Programme gouvernemental des réformes économiques : Le niet de l’Ugtt

Source d’une nouvelle tension sociale, le plan de réformes économiques que compte engager le gouvernement Bouden démarre mal, même avant son officialisation. Et pour cause, une forte résistance de la part de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) qui montre déjà ses griffes.

Maîtrise de la masse salariale en adoptant des restrictions et une approche d’austérité, levée progressive de la subvention des produits de base et gel des salaires pendant cinq ans, ce sont les grands axes de la réforme économique proposée par le gouvernement et qui fait déjà polémique.

Au fait, ce plan est destiné plutôt au Fonds monétaire international (FMI) pour solliciter une nouvelle ligne de crédit indispensable pour le budget de l’Etat pour l’année courante. Encore faut-il le rappeler, la loi de finances pour 2022 a été élaborée en fonction d’une hypothèse bien précise, celle de la conclusion d’un nouvel accord avec le FMI.

Le document adressé à cette institution financière a fuité, il a été même confirmé par la ministre des Finances mais reste, selon ses dires, ouvert à toutes les modifications. Le programme du gouvernement comprend un certain nombre de réformes liées principalement au gel de l’augmentation des salaires dans le secteur public entre 2022 et 2024, ainsi qu’au gel des recrutements dans la fonction publique et le secteur public, outre l’abandon des dettes des entreprises publiques  ainsi qu’une révision de la politique de l’État relative à sa participation dans le capital des entreprises publiques «non stratégiques»,  et leur cession (à partir de 2022), mais aussi la levée  des subventions aux carburants jusqu’à ce qu’ils atteignent leur prix réel (2022-2026), selon un document consulté et publié par l’organisation I Watch.

Toujours selon la même source, le gouvernement envisage même d’augmenter les tarifs de consommation d’électricité et de gaz, outre la mise en place d’un système électronique qui permet la gestion des transferts financiers aux personnes concernées par le régime de compensation pour la levée des subventions pour les produits de base à partir de l’année 2023.

Contactée par La Presse, une source auprès de cette ONG a pointé le manque de transparence dans l’élaboration d’un tel document, et l’absence de communication autour des intentions du gouvernement, «d’autant plus que la question relève d’une priorité nationale». A cet effet, on explique que «le gouvernement doit, en effet, dire la vérité aux Tunisiens et dévoiler les réels indicateurs économiques».

Cependant, grosso modo, ce programme de réformes reste applicable, selon le gouvernement, même s’il renferme un ensemble de mesures antipopulaires. Sihem Boughdiri Nemsia, ministre des Finances, avait expliqué que ce document n’était pas un secret que cache le gouvernement, mais reste ouvert à toutes les modifications en fonction du développement de la situation et des négociations avec le FMI. Elle explique que ces négociations devraient démarrer dans les prochaines semaines sur la base de la transparence et de l’engagement de la Tunisie à opérer les réformes longtemps attendues.

Taboubi : «Les réformes économiques et sociales sont nécessairement participatives»

D’ores et déjà, la Centrale syndicale s’est dite opposée à un tel programme de réformes. En effet, l’Union générale tunisienne du travail refuse les propositions du gouvernement relatives au gel des salaires pendant cinq ans et à la levée de la compensation jusqu’en 2026.

C’est ce qu’a indiqué le secrétaire général adjoint de l’Ugtt, chargé des établissements publics, Slaheddine Selmi, en marge de la réunion de la commission administrative de l’Union régionale du travail à Sousse.

Même son de cloche chez le premier responsable de la Centrale syndicale, Noureddine Taboubi, qui ne cesse de le répéter : «Les réformes économiques et sociales sont nécessairement participatives.  Nous devons pouvoir dialoguer, œuvrer ensemble, avoir cette harmonie nécessaire pour sortir de la crise et cela quelles que soient les conditions», a-t-il dit, soulignant que les réformes seront nécessairement participatives et qu’il ne peut en être autrement.

Mais il faut rappeler, dans ce contexte, que la tension est déjà palpable entre le gouvernement et l’Ugtt. En cause, ces plans de réforme que compte, effectivement, mettre en place le gouvernement. Pour certains, on optera même pour un passage en force, mais cela envenimera davantage le climat social et économique dans le pays.

Voulant apaiser la tension, l’ancien responsable de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) et ancien ministre des Affaires sociales, Mohamed Trabelsi, a considéré que la centrale syndicale et le gouvernement pourraient trouver un terrain d’entente. Il a estimé que l’Ugtt «ne s’opposera pas aux réformes et à l’amélioration de la situation économique du pays. Nous devons faire la différence entre propositions de réforme et décisions… Il faut expliquer la situation et les attentes afin de pouvoir trouver des solutions et garantir une solidarité dans le sauvetage du pays», a-t-il estimé.

Que veut le FMI ?

Actuellement, les négociations entre le FMI et la Tunisie sont au point mort. Malgré une réunion, en novembre dernier, qui a dégelé relativement la situation, aujourd’hui, les deux parties attendent un nouveau round de négociations. Au fait, même si dernièrement les deux parties avaient annoncé un retour à la table des négociations, actuellement les pourparlers entre le FMI et le gouvernement tunisien piétinent.

Ce que veut le FMI, avant toute reprise des négociations, n’est autre qu’un programme applicable pour maîtriser la masse salariale. En effet, la situation de la masse salariale explique surtout le fait que ces négociations soient entravées. Car, depuis plusieurs années, cette institution financière avertit, sans cesse, contre l’explosion de la masse salariale dans un pays qui ne crée ni richesse ni emplois.

Pour le FMI, il est hors de question d’exploiter les prochaines lignes de crédit et les fonds octroyés dans la gestion de la masse salariale, ni dans les dépenses courantes de consommation.

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