La Tunisie face à un nouvel ordre mondial : La guerre en Ukraine… et nous

Même si la guerre en Ukraine n’est pas sur nos frontières, le monde est économiquement et commercialement étroitement lié, et la Tunisie fait partie de cet ordre mondial. Quels seront les impacts de cette crise sur la Tunisie ? Comment notre pays pourrait-il échapper à un tel contexte de crise mondiale ? Et quels sont les enseignements à tirer pour éviter de nouvelles formes de dépendance de ce genre ? Ce sont ces questions et autres qui ont été débattues lors d’un webinaire organisé par le Global Institute 4 Transitions, présidé par l’économiste Hakim Ben Hammouda, et dans le cadre de l’initiative Econ4 Tunisia

Les conséquences étaient déjà prévisibles. La crise ukrainienne ne pouvait pas se passer sans avoir de lourds impacts sur l’économie nationale déjà fragilisée par une crise financière étouffante. Tous les économistes ont mis en garde contre les répercussions négatives d’un tel conflit sur la Tunisie et sur ses équilibres budgétaires.

Même si la guerre en Ukraine n’est pas sur nos frontières, le monde est économiquement et commercialement étroitement lié, et la Tunisie fait partie de cet ordre mondial. Quels seront les impacts de cette crise sur la Tunisie ? Comment notre pays pourrait-il échapper à un tel contexte de crise mondiale ? Et quels sont les enseignements à tirer pour éviter de nouvelles formes de dépendance de ce genre ?

Ce sont ces questions et autres qui ont été débattues lors d’un webinaire organisé vendredi dernier par le Global Institute 4 Transitions mais également dans le cadre de l’initiative Econ4 Tunisia, dans une tentative de réfléchir aux répercussions de cette crise, notamment sur le tissu économique national, mais aussi sur le monde arabe.

En effet, si les différents participants à ce webinaire ont souligné que les conséquences de cette crise sont inévitables, la question principale portait sur les moyens d’amortir le choc sur notre économie déjà fragilisée par la crise du coronavirus mais aussi par une décennie de mauvaise gestion post-révolution. Intitulé « La guerre en Ukraine… nouvel ordre global et nous ? », ce webinaire avait pour objectif de sensibiliser sur les dangers de ce conflit ukrainien sur les pays du sud et plus particulièrement la Tunisie.

L’économiste Samir Aita a prédit, dans ce sens, des conflits et crises sociaux dans les pays arabes, y compris en Tunisie, à cause des problèmes et répercussions économiques de la guerre ukrainienne. Pour lui, les deux principales conséquences économiques ne sont autres que le manque d’approvisionnement en céréales et le prix du pétrole. « Aujourd’hui, la Tunisie peine à emprunter un ou deux milliards de dollars auprès du FMI pour sauver sa situation déjà catastrophique », a-t-il dit, mettant en garde contre la crise économique tunisienne qui devrait s’aggraver davantage à cause du conflit ukrainien.

Sur la même longueur d’onde, Khadija Finan, spécialiste du Maghreb et des questions méditerranéennes, estime que les répercussions de cette crise sur la Tunisie dépassent la question des ressources alimentaires et les énergies, car la Tunisie a développé des relations et des liens forts avec l’Ukraine, notamment sur le plan de l’enseignement supérieur avec un grand nombre d’étudiants tunisiens installés dans ce pays. « Ces liens vont nous conduire à interroger nos alliances sur fond de cette guerre. La Tunisie a voté pour la condamnation de cette invasion russe, il faut donc interroger ces alliances au vu de nos intérêts. Ce vote a par exemple permis à la Tunisie d’engager des discussions avec le FMI », a-t-elle expliqué.

Des guerres mondialisées !

Exposant sa vision de ce conflit, le politiste français spécialiste des relations internationales Bertrand Badie a affirmé que le monde entre dans une ère de guerres mondialisées. « La preuve de la mondialisation, c’est que nous sommes tous concernés par cette guerre, exactement comme pour le Covid, il n’y a pas un lieu qui soit épargné par cette crise. C’est un univers d’interdépendance généralisé », a-t-il estimé, ajoutant que les dynamiques de société s’accélèrent beaucoup plus que le jeu politique. Selon son analyse, le monde connaît une nouvelle manière et de nouvelles logiques de gérer les conflits, optant par exemple pour une nouvelle arme, celle de « l’exclusion » de l’ordre mondial.

Pour sa part, l’ancien ministre des Affaires étrangères Khemaies Jhinaoui a confirmé ce constat, laissant croire à un tournant au niveau de l’ordre global, et la fin d’un ordre qui a régné pendant plus de trente ans.

« C’est un nouvel ordre dont on ne connaît pas les contours, mais cette guerre nous a montré quelques prémices avec la forte présence et le retour des Etats-Unis en Europe. On assiste également à une renaissance de l’Otan qui déploie ses forces en Europe et autour de la Russie », a-t-il dit.  Il a également affirmé que cette guerre est en train de faire naître une force sécuritaire au sein de l’Europe.

400 MD supplémentaires

Dès le début de cette crise, la Banque Centrale de Tunisie avait mis en garde contre les répercussions de cette guerre sur les équilibres budgétaires en Tunisie.

En effet, au niveau national, le Conseil de la BCT notait que l’envolée des prix internationaux des produits de base et de l’énergie, la contraction de l’activité chez les principaux partenaires commerciaux de la Tunisie et le climat d’incertitude, en l’absence de la prise de toute urgence des mesures appropriées, seraient de nature à aggraver le déficit de la balance des opérations courantes et à exacerber les tensions inflationnistes au cours de la période à venir.

Vendredi dernier, la ministre des Finances, Sihem Namsia,  a estimé que le coût de la subvention des énergies et des différents produits de base a augmenté de 400 millions de dinars sous l’effet de la crise ukrainienne. S’exprimant lors d’une conférence de presse, Namsia a fait savoir qu’une cellule de suivi composée de plusieurs ministres a été mise en place pour suivre les retombées de ladite crise.

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