En économie et finances chaque instant compte. Un léger retard et c’est le danger de mort  pour des milliers d’acteurs de ces deux secteurs jumeaux vitaux. C’est ce que tout le monde doit comprendre, surtout les responsables gouvernementaux et de l’Etat, les salariés du secteur public et des grosses entreprises privées qui sont encore bien au chaud.

Et ce n’est pas Ennaceur, l’ex-président par intérim, pourtant  fin connaisseur des aspects sociaux du monde du travail, qui va les convaincre de cette nécessité urgente. Devant des étudiants de l’Institut de presse et des sciences  de l’information (Ipsi) et leurs enseignants, il a, en effet, déclaré jeudi dernier que quatre mois ne sont rien dans l’histoire d’un peuple.

Tout en appelant son successeur à tout clarifier et à fixer, le plus tôt possible, un calendrier réduit pour mettre fin à l’état d’exception, dans lequel le pays est plongé depuis le 25 juillet dernier. Ennaceur, un homme sage, très cultivé et très honnête, a sans doute oublié que ledit état et les dangers sanitaires qui guettent le pays ne tolèrent aucun flottement.

L’ex-haut responsable n’est, d’ailleurs, pas le seul à adopter cette attitude intellectuelle, plusieurs, penseurs et politiciens le rejoignent dans sa position. Celle-ci est aggravée par cette idée qui pousse bon nombre de Tunisiens à se focaliser sur le changement  du système politique, aux dépens des urgences économiques et financières.

Changer ledit système et selon les dispositions de la Constitution, oui, mais sauver l’économie et les finances du pays doit passer avant, et ce, grâce à un plan urgent  de sauvetage. Il faut, d’ailleurs, se rappeler que la lutte efficace contre la corruption qui gangrène le pays nécessite des fonds considérables, donc une bonne croissance, en plus de la volonté politique et du soutien de la société civile y compris les médias.

Or, qui dit croissance dit nécessairement investissements sérieux, soutenus  et à haute valeur ajoutée. Chose qui ne pourrait voir le jour dans cette obscurité, dans laquelle baigne le pays avec un peuple et de toutes ses institutions suspendus aux lèvres d’un seul homme, qui s’est adjugé la quasi-totalité des pouvoirs.

Feuille de route politique, plan de sauvetage de l’économie et des finances et congrès national. Le nécessaire trio qui doit sans plus tarder voir le jour. Un congrès national qui se chargera entre autres de concevoir les projets, d’un nouveau modèle politique, d’un nouveau modèle de société et d’un nouveau modèle de développement qui doit inévitablement inclure un nouveau modèle de consommation.

Comme nous l’avons écrit ici-même et répété à plusieurs reprises, le congrès national doit être composé des représentants  de toutes les instances élues (Présidence de la République, Parlement, conseils municipaux, organisations nationales, conseils scientifiques, conseils des professions, etc.) avec la participation d’experts de divers horizons comme conseillers.

D’un autre côté , l’état d’exception, qui est devenu une crise au sein de la crise et un danger au sein d’un autre nécessite, tout le monde le sait,  une stratégie de communication claire et efficace. Une communication de crise qui doit inévitablement refléter la feuille de route et le plan de sauvetage déjà cités.

Or, et c’est le comble de l’absurde, Saïed semble totalement inconscient  de cette nécessité vitale. Sans le moindre soupçon de stratégie,  il continue de se cantonner dans son luxueux bureau  et dans un discours unilatéral vertical et qui entretient polémiques et  conflits.

Devant un ou plusieurs membres de son gouvernement ou en présence d’invités, les vidéos publiées dans sa page Facebook montrent un homme en train de sermonner, parfois donner des leçons à des personnes assises sagement en train de l’écouter ou de prendre quelques notes.

Deux ou trois fois, la dernière ayant eu lieu lundi, il a réuni d’éminents juristes, qui semblent acquis à sa cause, contrairement à d’autres, pour leur exposer les mobiles de ses décisions ou certains de ses projets. Et les images s’arrêtent là.

Bref, chaque instant qui passe est un clou de plus que l’on enfonce dans le cercueil de l’économie et des finances, car attendre que le processus des réformes politiques soit engagé et  attendre qu’il porte ses fruits pour que celles-ci puissent faire démarrer l’économie est un vrai suicide.     

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