A commencer par une enquête pour soupçons d’enrichissement illicite de plusieurs dirigeants du parti, dont notamment Rached Ghannouchi, et le financement opaque de ses campagnes électorales, en passant par l’affaire Noureddine Bhiri, Montplaisir est sous le feu de la justice !

A l’époque, cette affaire avait provoqué une polémique sans précédent. On accusait le parti Ennahdha d’avoir mis en place un appareil sécuritaire secret qui serait lié aux assassinats politiques en Tunisie. Depuis, cette affaire, dans laquelle le parti islamiste a rejeté toute implication et dément même l’existence, a fait l’objet d’instrumentalisation et d’exploitation politiques.

Dernièrement, la ministre de la Justice, Leïla Jaffel, a dépoussiéré ce dossier en ordonnant une enquête sur ce que les médias appellent l’appareil secret attribué au mouvement Ennahdha.

En effet, «l’appareil secret d’Ennahdha» va faire l’objet d’une enquête suite au feu vert donné par la ministre de la Justice. Cette dernière a autorisé le procureur général près la Cour d’appel de Tunis à confier au ministère public du Tribunal de première instance de Tunis l’ouverture d’une enquête sur ce qu’on appelle «l’appareil secret d’Ennahdha», font savoir des sources judiciaires. L’annonce n’a pas été faite officiellement, mais récemment, le ministère de la Justice a agi de la sorte, en ordonnant sous silence plusieurs enquêtes relatives à des affaires tombées aux oubliettes.

Si cette décision fait suite à une plainte déposée auprès de la ministre de la Justice, en sa qualité de cheffe du ministère public, par un membre du comité de défense des deux martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi contre plusieurs personnes, pour des crimes liés à la sécurité de l’Etat, l’affaire conserve toujours ses secrets et demeure entourée de flou, d’incertitudes et de surenchère politique.

Revenant sur cette affaire, le leader au sein d’Ennahdha, Mohamed Goumani, a démenti l’existence d’un tel appareil au sein de son parti, laissant croire que cela émane, depuis plusieurs années, d’une fabrication médiatique pour porter atteinte à l’image du parti et limiter sa présence sur la scène politique. Selon ses dires, le Président de la République Kaïs Saïed vise à «instrumentaliser la justice tunisienne à des fins politiques pour éliminer ses adversaires».

«Kaïs Saïed veut être juge et partie, il veut mettre la main sur la justice pour s’attaquer à ses adversaires, d’ailleurs, la dernière décision portant sur l’annulation des privilèges des membres du Conseil supérieur de la magistrature intervient dans ce sens», a-t-il dit.

Aperçu historique 

Retour sur les faits. En 2019, le comité de défense des deux martyrs dévoilait l’existence de ce qu’il appelait un «appareil sécuritaire secret d’Ennahdha» ayant contribué à l’assassinat de Chokri Belaïd. Une appellation rapidement reprise par les médias et qui a provoqué une grande polémique d’autant plus qu’elle avait été évoquée aussi par l’ancien Président feu Béji Caïd Essebsi.

Le 23 septembre 2019, le procureur de la République près le pôle judiciaire avait dévoilé les étapes de l’instruction concernant les procédures des trois plaintes relatives à  «l’appareil secret» du mouvement Ennahdha et aux différentes étapes de l’instruction de l’affaire. Ces plaintes avaient été saisies par l’Unité nationale de recherche dans les crimes terroristes d’El Gorjani avant d’être transférées au Pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme.

Le 31 décembre 2019, le Tribunal de première instance de Tunis a annoncé que les trois affaires ont été étudiées par le Pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme qui a décidé de s’en désister et de charger le premier juge d’instruction du Bureau 32 de ces trois dossiers. Depuis, l’affaire a été enterrée dans les couloirs de la justice. Le comité de défense des deux martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi avait dénoncé une protection politique dans cette affaire.

Libéré récemment, Mustapha Khedher est accusé par ce comité de défense d’être à la tête de cette éventuelle organisation d’Ennahdha. Il est un des membres de l’opération de Barraket Essahel. On l’accuse d’avoir tissé des relations avec Rached Ghannouchi et d’autres leaders d’Ennahdha dans l’objectif de faciliter certaines opérations terroristes.

Mustapha Khedher a été libéré lundi dernier après avoir purgé une peine de huit ans et un mois de prison. Sa condamnation remonte à 2014 pour «possession illégale de documents d’Etat et de matériel électronique importé sans autorisation douanière». Une libération qui ne met pas fin à la polémique autour de cette mystérieuse personne et son éventuelle implication dans des affaires terroristes. Il est d’ailleurs toujours poursuivi dans le cadre de l’enquête au Tribunal de première instance de l’Ariana concernant son implication présumée dans l’éventuelle organisation secrète d’Ennahdha.

Sous pression 

En tout cas, le mouvement islamiste a, depuis, démenti toute information, laissant croire qu’il est en possession d’un tel «appareil». L’histoire, bien qu’elle relève de la sécurité nationale, est restée sans suite avant que la ministre de la Justice ne rouvre le dossier.

Depuis le 25 juillet, d’ailleurs, on se rappelle toujours cette journée lorsque les sièges de ce parti avaient été pris pour cible par des manifestants, le parti islamiste est sous pression. Il semble que le processus du 25 juillet veut en finir définitivement avec ce que le Président de la République appelle la décennie noire, conduite notamment par le parti de Rached Ghannouchi après la Révolution.

Plusieurs enquêtes judiciaires ont été ordonnées en effet par la ministre de la Justice contre le parti Ennahdha et ses leaders.

A commencer par une enquête pour soupçons d’enrichissement illicite de plusieurs dirigeants du parti, dont notamment Rached Ghannouchi, arrivant au financement opaque de ses campagnes électorales, en passant par l’affaire Noureddine Bhiri, Montplaisir est sous le feu !

Face à ces accusations, le mouvement Ennahdha a dénoncé les «campagnes de diffamation» dont il fait l’objet, niant toutes les accusations dirigées contre le parti, notamment le terrorisme, le financement étranger et l’ingérence dans le système judiciaire.

Le mouvement a fustigé, lors d’une conférence de presse organisée récemment à Tunis, la «volonté de certaines parties politiques de l’évincer, en s’appuyant sur les dispositifs de l’État et en tentant d’assujettir et d’intimider le secteur de la justice».

Zineb Brahmi, membre de la commission juridique du bureau exécutif du mouvement, a déclaré qu’Ennahdha «a fait l’objet de plusieurs accusations durant 10 ans, ce à quoi le parti a toujours répondu par les urnes», faisant remarquer que «les tentatives de diffamation font désormais partie du discours officiel du Président de la République».

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