La migration irrégulière prend de nouvelles formes en Tunisie. Si les problèmes socioéconomiques et socioprofessionnels dans le pays expliquent ce constat, les jeunes tunisiens, même des plus aisés, restent toujours tentés par la migration clandestine. Pour eux, c’est la seule issue qui pourrait améliorer leur quotidien et promettre un meilleur avenir.

Récemment, une tentative d’émigration inhabituelle a fait parler les médias. Trois jeunes de Kelibia ont essayé de traverser illégalement la Méditerranée, à bord de kayaks d’entraînement. Mais le mauvais temps les en a empêchés et ils se sont retrouvés à la dérive à 27 miles de leur point de départ. Faisant partie d’un club de sports nautiques de la ville, cette élite sportive a pourtant tenté de quitter le pays illégalement et d’affronter le risque d’une noyade au large de la mer.

Grâce à l’intervention des vedettes de la garde maritime qui avaient été alertées par les parents de ces jeunes, ils ont été sauvés miraculeusement au vu des conditions météorologiques extrêmement difficiles ces derniers jours marquées notamment par des vents très forts.

Si ces trois adolescents ont décidé de quitter le pays de cette manière, bien qu’ils soient dans des conditions relativement aisées et issus de familles qui ne sont pas dans le besoin, on s’aperçoit que la migration vers le Vieux continent est devenue un rêve et que nos jeunes sont prêts à tout sacrifier pour l’exaucer.

Ces dernières semaines, les tentatives de migration vers les côtes italiennes à partir de certaines villes tunisiennes sont devenues très nombreuses. Seulement le mois dernier, plusieurs naufrages d’embarcations clandestines d’émigration ont fait des dizaines de victimes dont notamment des ressortissants subsahariens.

Les côtes du sud-est de la Tunisie sont fréquemment le théâtre d’opérations de sauvetage de migrants en situation irrégulière, dont les embarcations subissent souvent des avaries en Méditerranée, sur la route maritime entre la Libye et l’île italienne de Lampedusa. Mais ce sont aussi des Tunisiens qui s’infiltrent dans ces embarcations qui trouvent malheureusement le même sort. Vers la fin du mois d’avril dernier, les agents de la garde maritime opérant sur les régions de Sfax, Teboulba et Bizerte ont réussi à appréhender 143 personnes qui tentaient de migrer clandestinement vers les côtes italiennes, et ce, en l’espace de 48 heures.

Un lourd bilan

Cette année, la migration clandestine, notamment vers les côtes italiennes, bat son plein. Le ministère de l’Intérieur a fait savoir que 205 opérations d’émigration irrégulière depuis les côtes du pays en direction de l’Italie ont été déjouées, soulignant à cet effet que 3 160 migrants clandestins ont été arrêtés depuis le début de l’année courante.

«Pendant la période allant du 1er janvier au 20 avril, 205 opérations d’émigration irrégulière vers l’Italie ont été déjouées», a insisté le directeur de la Garde côtière, Walid Ben Ali.

«Chaque semaine, des tentatives de migration irrégulière vers l’Europe, notamment vers les côtes italiennes, sont déjouées par les forces sécuritaires et militaires tunisiennes, et des centaines de migrants sont interceptés et arrêtés», a-t-on également affirmé.

En dépit des efforts de la Garde maritime et des autres appareils sécuritaires concernés, la Tunisie est toujours connue comme un pays caractérisé par la migration irrégulière. Notre pays se transforme progressivement en une plaque tournante impliquant plusieurs réseaux de migration clandestine.

La Tunisie veut une nouvelle approche

La Tunisie, un pays de transit, a toujours été confrontée au dilemme de la migration clandestine. Cependant, ce phénomène devient une source de tension et même de pression avec ses voisins du sud de l’Europe. Sauf que les autorités tunisiennes veulent adopter une nouvelle approche pour traiter ce fléau. Au fait, depuis son accession au pouvoir en 2019, le Chef de l’Etat a fait de cette question sa priorité. Il prône toujours une approche globale pour lutter contre ce phénomène outre la solution sécuritaire. Le Président de la République avait, d’ailleurs, appelé l’Europe à adopter une approche plus globale de la question de la migration irrégulière, qui va au-delà de la solution sécuritaire pour s’attaquer aux causes profondes du phénomène, notamment la pauvreté et le chômage.

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