Par Jalel Mestiri
On a souvent recours aux grandes échéances internationales pour crédibiliser une idéologie politique. Au-delà des résultats et des enjeux purement sportifs, il est difficile d’être vertueux. Les pouvoirs politiques entretiennent des rapports tortueux avec le sport, de plus en plus manipulé à des fins de propagande, ou dans un but d’expansionnisme économique. Finalement, et même si on a coutume d’admettre que le sport intègre socialement, il n’est pas à l’abri des ingérences. Dans un concert de plus en plus contraignant, de plus en plus concurrentiel, chaque grande édition de la coupe du monde montre à quel point l’éthique sportive est aujourd’hui conditionnée par l’instrumentalisation politique. Des manquements sur lesquels les débats sont plus que jamais ouverts, à l’instar notamment des soupçons de corruption pour l’attribution du mondial 2022 et suite auxquelles Michel Platini a été placé en garde à vue, hier matin, dans les locaux de l’Office anticorruption de la police judiciaire française, à Nanterre. L’ancien président de l’Uefa est entendu dans le cadre des investigations sur l’attribution litigieuse de la Coupe du monde au Qatar en 2022. L’ex-secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, est quant à lui auditionné sous le statut de «suspect libre».
Il ne fait aucun doute que les identités des dirigeants politiques et leur sentiment d’appartenance sont inextricablement liés à leur représentation, personnelle ou collective, du monde du sport. Depuis une quinzaine d’années, les pays du Golfe ont compris la puissance du sport en matière de communication. Que serait l’image du Qatar, malgré sa richesse en matières premières, sans ses succès sportifs en matière d’organisation de grands événements, d’influence dans les institutions internationales, de naturalisation d’athlètes ou d’acquisition de clubs?
L’histoire moderne de la coupe du monde peut être aujourd’hui analysée sous un angle politique, essentiellement au regard des identités nationales et des mobilisations engendrées par une pareille compétition, devenue un véritable spectacle qui n’est pas étranger à des considérations partisanes, sinon proprement politiques. La coupe du monde permet ainsi d’approfondir des enjeux politiques et sociaux notamment lorsqu’elle est appréhendée dans toute sa profondeur et sa complexité. Au-delà des résultats et des exploits, la compétition la plus prestigieuse du monde révèle des phénomènes éclairants d’identification qui ont tendance à être récupérés, volontairement ou non, par des forces politiques et des groupes sociaux. Si une pareille épreuve est génératrice de rêves, de désirs, si elle crée une motivation exceptionnelle, elle interpelle aussi un mode de vie particulier. Le football est désormais bien plus qu’une compétition, encore moins un divertissement. S’il tend à s’uniformiser, notamment avec son importance économique qui en fait un élément indispensable, il a aussi un rôle politique et social.  Finalement, la morale sportive peut-elle avoir un fondement politique ? Oui car le football manque aujourd’hui de morale. Ceux qui sont censés être des éducateurs, le cas tout particulièrement de Michel Platini, ne donnent plus l’exemple. Ils ne servent plus de modèle. Surtout lorsque leurs actes et leur comportement se substituent à l’éthique sportive.
On ne sait plus où le sport va aller, surtout avec les dépassements dont il est devenu l’otage. Ni avec quel guide et quelle boussole. Le constat peut ne pas surprendre. D’ailleurs il ne choque pas. Oui, le sport tel que nous le vivons actuellement ne nous emballe plus. Encore moins ses acteurs, ses responsables et ses dirigeants. C’est l’issue inévitable d’une activité qui n’aspire pas, en l’absence des dispositions requises, à un nouveau statut.
C’est aussi sans compter les dérives qui ont fait basculer le football dans des considérations hors normes. Il est aujourd’hui difficile de résoudre l’équation presque impossible entre l’essentiel et l’accessoire.
La tendance à politiser le sport a engendré dans le monde du football une certaine spécificité. Cela est visible dans les discours, mais aussi et surtout dans la manière avec laquelle il est appréhendé. Il ne vient cependant pas à l’esprit de ceux qui assistent et qui prennent garde à cette politique de s’interroger sur les exigences du football moderne. Nombreux et variés sont «les faits présumés de corruption active et passive », les prises de position conditionnées et la plupart du temps dénaturées dans le sport. La plus évidente est la politisation croissante de tout ce qui a trait à l’activité sportive. La crise et le malaise font écho à une déformation sans précédent. Le sport, le football en particulier, n’ont rien à faire, ni à voir, avec les luttes idéologiques.

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