Par Ezzedine GHLAMALLAH | Auteur du livre «Islam & éthique des affaires économiques et financières» 

L’industrie financière islamique a connu un développement fulgurant depuis l’expérimentation menée à Mit Ghamr en 1963. Cela étant, elle reste encore très loin d’une adéquation parfaite de ses pratiques particulières à ses principes généraux. Ses prétentions premières d’abolition de l’asservissement par l’intérêt et d’action en toute justice au service de l’humanité entière ont été mises à mal dans le cadre de son opérationnalisation. De nombreuses institutions financières islamiques ayant préféré copier les instruments conventionnels et utiliser les instruments de dettes plutôt que les instruments participatifs fondés sur le partage des pertes et des profits.

Cela étant, le développement du marché des sukūk (certificats d’investissements islamiques) a toutefois permis à de nombreuses entreprises et gouvernements d’avoir accès à un volume de financements importants. Le processus d’institutionnalisation actuellement à l’œuvre permet d’entrevoir un développement pérenne de ses objectifs premiers même si, à ce jour, la finance islamique n’a pas encore réussi à honorer ses promesses d’inclusion financière, de prospérité et de richesse partagée.

La finance islamique repose sur des fondations doctrinales fortement enracinées dans une tradition millénaire du droit et de l’éthique des affaires.

Son processus d’institutionnalisation, son mode de gouvernance et ses risques spécifiques ont fait d’elle un phénomène étudié dans toutes les universités du monde.

Effectivement, la recherche en économie et finance islamiques a considérablement progressé depuis le milieu des années 2000. Cela reflète la croissance rapide du secteur, avec environ 2 524 milliards de dollars d’actifs et une croissance de 525,75 % entre 2006 et 2019.

Vers une croissance de la finance islamique dans les pays occidentaux

Une autre caractéristique remarquable de la recherche en économie et finance islamiques est qu’elle repose en grande partie sur une discussion des problèmes économiques des pays en développement. Cela est dû au fait que la plupart des pays où la population est majoritairement musulmane sont classés parmi les économies émergentes. Cela offre donc une nouvelle perspective fondée sur la manière de traiter les problèmes de croissance et de pauvreté qui sont plus présents dans ces pays par rapport aux économies plus développées.

Des approches intéressantes ont été envisagées pour régler ces problèmes. Par exemple, l’intégration de la « zakāh » et du « waqf » dans le modèle de développement de la micro-finance est une approche islamique très particulière de la finance philanthropique et inclusive.

Avec cette force à l’esprit, il est également possible de se pencher davantage sur la croissance importante de la finance islamique dans les principaux pays développés occidentaux. Les besoins des clients de la finance islamique et des clients potentiels dans ces pays seront très différents et les recherches futures pourront se concentrer davantage sur cet aspect.

Source : «Econostum»

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