Même si les deux parties réfutent tout conflit, la tension était déjà palpable depuis plusieurs mois entre Carthage et la Centrale syndicale. Mais, semble-t-il, elles ont compris que la moindre tension, dans ces circonstances, ne sera pas sans conséquences sur la scène nationale. Le dernier entretien entre le Président de la République, Kaïs Saïed, et le premier responsable de l’Ugtt, Noureddine Taboubi, confirme ce constat. Le pays a, assurément, besoin d’une trêve sociale pour mener les réformes économiques, politiques et sociales que compte mettre en place le processus du 25 juillet.

Dès le départ, la centrale syndicale a béni les décisions exceptionnelles annoncées par le Président de la République.

Mais, progressivement, elle a rejeté tout « processus individualiste » appelant à faire participer les différents protagonistes politiques et les organisations nationales dans cette démarche. L’Ugtt est allée jusqu’à évoquer l’initiative de la troisième voie, présentée comme une alternative au 25 juillet et au retour à l’avant-25 juillet. Mais la réponse du Président était directe : « Qu’ils créent autant de voies qu’ils veulent ».

Samedi dernier, cette séquence de malentendu et de tension entre les deux parties semble avoir pris fin avec un tête-à-tête entre Saïed et Taboubi.

C’est le premier entretien entre les deux hommes depuis le 26 juillet dernier, au lendemain de l’annonce des dispositions exceptionnelles. En effet, cette longue séparation a pris, finalement fin. Pour Noureddine Taboubi, convié samedi dernier à Carthage pour une longue entrevue, on parle d’un face-à-face de trois heures, c’est une occasion pour dissiper le flou autour de ses dernières positions interprétées comme des hostilités envers le processus du 25 juillet.

Et pour Kaïs Saïed, l’accent a été mis sur l’absence de toute rupture avec l’Ugtt qu’il considère comme composante essentielle de la scène nationale.

« Le contact n’a pas été rompu entre nous et beaucoup ne le savent pas », a ouvert la discussion le président de la République.

Et de rappeler : « Le rôle national dans plusieurs occasions et à plusieurs niveaux de l’Ugtt », car, pour lui, ce rôle dépasse l’œuvre syndicale et porte aussi sur plusieurs autres aspects, car « la centrale syndicale a toujours eu des positions historiques ».

Pour Taboubi, il s’agit d’une ère de la « nouvelle édification ». Une affirmation confirmée par le Président de la République qui souligne que « nous travaillerons ensemble en nous basant sur nos convictions communes ».

Un revirement de situation ?

Au fait, l’un des points les plus forts lors de cet entretien n’est autre que la déclaration du Président de la République qui s’est dit prêt « à la négociation afin d’assurer un nouveau futur à la Tunisie. Toutefois, je le redis, nous n’accepterons jamais de dialoguer avec les voleurs, nous acceptons la discussion avec les parties qui sont prêtes à la négociation », a-t-il martelé.

Comment peut-on interpréter ces déclarations ? Le Président de la République a-t-il accepté d’entrer en dialogue avec les différents protagonistes politiques ? Pour Sahbi Ben Fraj, politicien et ex-député, aucun revirement de situation n’est à souligner.

Selon ses dires, le discours présidentiel n’a pas changé, autant dire qu’il a toujours affirmé sa prédisposition à dialoguer avec les partis intègres et non pas avec les voleurs. « Au fait, le Président de la République n’a pas changé de tactique, il considère toujours la classe politique incapable et refuse de dialoguer avec elle », explique-t-il à La Presse.

Evoquant ce retour à la normale dans les relations entre l’Ugtt et Carthage, Sahbi Ben Fraj explique que c’est par obligation que nous avons observé ce nouveau rapprochement. « D’une part, la présidence semble avoir compris qu’elle ne peut pas gouverner dans un contexte de tension avec l’Ugtt, d’autant plus que des réformes économiques nécessitant des mesures sociales douloureuses sont envisagées. D’autre part, l’Ugtt sait très bien qu’elle ne peut pas s’offrir le luxe d’entrer en confrontation avec le Président de la République, donc c’est un rapprochement par obligation », conclut-Il.

En tout cas, quelle suite peut-on attendre de ce nouveau rebondissement sur la scène nationale ? La présidence de la République envisage-t-elle un dialogue national parallèlement à l’initiative présidentielle portant sur une consultation nationale électronique ?  Pour Haykel Mekki, dirigeant au sein du Parti du peuple, le processus électoral annoncé par le Président de la République doit avoir lieu, rejetant tout de même toute approche individualiste.

« En dépit de plusieurs réserves, notre parti soutient la démarche entamée par Kaïs Saïed, mais nous nous opposons à toute approche individualiste, la présidence doit impliquer l’Ugtt et les partis qui ont combattu l’islam politique en Tunisie dans ces réformes », estime-t-il.

Cependant, pour Haykel Mekki, c’est la consultation nationale à distance qui pose des interrogations. « On manque toujours de garanties légales et de procédures techniques qui pourraient éviter toute intrusion dans cette plateforme », regrette-t-il. 

Notons que plus de 19 mille personnes ont participé à la consultation nationale proposée par le Président de la République, Kaïs Saïed, selon des données publiées sur la plateforme dédiée à cette consultation dont le lancement a été officialisé samedi dernier.

La plupart des participants présentent une moyenne d’âge comprise entre 30 et 39 ans, les personnes de moins de 20 ans sont celles qui présentent le taux de participation le plus faible.

Charger plus d'articles
Charger plus par Mohamed Khalil JELASSI
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire