Comment l’Otan compte soutenir la Tunisie en cette phase politique assez particulière ? Quel sera le coût géopolitique de l’intensification de la coopération entre la Tunisie et l’Otan ? La Tunisie aura-t-elle besoin réellement de cette aide militaire et sécuritaire pour lutter contre le terrorisme et pour mieux sécuriser ses frontières, notamment avec la Libye ? Deux hauts responsables de l’organisation apportent les réponses nécessaires à La Presse

A Madrid, La Presse, était le seul média tunisien présent pour couvrir le sommet de l’Otan, considéré comme le plus important depuis la guerre froide, au vu de la tension inédite avec la Russie.

Si ce sommet a marqué la fin d’une tradition de non-alignement, étant donné que la Finlande et la Suède s’apprêtent à rejoindre l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, après la levée du droit de veto de la Turquie sur leur demande d’adhésion, ce nouvel élargissement de l’Otan peut-il modifier l’équilibre géopolitique dans la région ?

Au fait, pour lutter contre l’influence russo-chinoise, l’Otan se tourne vers des pays du Sud, tels que la Tunisie et la Mauritanie. A la fin du sommet, le secrétaire général de l’Otan, Stoltenberg, a déclaré qu’il s’agissait d’un défi alors que la Russie et la Chine tentaient d’obtenir des «avantages politiques, économiques et militaires dans le voisinage sud de l’Alliance», tout en annonçant en particulier un soutien concret à la Tunisie, la Mauritanie et la Jordanie.

Mais comment l’Otan compte soutenir la Tunisie en cette phase politique assez particulière ? Quel sera le coût géopolitique de l’intensification de la coopération entre la Tunisie et l’Otan ? La Tunisie aura-t-elle besoin réellement de cette aide militaire et sécuritaire pour lutter notamment contre le terrorisme et pour mieux sécuriser ses frontières, notamment avec la Libye ?

En marge du sommet de l’Otan, La Presse a eu deux échanges exclusifs avec deux hauts responsables de cette organisation compte tenu du dossier tunisien. Sous le couvert de l’anonymat, ils ont tous deux expliqué que l’Otan a décidé de «rafraîchir» le package de renforcement des capacités de défense et de sécurité connexes (DCB) destiné à la Tunisie. Cela se traduira par un renforcement des programmes de coopération et d’aide militaires.

Ce package contribue à projeter la stabilité en apportant un soutien aux pays demandant l’assistance de l’Otan. Le package DCB «aide les partenaires à améliorer leurs capacités de défense et de sécurité connexes, ainsi que leur résilience, et contribue ainsi à la sécurité de l’Alliance».

Ce nouveau renforcement de la coopération avec la Tunisie portera sur onze initiatives couvrant notamment des conseils stratégiques sur la réforme du secteur de la défense et de la sécurité et le renforcement des institutions, le développement des forces locales par la formation, ou des conseils et une assistance dans des domaines spécialisés tels que la logistique ou la cyberdéfense. «L’Otan n’est pas une organisation qui a des ressources illimitées, on ne peut pas dans certains cas financer l’armement ou l’équipement des armées, mais nous restons à la disposition des pays comme la Tunisie pour toute coopération stratégique, nous voulons bâtir une relation politique et pratique avec la Tunisie», a-t-on expliqué.

Le programme de l’Otan vise en effet à accroître le professionnalisme des forces spéciales tunisiennes, à renforcer sa capacité en matière d’engins explosifs improvisés (EEI), son renseignement et sa cybersécurité.

«Toutes ces choses aident à soutenir la lutte contre le terrorisme et aident la nation tunisienne à être plus stable et plus sûre», a-t-on ajouté. Ces deux hauts responsables de l’Otan ont déclaré à La Presse que la Tunisie reste un pays très important pour l’Otan d’autant plus qu’il partage des domaines maritimes avec certains pays membres de l’Alliance.

En 2015, la Tunisie est devenue un allié majeur non-membre de l’Otan, et ce, suite à une annonce faite au cours de la visite à Washington de l’ancien président de la République, Feu Béji Caïd Essebsi. Alors, l’administration US a annoncé que le processus de désignation est terminé, faisant de la Tunisie le 16e allié majeur non-membre de l’Otan. Depuis, les relations et les programmes de coopération entre les deux parties ont été intensifiés. D’ailleurs, des manœuvres et des entraînements militaires conjoints sont organisés périodiquement.

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