Les négociations entre le gouvernement et le Fonds monétaire international (FMI) s’accélèrent, à en croire les déclarations des deux parties. Un nouvel accord de crédit semble imminent, alors que l’Etat tunisien passe par une crise financière étouffante, mais à quel prix ?

Après plusieurs mois de discussions puis de négociations, un accord entre la Tunisie et le FMI se précise. Si ces négociations étaient tant difficiles, au vu de la délicatesse de la situation économique en Tunisie, une lueur d’espoir commence à se manifester, alors que le programme de réformes présenté par le gouvernement est jugé convaincant. Reste maintenant à convaincre les citoyens et notamment le partenaire social, l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt), de la nécessité d’un tel programme de réformes en dépit de ses risques sur le pouvoir d’achat, notamment de la classe moyenne.

Il n’en demeure pas moins que le gouvernement est dans une situation peu confortable. Si, d’une part, il est obligé de négocier une nouvelle ligne de crédit tout en opérant les réformes nécessaires, d’autre part il est confronté à la grogne sociale et à la dégradation de ses relations avec la centrale syndicale. D’ailleurs, c’est notamment cette question, celle des négociations avec les institutions financières internationales qui était au menu de la troisième session du Dialogue national, mais en l’absence de l’Ugtt.

En tout cas, du côté du gouvernement, on est confiant compte tenu d’un accord avec le FMI qui s’annonce imminent, mais surtout de la capacité des nouvelles réformes de parvenir aux équilibres économiques nécessaires pour éviter un éventuel défaut de paiement. Lors d’une déclaration médiatique, le porte-parole du gouvernement et ministre de l’Emploi, Nasreddine Nsibi, a estimé que la Tunisie compte contracter une nouvelle ligne de crédit de quatre milliards de dollars. Cette dernière sera consacrée, insiste-t-il, aux grandes réformes pour retrouver les équilibres budgétaires nécessaires. «Nous avons opéré ce programme de réformes dans le cadre de la transparence la plus totale, et nous nous attendons à ce qu’elles parviennent à trouver les grands équilibres économiques et à mettre fin aux lacunes observées ces dernières années», a-t-il expliqué, ajoutant que ce programme est «réalisable».

Jerry Rice : «Ces discussions sont à un stade avancé»

Pour sa part, le FMI a également confirmé que les négociations avec la Tunisie sont à un stade avancé. Il a d’ailleurs salué la publication du programme de réformes économiques proposé par les autorités tunisiennes, qui sont en pleines discussions techniques avec le bailleur de fonds international pour un nouveau programme d’appui.

«Ces discussions sont à un stade avancé», a déclaré le porte-parole du FMI, Jerry Rice. Il a ajouté, lors d’un briefing rediffusé sur son compte Twitter, «nous espérons qu’elles déboucheront sur une mission pour entamer prochainement les discussions sur le programme».

Rice a rappelé que le FMI a reçu une demande de la part des autorités tunisiennes pour un programme d’appui, affirmant que «l’institution monétaire  veut être un partenaire solide de la Tunisie».

Sauf que tout reste tributaire de la mise en œuvre de réformes urgentes relatives notamment à la masse salariale, à la Caisse de compensation et aux entreprises publiques. Il faut rappeler que les responsables de cette institution financière avaient qualifié la situation économique en Tunisie de «désastreuse» appelant à la prise de décisions immédiates.  

Ugtt : «La privatisation des entreprises publiques, une ligne rouge»

Entretemps, c’est la position de la centrale syndicale qui se fait attendre. Si le FMI juge nécessaire un accord avec les parties syndicales avant tout décaissement de nouveaux fonds, actuellement la relation entre La Kasbah et l’Ugtt n’est pas au beau-fixe. Une grève générale impliquant le secteur public est prévue pour jeudi prochain, alors que les canaux de communication entre les deux parties semblent coupés. D’ailleurs, le secrétaire général de la Centrale syndicale Noureddine Taboubi, a promis une mobilisation sans précédent pour faire réussir cette grève générale.

Au fait, l’Ugtt refuse tout accord avec le FMI qui nuit, selon ses dires, aux intérêts des Tunisiens et à leur pouvoir d’achat. L’Ugtt estime également que la question de la privatisation des entreprises publiques est une ligne rouge.

Le programme national des réformes a été présenté récemment par les membres du gouvernement Bouden. Selon le document de suivi de 70 pages, le programme de réformes repose sur une approche globale et progressive qui vise à réaliser la stabilité économique à court terme et à jeter les bases d’une croissance inclusive et durable. Le programme de réformes couvrira également la mise en œuvre d’un plan de développement économique et social 2023-2025 et de la vision Tunisie 2035.

Il est question surtout de la maîtrise de la masse salariale, de la révision de la politique de compensation et de la restructuration des entreprises publiques.

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