Impossible de penser entamer cette chronique, la première pour cette année qui débarque, par une note pessimiste. Mais la vérité n’a pas d’états d’âme, de ressentiments ni de tempérament. C’est pour cette raison-là qu’elle est nécessaire en tout temps et en tout lieu ; sinon rien ne peut se construire pour devenir utile, juste et durable.La vérité. Voilà le plus grand investissement que, nous autres Tunisiens, sommes appelés à effectuer pour un avenir meilleur. Un grand trésor qui va nous permettre de récolter, au moment opportun, toutes les richesses, humaines, culturelles et matérielles. Tous les grands peuples ont emprunté ce chemin, celui de la vérité. Aujourd’hui, avec des citoyens qui ne le sont pas ou presque, avec parmi eux une masse inquiétante de ceux que nous avons appelés des anti-citoyens, incultes, violents et rapaces, et après plus de 65 ans d’une pseudo-indépendance, le pays tout entier a besoin d’une grande mise au point. Celle-ci était pourtant prévue par le processus entamé le 14 janvier 2011.

Une initiative salutaire qui a été mal entreprise puis avait lamentablement échoué. J’ai nommé le processus de justice transitionnelle et de la structure qui en a été chargée, la fameuse et très controversée institution surtout côté gestion, l’Instance vérité et dignité (IVD). Et avant de poursuivre dans cette direction, rappelons que le processus même de transition démocratique a échoué. Et comment ! Puisque depuis plus de dix bonnes années, nous sommes en train de vivre des conflits de tous genres, à n’en plus finir, avec souvent des assises idéologiques aux antipodes et des intérêts économiques nettement divergents. Tout compte fait, nous ne sommes pas sortis de l’auberge dans laquelle nous sommes entrés de plain-pied en 1955, celle de la guerre des clans, sachant que l’écrasante majorité du peuple ne possède aucune culture politique, ni informations fiables et claires ni même une mémoire. Au lieu de poursuivre notre petit bonhomme de chemin de processus démocratique, aussi claudiquant soit-il, nous voilà, aujourd’hui en plein dans un processus autoritariste et, pour être franc, dictatorial, à des fins totalitaristes. Aujourd’hui, l’Etat peut se résumer en un gouvernement et ce dernier dans une administration.

Quant à l’économie et les finances publiques, elles sont le dernier des derniers soucis des antagonistes. Et en plus de l’absence de vision, nous n’avons même plus les outils adéquats pour poursuivre les réformes les plus urgentes. Que dire alors des grands chantiers qui doivent voir le jour pour relancer une économie agonisante.

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à de réels problèmes côté mobilisation des ressources financières nécessaires aux dépenses publiques courantes et de fonctionnement. Que dire alors des ressources nécessaires pour payer les dettes publiques et celles pour financer le développement ?

Développement, ai-je dit ? Le pays qui baigne, depuis des lustres, dans le mal-développement ne possède même pas, aujourd’hui, un plan quinquennal dans ce volet bien précis. Que dire alors d’un nouveau modèle de développement que tous les spécialistes et autres connaisseurs du domaine réclament depuis de longues années.

Une onzième année de perdue, sur tous les plans, avec d’énormes dégâts en termes d’image, de marchés, d’opportunités de tous genres et surtout en termes de ressources humaines d’une façon générale (éducation, santé, créativité, etc.) de compétences, en particulier (formation, action et fidélisation).Une onzième année qui vient s’ajouter à des dizaines d’autres années perdues ainsi que plein d’espoirs évaporés. Une onzième année, non de création et de construction, mais de conflits et de destruction, justement parce qu’il n’y a pas eu un effort sérieux visant à connaître la vérité et à demander des comptes à tous ceux qui ont causé du tort au peuple et au pays et ont trahi la confiance de leurs compatriotes.Impossible, donc, de continuer de vivre dans cette jungle, à peine masquée et livrer tout un peuple aux multiples prédateurs et autres flibustiers. Des bandes de malfaiteurs qui, parfois, se cachent derrière des apparences d’enfants de chœur. Et ils sont partout, dans les rues, oui, mais aussi dans les administrations, les chantiers, les institutions éducatives et de l’enseignement, les structures sanitaires, les partis, les associations, les palais de justice, etc.D’où la nécessité d’entamer un nouveau processus de justice transitionnelle et un grand chantier pour doter le peuple du minimum garanti de culture politique, afin d’éviter que la situation actuelle ne dégénère, que les conflits engendrent plus de bras de fer et que de larges franges de la population ne se transforment en milices ou en hordes de pillards.

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