On a beau croire qu’un homme politique averti en vaut deux, que les échecs d’un parti politique lui servent de leçon, ou encore de garde-fou à de nouvelles dérives. Mais la pertinence n’existe plus, ou si peu chez Ghannouchi et son parti. Pourtant, il ne fallait être ni rusé, ni astucieux. Mais avoir tout simplement du flair politique.

Lzes grands événements amènent souvent les grandes décisions. En politique, il est toujours nécessaire de disposer de stratégies et d’idées bien élaborées. Cela s’inscrit dans la faculté de savoir gérer les moments et les périodes difficiles. Du pareil au même, le parti Ennahdha et ses principaux lieutenants vivent cependant dans chaque épreuve à laquelle ils sont affrontés un mix de dérives et d’égarements. Le désenchantement devient une marque particulière du discours adopté et des idées préconisées. Tout, ou presque, est sous forme de dérapages, de zones d’ombre et d’imprécisions. Il ne s’agit plus de mystère, mais plutôt de mystification.

Rached Ghannouchi, ainsi que les principaux dirigeants du parti, ont réagi de la manière la plus inconséquente et la plus indigne à la dissolution de l’ARP. Après avoir comparu devant la brigade spéciale anti-terrorisme, pour complot contre la sûreté de l’Etat, le président d’Ennahdha a répondu aux faits qui lui sont reprochés de la façon la plus défiante et la plus ombrageuse. Il va reprendre son travail à la tête de l’ARP dont il ne reconnaît pas la dissolution. Plus encore : il va continuer à s’opposer aux projets de Kaïs Saïed pour «délivrer le peuple tunisien».

Au moment où il devait prendre du recul, ne serait-ce que pour accéder à un niveau respectueux et surtout digne, Ghannouchi s’est de nouveau égaré. Privé de discernement, il ne rate pas l’occasion de tomber toujours encore plus bas.  Le réflexe acquis, il replonge dans ses travers. C’est un grand gâchis pour un homme politique que de n’avoir pas assez de réflexion, ni assez de résolution pour voir la réalité en face.

Il faut dire que c’est toute l’impertinence du parti islamiste qui est imprégnée, dans sa version actuelle, par la dégringolade des principes et des valeurs, notamment à travers ce que ses dirigeants et ses responsables, installés sur une montagne de dérives, ne cessent de laisser entrevoir. C’est bel et bien le cas du chargé de l’information et de la communication au Parlement dissouts,  Maher Medhioub, qui, dans une action abjecte et exécrable, n’a pas hésité à adresser un SOS au Haut-commissaire adjoint aux Nations unies aux droits de l’homme (Hcdh), sollicitant son intervention pour «suspendre la peine de mort qui menace 116 députés».

On a beau croire qu’un homme politique averti en vaut deux, que les échecs d’un parti politique lui servent de leçon, ou encore de garde-fou à de nouvelles dérives. Mais la pertinence, voire l’intelligence, dans les réactions et les prises de position, n’existe plus, ou si peu chez Ghannouchi et son parti. Pourtant il ne fallait être ni rusé, ni astucieux. Mais avoir tout simplement du flair politique.

A Ennahdha, on a pris l’habitude d’adopter tout et son contraire. D’où cette inaptitude à se projeter au-delà de ce qui existe. Le parti n’a plus visiblement de ressources et encore moins de vision. Le problème se situe au niveau de la stratégie, des approches, des noms. Mais surtout des aptitudes et des compétences. Il y a lieu de s’interroger sur les raisons de l’absence de visibilité au sein d’u parti incapable de se renouveler.

Comment gommer cette image de dilettante qui s’est imposée progressivement quand l’avenir du parti semble, sous la direction actuelle, de plus en plus compromis ? Les dirigeants les plus influents du moment ne savent plus ni où, ni comment ils vont. Dans ce contexte difficile, rien ne semble être si simple pour des hommes qui à aucun moment ne donnent l’impression de pouvoir évoluer. A défaut de remise en cause, l’on n’a pas pu faire face aux  dérives qui ont fait basculer le parti dans des considérations et des calculs personnels.

En même temps, il est toujours difficile pour toux ceux qui ont essayé de remettre de l’ordre à la maison de résoudre l’équation incompatible d’être une minorité dans un entourage instrumentalisé. Entre le souci de rénovation des uns et la détermination de tirer vers le bas des autres, la reconstruction du parti s’annonce presque impossible.

Il reste que cela peut prendre au fil du temps une tournure que les dirigeants actuels risquent de ne pas pouvoir contenir dans l’avenir.

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