Toujours prêt à adopter un discours et une prise de position auxquels manquent souvent du sens, du contenu, du fond, du moins de l’argument, et dans le but  de prêcher le faux pour avoir le vrai, Ennahdha conçoit le paysage et la vie politique à sa manière et sur un air accusateur et opportuniste, mais aussi avec la même tendance de récupération politique. Un discours et une prise de position qui suscitent encore une fois l’interrogation des Tunisiens et les renforcent dans leur jugement et leur conviction.    

Le mouvement islamiste a réagi de manière assez singulière, et avant que la justice ne se prononce, au décès d’un manifestant sorti célébrer le 14 Janvier. Il en impute la responsabilité au Président de la République et exige la démission du ministre de l’Intérieur, déroulant ses parades et ses prétextes au pas de course et à la manière des politiques qui guettent les occasions et les circonstances en tous genres pour rebondir, allant jusqu’à crier au meurtre et appeler les « forces anti-coup d’Etat » à serrer les rangs « pour faire face à l’entreprise Kaïs Saïed ».

Certes, les  agissements de  certaines unités sécuritaires pour disperser les différents rassemblements sont jugés par les observateurs et les défenseurs des droits de l’homme comme étant excessifs. Mais il est de plus en plus admis que l’une des principales erreurs d’Ennahdha est de continuer à s’attacher à ce ton impérieux, pour apparaître comme un parti bien tenu, indéfectible et jamais défaillant, juste et plus consciencieux que ses adversaires. Ce côté souvent plus trompeur que loyal a agacé les Tunisiens et a fini par gêner même les sympathisants du parti.

Faire la part des choses est une « arme » dont les dirigeants d’Ennahdha  sont  totalement dépourvus. Résultat : le capital confiance dont ils ont pu bénéficier, notamment aux premières années de la Révolution, s’est aujourd’hui effrité.

Ce serait une illusion de s’attendre à une prise de conscience et une remise en cause au sein d’un parti dont les membres influents, en quête de popularité et de reconnaissance, n’arrêtent pas de surprendre par les fausses évidences et le souci de se considérer au-dessus de tous. Incapables d’assumer le rôle de chef dans la tempête, leur champ d’action a pris au fil du temps une mauvaise tournure. Et comme les paroles dépassent parfois les actes, l’avenir du parti n’est pas assuré.

Finalement, il ne sert à rien de parler de justice et d’équité quand on n’est pas soi-même irréprochable. Avoir une haute idée de la politique signifie que ceux qui briguent la confiance des Tunisiens doivent en être vraiment dignes.

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