La tension sociale est toujours de mise en Tunisie. La crise politique et économique ne cesse de s’enfoncer, alors que la bipolarisation politique bat son plein. En effet, le pays semble divisé entre les sympathisants et les opposants du processus du 25 juillet, un constat qui alimente de plus en plus les mobilisations sociales dans la rue.

La mouvance pro-Kaïs Saïed et pro-25 juillet a décidé de défiler dans l’artère principale de la capitale Tunis, à l’avenue Habib-Bourguiba, devenue ces dernières années le symbole de la mobilisation sociale.

Hier et dès les premières heures de la matinée, munies du drapeau national, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant le théâtre municipal de Tunis, criant au nom du Président de la République, mais surtout du processus du 25 juillet, pour les manifestants, c’est «l’unique gilet de sauvetage pour le pays».

Les protestataires sont venus de toute part comme ils l’affirment. Sidi Bouzid, Gafsa, Bizerte, Jendouba, Le Kef et autres, ce sont les coordinations qui soutiennent le projet présidentiel qui ont contribué à l’organisation de cette manifestation dont l’objectif n’est autre que le ravivement de la popularité du 25 juillet, heurté par la grande opposition politique ces derniers mois.

En marge de ce rassemblement, ce sont des slogans chantant la volonté du peuple, l’indépendance du pays et s’opposant à toute forme de «trahison», de «complotisme» et de «service des forces étrangères» qui ont été affichés. Les participants à cette manifestation considèrent, en effet, que «certains partis politiques ne font que servir des forces étrangères pour imposer leurs agendas à la volonté des Tunisiens».

«Le peuple exige un régime présidentiel», ont également appelé les protestataires, se montrant attachés à un régime de pouvoir qui garantisse la volonté du peuple et qui mette fin au régime partidaire, notamment après le très mauvais rendement du Parlement, ces dernières années. Ceci passe, selon leurs affirmations, par un référendum, conformément au calendrier électoral annoncé par Kaïs Saïed.

«Nous sommes descendus protéger le processus du 25 juillet que certains veulent kidnapper, ce n’est pas le projet personnel du Président de la République, mais c’est le projet de tous les Tunisiens. On réclame aussi la reddition de comptes après une décennie noire qui a failli détruire le pays», s’exclame, un manifestant.

Au fait, visiblement, les partis politiques n’étaient pas les bienvenus dans cette manifestation. Les protestataires accusent dans ce sens les partis politiques, et notamment ceux qui ont gouverné après la révolution, Ennahdha en premier lieu, de vouloir détruire le pays pour servir certains agendas. C’est dans ce sens que les manifestants ont accusé le président du parti islamiste, Rached Ghannouchi, de «complotisme» de «terrorisme» et «d’avoir vendu le pays moyennant quelques dollars».

Cette manifestation intervient alors que le Front de salut national a accusé le Président de la République de vouloir dissoudre certains partis politiques. C’est Ahmed Nejib Chebbi, initiateur de ce Front, qui accuse ouvertement le Président de la République de vouloir dissoudre les partis politiques existants et d’arrêter les leaders politiques pour les placer en résidence surveillée. Mais pour le Chef de l’Etat, les dirigeants de ce Front ne font que propager les «mensonges» et les «contre-vérités».

Charfeddine sur place !

Vers 11h, le ministre de l’Intérieur, Taoufik Charfeddine, a effectué une visite à l’avenue Habib-Bourguiba à Tunis pour inspecter le déroulement de la manifestation de soutien au Président de la République.

Le ministre, accompagné de plusieurs cadres sécuritaires, a échangé avec quelques manifestants qui avaient appelé à la révision de certaines nominations partisanes parmi les gouverneurs et les délégués.

«La liberté d’expression et celle de la presse sont garanties en Tunisie», a-t-il tenu à préciser, revenant également sur les derniers incendies qui ont frappé plusieurs régions, promettant une enquête sérieuse pour revenir sur leurs circonstances.

Les appels à participer massivement à cette manifestation se multipliaient depuis quelques jours. Outre les coordinations pro-25 juillet, l’Alliance pour la Tunisie a également appelé, les Tunisiens à participer massivement à cette manifestation pour «réclamer la reddition de comptes et défendre leur patrie et leur régime républicain». Le parti appelle également le ministère public à poursuivre toutes les parties et les personnes qui ont porté préjudice à la patrie afin de consacrer l’Etat de la justice et mettre fin à l’impunité.

A noter que le dimanche suivant, soit le 15 mai prochain, ce sont les opposants à Kaïs Saïed qui descendront dans la rue.

crédit photo : © Abdelfatteh BELAID
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