Il est bien entendu qu’un directeur technique de jeunes, doit disposer d’une solide formation technique, tant en théorie et qu’en pratique. C’est un fait un éducateur, un homme ou femme de terrain, véritable technicien, Il allie des aptitudes de formateur et de pédagogue. Il sait tenir un discours rassembleur et fédérateur.  Au sein des clubs qui se respectent, il  assiste aux réunions des comités directeurs où on l’écoute.  C’est lui qui, en fait, établit le projet sportif et la politique de formation technique et mentale du club. Il met en place l’organigramme technique des jeunes, coordonne les interventions des éducateurs du club. C’est également lui qui est en contact avec les parents, conseille, oriente, pousse au dépassement et éduque le futur combattant, le jeune sportif en devenir.
Ce n’est donc pas un «entraîneur» qui est là pour occuper un poste. Wenger a conduit un des plus grands clubs anglais durant plus de vingt ans. Il faisait et organisait tout.
Guy Roux a fait d’un club de région un des grands de France. Il a été la cheville ouvrière qui a laissé des traces indélébiles au niveau du football français.
Ces hommes ont mis en place une véritable direction technique au niveau des jeunes.

Qu’en est-il chez nous ?
A l’exception de quelques clubs convaincus qui disposent d’un véritable programme de formation de jeunes, on désigne un «directeur technique» du jour au lendemain pour «aiguillonner» un entraîneur en place. En quelques jours, l’homme se convertit en «monsieur je sais tout». Il tient plus de réunions au café qu’au club pour s’entourer d’un public acquis et qui s’adonne à des critiques acerbes envers l’entraîneur. Le ver est alors dans le fruit. De quoi ôter toute confiance et introduit le doute…

Qui fait quoi
Il est paradoxal de constater qu’une fois le «directeur technique des jeunes» désigné, par  le comité directeur  d’un club (pas tous heureusement !), se pose automatiquement la question : qui fait quoi ?
C’est que ce «poste» (toujours entre  guillemets) est parfois un moyen de pression sur le comité directeur, et non pas un moyen de mettre en place le plan de travail devant favoriser l’éclosion des générations futures d’un club. La responsabilité est à notre humble avis double :
-D’abord, celle de la fédération, pas seulement celle du football, mais cet état de fait existe au sein des autres disciplines sportives. La DTN nationale, n’a pas l’autorité nécessaire pour imposer un programme national de travail, si elle en a. Et si ce programme national existe, comme c’est le cas au sein des grandes nations du football, la visibilité technique, l’organisation, les compétitions, sont extrêmement réduites.
D’ailleurs à ce propos, la communication qui fait défaut aussi bien au niveau des fédérations que des clubs, se contente des séniors, de leurs exploits ou bavures, laisse la partie désossée aux jeunes. C’est tout à fait par hasard que l’on tombe sur le nom d’un club qui joue une phase finale au niveau des jeunes. Les compétitions ? Elles ne bénéficient d’aucune aura. Les jeunes percent par miracle à la faveur, par exemple, d’une catastrophe qu’un club est appelé à vivre.
Pourtant, les cas du Club Sportif Sfaxien et du Club Africain sont des  exemples concrets. L’un a pu remplacer au pied levé des départs importants. L’autre, dans l’impossibilité de recruter, s’est rabattu sur ses sections jeunes qui possédaient une solide relève mise en place par une Direction technique qui savait où aller. Mais toujours est-il que la vitrine jeune est assombrie par les tiraillements qui règnent et par les luttes intestines dont l’objectif est la mise sous éteignoir d’un compartiment extrêmement important du club.

Halte à l’empirisme
Cette remarque s’impose d’elle-même lorsqu’on relève ce qui s’est passé au sein d’un grand club, qu’un cadre hautement qualifié, formateur en puissance d’un nombre impressionnant de techniciens à l’Ecole de cadres, conférencier de la FIFA ancien DTN national, et autres marques de reconnaissance internationale, jette l’éponge parce qu’un empirique, sans aucune référence à part sa «grosse gueule» veut lui imposer ses vues au niveau de la programmation technique et des choix fondamentaux.
Suivez mon regard pour essayer de comprendre et réveillez à votre tour ceux ou celui qui se laisse berner par ce genre de procédés où n’émergent que le profit personnel et  l’acquisition d’une aura à bon marché. Au détriment du club bien entendu, de ses intérêts et qui remet en question son avenir.
Cette image, celle d’un club centenaire, n’est pas une exception. D’autres sont dans le même cas et c’est la raison pour laquelle nous estimons que les sections jeunes, complètement barrées par les séniors professionnels, sont en plein marasme.
Et le football tunisien, indépendamment de ce que fait ou réalise la sélection nationale, truffée de jeunes formés à …l’étranger, soit dit en passant, ne pourra jamais atteindre des objectifs dignes de nos ambitions.

