Les Tunisiens n’ont jamais connu de telles circonstances, notamment pendant le mois saint. Le constat est tel que le couffin de la ménagère devient de plus en plus maigre, et les familles tunisiennes sont sanctionnées par une crise sociale inédite, accentuée par une envolée des prix. Du jamais vu.

Vous l’aurez tous, certainement, constaté, dans les marchés de Tunis, où partout dans le pays, les prix deviennent inabordables même pour les familles dites aisées. Deux kilogrammes de légumes variés, un kilogramme de fruits et un kilogramme de viande rouge ou blanche peuvent vous coûter facilement une cinquantaine de dinars, une situation qui étouffe les Tunisiens et qui ne cesse d’approfondir la crise sociale. Si pour certains, il s’agit d’une simple crise conjoncturelle, pour d’autres, les citoyens payent le prix cher d’une bipolarisation politique et d’actes de règlements de comptes politiques qui prennent en otage le pouvoir d’achat des consommateurs. Autant dire que pour les familles démunies, il s’agit d’un quotidien douloureux et que ces familles, généralement nombreuses, ne font que survivre dans ces conditions extrêmement difficiles.

Dès le début du mois de Ramadan, les prix de différents produits alimentaires ont connu une envolée vertigineuse. Dans certains quartiers, même populaires, un kilo de tomate a atteint les quatre dinars,  même constat pour les piments, les pommes de terre et les fruits. De ce fait, on s’aperçoit que la situation semble échapper complètement aux autorités, et que cette envolée des prix ne s’explique pas seulement par la question du monopole, mais par la défaillance de tout le système de production et de distribution de ces produits.

Dans une dernière tentative de contrôler la situation, et pour lutter contre la cherté de la vie qui frappe de plein fouet les Tunisiens, le ministère du Commerce et de la Promotion des exportations a décidé d’interdire l’exportation des fruits et légumes pour réguler les prix sur le marché. Si l’information a été donnée par son porte-parole, le département n’a pas, jusqu’à la rédaction de ces lignes, confirmé cette décision drastique, notamment par le biais d’un communiqué officiel.

En effet, le porte-parole du ministère du Commerce a annoncé que pour lutter contre la hausse des prix des fruits et légumes, le ministère du Commerce a pris la décision d’interdire toutes les exportations des produits agricoles jusqu’à nouvel ordre. Il a expliqué que cette mesure aura un effet certain sur la disponibilité des produits et la baisse de leurs prix, sans donner plus de précisions sur son entrée en vigueur ni sa durée.

Dans des déclarations médiatiques, rapportées par plusieurs médias, le responsable a souligné que «l’objectif de l’interdiction d’exportation est de rétablir l’équilibre du marché local, qui souffre d’un manque de produits alimentaires frais en raison de l’avènement du Ramadan, surtout qu’il coïncide cette année avec le croisement des saisons, qui se caractérise par un manque de légumes du fait de l’immaturité des cultures, ce qui affecte les prix».

Si cette décision entre en vigueur, constitue-t-elle vraiment la bonne solution ? Faut-il opter pour ce genre de décisions drastiques pour pouvoir réguler les prix ? L’Etat, par tous ses appareils, n’est-il pas en mesure d’intervenir pour limiter cette envolée des prix ?

Au fait, cette décision pose un double problème dans la mesure où elle s’oppose, comme l’expliquent certains économistes, au principe du droit au commerce et à l’exportation, mais aussi elle pourrait limiter les apports en devises, si on rappelle que l’exportation des produits agricoles rapporte gros à  notre pays en difficulté.

L’arme du boycott ?

En tout cas, il est clair que dans le cadre de la guerre contre le monopole annoncée il y a un mois par le Président de la République, les différents départements concernés s’activent, à travers les campagnes de contrôle, à absorber l’effet de ce fléau sur le couffin du Tunisien, mais les résultats restent très timides, un constat fait par Kaïs Saïed lui-même.

Face à cette situation sans issue, le boycott demeure, pour certains, l’ultime solution. Néanmoins, et comme on le sait tous, les Tunisiens ne sont pas de bons élèves en matière de boycott. Mais cette fois, l’appel au boycott n’a pas pour origine une organisation ou une association. Les autorités elles-mêmes ont appelé les Tunisiens à balayer d’un revers de main certains produits.

Le directeur général du ministère du Commerce chargé de la supervision de la salle des opérations, Yasser Ben Khelifa, a déclaré que depuis le début du Ramadan, les campagnes de contrôle économique se sont intensifiées afin de s’assurer que les prix sont respectés. «Les Tunisiens doivent abandonner et boycotter les produits qui connaissent une forte hausse des prix», a-t-il appelé.  Et d’expliquer : « Le ministère, pour sa part, tente d’imposer la tarification par la force de la loi, avec un grand soutien sécuritaire».

Une sanction politique ?

La flambée des prix concerne essentiellement certains produits subventionnés, indiquent les autorités, mais en vérité, ce constat concerne pratiquement tous les produits. C’est dans ce sens que le Président de la République a, à maintes reprises, insinué que cette situation intervient dans un cadre de tentative de sabotage du processus du 25 juillet. Pour certains, il s’agit d’une sanction collective à laquelle sont confrontés aujourd’hui les Tunisiens.

Or, la hausse des prix enregistrée en Tunisie s’explique aussi par une conjoncture internationale relative au conflit ukrainien, à l’origine de l’envolée des prix de certains produits, indispensables à l’activité agricole. D’ailleurs, la Commission européenne envisage d’accorder un financement de 20 millions d’euros à la Tunisie et ce, dans le cadre de l’initiative «Facilité alimentaire et résilience». C’est ce qui ressortait d’un communiqué publié par la Commission européenne sur son site.

Selon le communiqué, cette initiative vise à «aider les pays de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, partenaires du voisinage méridional, à faire face à la hausse des prix des denrées alimentaires et des produits de base suite à la guerre de la Russie contre l’Ukraine».

La Tunisie, l’Algérie, l’Egypte, la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Palestine et le Syrie, pays dépendants des importations de céréales, profiteront de ce financement.

crédit photo : © Abdelfettah BELAID
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