Dans une phase finale de coupe du monde, les vertus défensives,  le collectif fort et soudé et les qualités mentales ne suffiront pas pour vaincre, s’imposer  et rêver du second tour. Il va falloir inventer autre chose

C’est vrai que les Aigles de Carthage ont gagné les cœurs en faisant l’essentiel : obtenir une sixième qualification pour le plus prestigieux tournoi mondial. Mais il ne faut pas que l’on oublie, dans l’euphorie de la joie collective (celle de l’équipe et de tout un peuple sublimé par cet exploit), tout le contexte favorable dont on a bénéficié lors des éliminatoires et dans les deux matches barrages contre le Mali qui nous a facilité la tâche, et que l’on ferme les yeux sur les imperfections et les grandes lacunes dans notre potentiel offensif qui nous empêche de parler de grande équipe, capable de prouver et de confirmer à Qatar la légitimité de cette qualification.

Il nous faut ,dès maintenant, séparer l’émotion du contenu, revenir sur terre , faire le bon recul nécessaire pour faire la bonne analyse du bilan et bien s’outiller et se préparer en vue d’avoir les qualités et les arguments indispensables pour ne pas faire nos bagages dès le premier tour.

Il ne faut pas toujours  compter sur le facteur chance et tabler sur une réussite venant du ciel pour nous en sortir et éviter le passage à la trappe. Et dans le tirage au sort de vendredi, cette chance nous a tourné le dos et ne nous a pas souri en nous mettant dans le groupe de la France, championne du monde en 2018, du Danemark, un vrai guêpier et une vraie toile d’araignée pour nous avec son football très technique, mais aussi très athlétique et fort engagé et probablement du Pérou, capable de venir à bout du qualifié de la confrontation Australie-Emirats arabes unis.

Ça va donc être très dur de briguer au moins la 2e place de ce groupe en béton avec un net favori, la France, un sérieux prétendant pour la qualification pour la seconde phase, le Danemark, et un troisième postulant pour jouer les trouble-fêtes et aspirer au grand exploit de déjouer la hiérarchie, la logique et les sondages.

Révolutionner le jeu de l’équipe

Le pari de faire bonne figure dans ce groupe et de passer au 2e tour, qui est toujours demeuré ce goût amer d’inachevé lors de nos cinq participations passées dans le Mondial ,est donc des plus audacieux.

On ne peut pas réussir ce pari radieux pour couper avec les anciennes prestations modestes et les déceptions qu’elles a engendrées avec ce même visage d’une équipe à vocation purement défensive, qui ne joue pas l’attaque placée ou rapide, qui ne se projette pas suffisamment vers l’avant, qui n’a pas de jeu créatif et des éléments moteurs dans l’animation offensive pour contourner et désarçonner les blocs défensifs de nos adversaires. Sans un potentiel offensif fort et sans une transition rapide défense-attaque et sans efficacité, nous ne pouvons pas aller loin avec un tel cachet de jeu crispé en permanence, axé sur le fait de penser avant tout à assurer nos arrières qu’à mettre de l’huile, de la variété et de la séduction dans le travail de construction dans la zone d’attaque. Métamorphoser ce visage ultra défensif, amorphe et morose est du ressort du staff technique. 

Or, on s’aperçoit que même si le commandant à bord du navire et le premier responsable technique changent, il y a toujours continuité dans la manière de jouer et il n’y a pas de nouveautés dans le système et l’animation de jeu.

La seule nouveauté apportée par Jalel Kadri, par rapport à son prédécesseur Mondher Kebaïer,  c’est dans le discours, dans les rapports avec les joueurs et la presse avec plus de proximité mais la gestion des matches et de l’effectif, du potentiel technique et humain est restée quasiment la même pour ne pas dire qu’elle n’a pas changé d’un iota.

Huit mois nous séparent du Mondial pour changer, métamorphoser et révolutionner le visage de l’équipe de Tunisie.

Ce n’est pas très long et c’est même très court pour rebâtir une nouvelle approche de jeu, un ensemble mieux équilibré, capable de bien se défendre et aussi de bien attaquer et d’être efficace dans les deux surfaces, celle de notre zone de vérité et celle de la zone de proximité adverse.

Jalel Kadri, qui jouit toujours de la confiance de Wadie Jary, sera-t-il l’homme de la révolution d’un système de jeu qui doit être plus spectaculaire, porté vers l’offensive, vers plus de créativité, de variétés en attaque et une bonne moyenne de buts marqués par matches ? 

C’est vrai qu’un joueur cadre par ligne, dans les buts, en défense, au milieu et en attaque, sont les moteurs principaux de l’équipe, mais le sélectionneur, dans un tournoi majeur comme la Coupe du monde, doit être la première star et le premier moteur du groupe. Son management, ses choix tactiques portés tous vers plus d’audace et d’innovation sont décisifs et déterminants.

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