore de perdre, se profilent les dessous d’un avenir pas tout à fait rassurant, non seulement pour eux, mais aussi pour leurs familles.

Peut-on chercher ailleurs les raisons d’un vrai malaise et d’une profonde interrogation d’une catégorie sociale qui ne voit pas toujours le bout du tunnel? Ce sentiment se manifeste particulièrement lorsque des promesses illusoires, irréelles, voire impossibles et sans conséquences, compromettent le capital confiance que les sans-emploi nourrissaient au lendemain de la Révolution. Cela prend des proportions encore graves et encore plus décevantes lorsque l’appartenance politique remplace le mérite et la compétence. Pareille figure typique  de désillusion risque de devenir une source d’indignation, ou encore de déchaînement.

Réhabiliter les sans-emploi, trouver  à court ou à long terme des alternatives sont aujourd’hui une option irrévocable dans la mesure où tout ce que l’on est censé entreprendre est destiné à rectifier un processus injuste,  déloyal, voire immoral; et surélever une catégorie sociale qui a plus que jamais besoin de récupérer une dignité que certains partis politiques ont longtemps confisquée et bafouée.

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