Si la Tunisie se positionne aujourd’hui comme une destination phare de santé et de bien-être, des manquements, qui coûtent parfois la vie à plusieurs patients, restent sous silence des autorités, comme de la justice.

La Tunisie est connue comme étant une destination de choix pour les personnes désireuses de subir une chirurgie esthétique. Pour les Tunisiens comme pour les étrangers, les cliniques et les médecins privés ne manquent pas, offrant une panoplie d’options pour ces patients. Cependant, cette activité n’est pas exemptée de manquements ni de pratiques hors la loi, dans certains cas, des drames surviennent.

Il y a quelques jours, une jeune femme tunisienne originaire du gouvernorat de Kairouan est décédée suite à une liposuccion qu’elle a subie dans une clinique privée à Tunis ayant mal tourné. Un drame qui a fait couler beaucoup d’encre, d’autant plus que ce n’est pas la première fois que de telles tragédies surviennent pour nous rappeler la précarité d’une telle activité, pourtant réglementée, ou presque, par la loi.

«Une nouvelle victime du même médecin»

Souhaitant se débarrasser de ses kilos de trop, la jeune femme a été finalement admise dans une clinique privée à Tunis où elle a subi une opération chirurgicale ayant mal fini. Plusieurs médecins ont refusé de la prendre en charge vu que son état de santé était fragile et qu’il ne nécessitait pas une intervention chirurgicale, un simple régime alimentaire aurait suffi.

Selon le témoignage de son amie, la jeune femme a subi une opération de sept heures et est décédée en salle d’opération. Elle soupçonne une erreur médicale et accuse le médecin traitant de négligence. Cependant, l’affaire est passée inaperçue, aucune enquête judiciaire n’a été enclenchée jusqu’à présent.

Sauf que l’avocat Mounir Ben Salha rappelle que la défunte a subi le même sort d’une autre jeune qui avait trouvé la mort en septembre 2020 suite à une liposuccion réalisée dans la même clinique privée et sous la supervision du même médecin. «Une nouvelle victime du même médecin», a-t-il posté sur son compte Facebook, insinuant que le médecin en question serait responsable des deux décès.

En effet, en septembre 2020, une jeune a fait une liposuccion qui lui a coûté la vie. La chirurgienne qui l’a opérée prétendait que la cause de la mort était une crise cardiaque. Cependant, selon la famille de la victime, il s’agit d’une erreur médicale, dans la mesure où le médecin aurait touché par erreur une veine provoquant une hémorragie interne.

Quel cadre légal ?

En Tunisie, ces décès provoqués des suites des opérations chirurgicales sont restés impunis. Au cas où une enquête judiciaire serait engagée, aucun résultat n’est révélé, et les patients sont toujours exposés à certains risques et dangers.

En dépit de ces risques, la chirurgie esthétique prolifère en Tunisie. Elle attire même des stars de téléréalité françaises et européennes dans le cadre de voyages organisés. Sauf que les patients font face à de nombreuses complications et à l’absence de suivi médical une fois l’opération terminée.

En Tunisie, le cadre réglementant ces activités n’est pas assez complet, sauf que tous les actes de chirurgie esthétique par un non médecin constituent le délit d’exercice illégal de la médecine. L’absence d’un cadre relatif à la responsabilité médicale fait également enfoncer le clou, car le patient n’a pas souvent droit à des consultations de suivi et en cas de complication ou d’erreur médicale, les possibilités pour obtenir réparation ne sont pas assurées.

Dans de nombreux cas, le patient se retrouve souvent seul : la clinique qui l’a traité se décharge de son cas et son médecin habituel ne veut pas entendre parler de complications survenues.

Contacté par La Presse, le Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom) reconnaît que cette activité manque d’organisation et enregistre de multiples dépassements. « L’ordre des médecins n’épargnera aucun effort afin d’organiser le secteur de la médecine esthétique dans le cadre du respect des déontologies de la profession », a-t-on précisé.

Le Cnom a rappelé avoir rendu public un communiqué pour annoncer qu’une décision sera publiée prochainement permettant une actualisation de la liste mentionnant ceux ayant le droit de pratiquer la profession de la médecine esthétique. Le Conseil a fait part, par la même occasion, de son refus du recours de ces médecins à des publicités à travers des pages de réseaux sociaux, ainsi qu’à la proposition de prix exorbitants.

Un secteur en essor

En naviguant simplement sur internet, une infinité d’agences, de cliniques et de tour-opérateurs vous offrent de nombreuses formules sous forme de voyages organisés pour venir en Tunisie dans l’objectif de subir une opération chirurgicale esthétique. En effet, grâce à des offres alléchantes, ces agences séduisent de plus en plus de patients voulant se faire opérer à moindre prix. Dans certains cas, des patients français, par exemple, parviennent à économiser jusqu’à 60% des dépenses réservées à une opération esthétique.

Si la Tunisie se positionne aujourd’hui comme une destination phare de santé et de bien-être, ces manquements qui coûtent, parfois, la vie à plusieurs patients, restent sous silence des autorités, comme de la justice.

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Un commentaire

  1. marty christine

    30/11/2021 à 11:32

    Vous êtes bien loin d’imaginer la réalité des dépassements tant au nivau chirurgical, déontologique, publicitaire et financier, qu’au niveau des soins. Tout ceci bien sûr bien orchestré par des agences et des rabatteuses qui sans vergogne détournent la pseudo interdiction des médecins de faire de la publicité.

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