Former et non acheter
Le second responsable, c’est bien entendu le club. Les jeunes, peu de dirigeants, obnubilés par les résultats, le maintien, la place qu’ils occupent au sein du club, de la ville, y croient. La preuve, la saison n’est pas encore terminée et l’on se jette sur des joueurs à recruter pour renforcer la section professionnelle. Peu de clubs mettent en évidence le recrutement d’un jeune qui promet.
La Direction technique, qui se convertit au fil des jours en un bureau unique où on fait tout et à peu prés, se retrouve esseulée. Avec peu de moyens, des subsides, avec lesquels elle n’est jamais en mesure d’appliquer ses programmes. Si ces programmes existent bien entendu  et qu’on veuille bien leur donner une raison de voir le jour. Cette fonction est si galvaudée que le prestige de bien des techniciens de valeur est mise à mal. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs de très nombreux techniciens sont allés exercer ailleurs et  ont formé, et forment des jeunes ou tiennent en main des équipes de renom.
Cette émigration de nos cadres ne semble  pas inquiéter qui de droit. Bien  entendu, c’est au niveau du respect de la profession que le problème est important. Le Directeur technique des jeunes se sent à l’étroit, complètement livré à lui-même et sans moyens. Il est tenté par la première offre et c’est n’importe qui,  qui vient souvent le remplacer.

La grande évasion
Alors que la Tunisie bénéficie d’un pourcentage élevé de technicien par rapport à sa population sportive (qui demeure insuffisante soit dit en passant, des empiriques viennent imposer leur loi.
Il n’y a qu’à voir la chevauchée folle des «académies» de sports, qui poussent comme des champignons. Certains «affairistes» s’attachent le «nom» d’une vedette et en font un fonds de commerce. A l’occasion d’un précédent dossier instruit par «La Presse», nous y avons rapporté cette ambiance de colonie de vacances où des grappes de gamins courent derrière un ballon alors que leur  personnel d’encadrement devise allégrement à l’ombre. Pensez-vous que cela a changé ? Croyez vous que les fédérations concernées ont agi  pour reprendre en main ces «académies» qui sont en majorité des vaches à lait aux noms pompeux ?
Des institutions où les parents paient le prix fort pour inscrire leurs enfants. Les fédérations promettent de les surveiller, de les contrôler, mais une fois les réunions bouclées tout revient à la normale. C’est-à-dire un empirisme de bon aloi où les jeunes, les tout jeunes sont ballottés sans aucune éducation sportive technique reposant sur une véritable programmation et des exigences incontournables qu’impose le sport moderne.
Nous ne soulèverons pas les questions relatives au contrôle médical, à la nécessité de renforcer les segments et les articulations conformément à l’âge des sujets et cela exige des connaissances académiques que seules dispensent les Ecoles de formations, à l’apprentissage du rythme respiratoire, à la récupération et bien d’autres choses dont le jeune a besoin pour progresser et surtout pour atteindre le niveau physique, physiologique, technique et mental, requis pour accéder à la compétition puis la haute compétition. Nous relevons d’ailleurs les conséquences de cette absence de  travail de fond, au niveau des genres de blessures qui, parfois, mettent  fin à une carrière. Elles sont dues à ces entraînements menés sans assises scientifiques, par des personnes, d’anciens joueurs venus arrondir leurs  fins  de mois.
D’ailleurs, le peu de cas que l’on accorde à la compétition des jeunes est une des raisons principales de ces démarches approximatives que les clubs acceptent, par ignorance, contrainte budgétaire étant donné le peu de moyens dont ils disposent en raison de l’asphyxie qui étouffe la majorité des trésoreries.

Reprise en main
Les Directeurs techniques nationaux  en place sont sans aucun doute sensibilisés par cette situation qui règne au sein des clubs. Ils possèdent des compétences et ne manquent que de moyens pour agir et imposer ce qu’ils estiment nécessaires pour  reprendre en main ce réseau formateur dont les clubs ont besoin, mais qu’ils négligent pour une raison ou une autre.
A l’instar des niveaux exigés pour les entraîneurs, il faudrait instaurer par des moyens légaux le niveau minimum de ces Directeurs techniques des jeunes.
La Tunisie a été un des premiers pays à instaurer ce poste de directeur technique. C’était par conviction. Pour concevoir et appliquer un programme de formation, il fallait  ce pilote incontournable qui devait veiller sur tout, surtout que les dirigeants de clubs et même de fédérations sont pris par d’autres tâches et par les équipes fanion.
Aujourd’hui, il faudrait s’y mettre sérieusement pour donner à ces techniciens les moyens tout en étant persuadé de leur utilité, et les entourer d’hommes aussi portés vers la formation des jeunes venus pour servir et non se servir d’un club.

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