En Tunisie, le mois du Ramadan a souvent été marqué par des incidents du même genre. Alors que la Constitution garantit la liberté de conscience, la traque des non-jeûneurs se poursuit toujours, pour être à l’origine de tensions sociales et pour rappeler, encore une fois, la délicatesse de la question des libertés en Tunisie.

Certes, la Tunisie est un pays à majorité musulmane, mais l’observation du jeûne reste pour certains une liberté individuelle, malheureusement menacée depuis quelques années par une traque active de «ceux qui ne respectent pas la volonté générale et la volonté de Dieu». D’ailleurs, les cafés ouverts pendant le Ramadan sont contraints de cacher leurs façades à l’aide de papier de journaux, une situation qui est à l’origine d’un mal social, pour certaines personnes.

C’est dans ce sens que les défenseurs des droits humains dénoncent les intimidations des non-jeûneurs en Tunisie, pour eux ce sont des pratiques anciennes qui n’honorent pas un pays qui se veut moderniste. Ils appellent d’ailleurs à respecter le droit à la différence entre musulmans et non-musulmans, et entre ceux qui appliquent les rituels religieux et ceux qui ne les appliquent pas, d’autant plus qu’aucun individu n’a le droit d’intervenir dans la nature de la relation d’un autre individu avec la religion.

Récemment, des poursuites judiciaires contre des non-jeûneurs ont rouvert le débat autour de ce dilemme social. En effet, dans le gouvernorat de La Manouba, plusieurs citoyens ont été arrêtés pour avoir mangé pendant le mois de Ramadan. Sauf que le juge cantonal à La Manouba vient de prononcer un non-lieu en faveur de quatre citoyens dans l’affaire des non-jeûneurs, accusés d’outrage public à la pudeur.

Les faits ont eu lieu la semaine dernière, lorsque deux employés et deux clients d’un café à La Manouba avaient été arrêtés après que des citoyens ont alerté la police. Ils ont été interpellés pour outrage public à la pudeur, selon les dispositions de l’article 226 du Code pénal et d’infractions aux règlements municipaux, «l’établissement ayant ouvert ses portes pendant les heures de jeûne, sans autorisation préalable».

Colère et protestations

Cet incident a créé une vague de colère et de protestations dans les rangs des défenseurs des libertés. En effet, des associations et organisations nationales ont appelé les autorités à cesser de poursuivre, de harceler et d’arrêter les «fattaras»,  ou non-jeûneurs. Ces derniers «ne représentent aucune menace pour la paix publique», ajoute-t-on, appelant à garantir leur droit à un procès équitable.

Dans un communiqué, les signataires ont également dénoncé ce qu’ils considéraient comme «un ciblage systématique des minorités en Tunisie et une atteinte aux libertés individuelles, notamment pendant le mois de Ramadan».

C’est à cet effet, aussi, que l’Observatoire national pour la défense de la civilité de l’État a appelé le ministère de l’Intérieur à suspendre définitivement l’application de la circulaire visant à traquer les non-jeûneurs.

L’Observatoire pense que cette circulaire avait été émise il y a plus de quarante ans «à des fins politiques circonstancielles». Ce document, estime l’Observatoire, est contraire à la Constitution et aux principes de la démocratie et des droits de l’homme.

Au fait, l’article 6 de la Constitution tunisienne stipule que «l’État protège la religion, garantit la liberté de croyance, de conscience et de l’exercice des cultes. Il assure la neutralité des mosquées et des lieux de culte à l’égard de l’exploitation partisane. L’État s’engage à diffuser les valeurs de modération et de tolérance et à protéger le sacré et empêcher qu’on y porte atteinte. Il s’engage également à prohiber et empêcher les accusations d’apostasie, ainsi que l’incitation à la haine et à la violence et à les juguler».

Ces associations se basent surtout sur cet article pour dénoncer la traque des non-jeûneurs au nom de la religion, sauf que cette situation ne cesse de provoquer une division dans les rangs des Tunisiens, un pays resté coincé entre la tentation du modernisme et les dogmes du conservatisme.

Rappelons qu’en 2018, ces pratiques ont provoqué une crise qui a basculé dans la violence après que ces groupes de personnes ont revendiqué leur droit de manger en public, pendant le Ramadan. Si chaque année, des Tunisiens sont arrêtés pour avoir mangé ou fumé durant le jeûne, en vertu de textes flous sur l’outrage aux bonnes mœurs et de circulaires remontant à plusieurs dizaines d’années, ces personnes avaient décidé d’observer un mouvement de protestation et de manger en plein public sous le slogan «Fater».

D’ailleurs, sous le hashtag #fater (non-jeûneur), des non-jeûneurs échangent sur les réseaux sociaux des informations sur les lieux qui restent ouverts. Sur Facebook, une carte Google Map qui recense ces lieux est même disponible.

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Un commentaire

  1. Mohamed Mamoghli

    12/05/2022 à 14:35

    (https://lapresse.tn/128855) Associations se basent surtout sur cet article pour dénoncer la traque des non-jeûneurs au nom de la religion,
    À mon avis, cela signifie qu’il n’y a plus de problèmes brisants en Tunisie, c’est bien, ou avec les intimidations des non-jeûneurs, ils veulent provoquer des agitations dont on n’a plus besoin dans la situation générale en Tunisie.

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