Kaïs Saïed ne semble pas renoncer au processus qu’il a entamé tout seul il y a près d’un an. Pour lui, ce n’est pas à ce moment précis qu’il va faire machine arrière et céder à la pression. En déplacement en Algérie à l’occasion de sa fête de l’indépendance, Kaïs Saïed a publié une lettre adressée au peuple. Il appelle les Tunisiens à voter oui et à «entamer une nouvelle ère de l’histoire».

La guéguerre politique bat son plein. Le projet de Constitution élaboré par Kaïs Saïed et paru dernièrement au Jort est mis sur le banc des accusés. Et pour cause, ce que certains défenseurs des droits humains appellent une atteinte à l’identité de l’Etat, mais aussi ce que la classe politique qualifie de démarche individualiste de la part du Chef de l’Etat.

Sauf que le locataire de Carthage ne semble pas renoncer à ce processus qu’il a entamé tout seul il y a près d’un an. Pour lui, ce n’est pas à ce moment précis qu’il va faire machine arrière et céder à la pression. En déplacement en Algérie à l’occasion de sa fête de l’indépendance, Kaïs Saïed a publié une lettre adressée au peuple tunisien. En résumé, il appelle les Tunisiens à voter «oui» et à «entamer une nouvelle ère de l’histoire».

Mais avant, il explique pourquoi il a pris ces dispositions exceptionnelles et pourquoi il est important, selon ses dires, d’adopter la nouvelle Constitution. Mais une simple lettre publiée sur la page Facebook de la présidence pourra-t-elle convaincre les Tunisiens ?

Kaïs Saïed considère, tout d’abord, que la Tunisie avait fait face à plusieurs tentatives visant l’unité de l’Etat et ses institutions afin de les détourner de leur fonction, à savoir être au service des citoyens. Il a insisté sur une impunité sans précédent ayant permis à plusieurs individus d’échapper aux sanctions résultant de leurs actes et encouragé la corruption. Ainsi, le Chef de l’Etat fait clairement référence à l’appareil de la Justice et à la corruption qui pèse sur certains tribunaux.

«Ils ont dépouillé les caisses de l’Etat et des établissements publics. La pauvreté s’est de plus en plus propagée. Le peuple suivait, en Tunisie et depuis l’étranger, et protestait… Il suivait la situation tout en déplorant ce qui se passait au sein de l’Assemblée des représentants du peuple. Ni législation concrétisant ses revendications et ses attentes, ni pratiques acceptables. Diffamation et attentat à la pudeur, violences jusqu’à faire couler le sang… Plusieurs députés avaient appelé à sa dissolution, en plus des appels populaires», a écrit le Chef de l’Etat, appelant en effet les Tunisiens à adopter la Constitution qu’il a proposée.

Rejetant toute atteinte aux libertés et aux droits dans ce projet de Constitution, Kaïs Saïed a affirmé que ceux qui le critiquent n’ont pas pris la peine de lire tout le texte.

Il a assuré que le devoir et le sens des responsabilités lui avaient imposé  ce processus en gelant l’activité parlementaire et en proposant une nouvelle constitution.

Grande résistance 

Sauf que les réactions à cette lettre n’ont pas manqué à leur tour. Certains ont même crié à l’exploitation de l’appareil de l’Etat pour mencer cette campagne référendaire. L’ancien député Hichem Ajbouni s’est interrogé dans ce sens si le Président de la République n’a pas enfreint la loi électorale en publiant ce texte sur la page de la présidence.

Quoi qu’il en soit, la démarche du Président de la République connaît une grande résistance. A commencer par la commission consultative elle-même qui a désavoué la version déjà publiée au Jort, jusqu’aux partis politiques qui ne cessent de remettre en cause le processus du 25 juillet.

C’est dans ce sens que le Front de salut national a annoncé qu’il rejette et boycotte le référendum, car «il repose sur un coup d’État contre la légitimité constitutionnelle et représente un retour à l’odieux régime présidentialiste».

Il a également indiqué, dans un communiqué rendu public hier, mardi 5 juillet 2022, que la copie de la Constitution soumis à référendum «confirme une fois de plus que la préparation de ce projet s’est inscrite dans le cadre d’un coup d’Etat contre la légitimité constitutionnelle, monopolisant tous les pouvoirs».

Pour sa part, le Parti destourien libre (PDL) a adressé une dernière mise en demeure à l’Instance supérieure indépendante des élections pour arrêter le processus du référendum et annuler le rendez-vous du 25 juillet 2022, et ce, avant de saisir la justice pénale. Sa présidente, Abir Moussi, annonce l’organisation d’une manifestation demain 7 juillet à partir de 17h devant le siège de l’Isie.

Le Syndicat national des journalistes tunisiens (Snjt) s’est également prononcé sur la nouvelle Constitution. Dans un communiqué, il a dénoncé plusieurs dérives dans le projet de Constitution présenté par le Président de la République, Kaïs Saïed, et qui devrait être soumis au vote le 25 juillet lors d’un référendum national, tout en refusant son adoption.

Cependant, le Président peut toujours compter sur le soutien de quelques structures politiques. L’Alliance pour la Tunisie a décidé de voter en faveur du projet de la nouvelle Constitution de la République tunisienne, qui fera l’objet d’un référendum le 25 juillet.

Le parti a invité les Tunisiens à participer en masse à cette échéance électorale et à poursuivre la lutte pour sauver le processus de « rectification «, selon un communiqué.

Par ailleurs, l’Alliance pour la Tunisie a invité les citoyens et les forces vives de la nation à faire front commun pour lutter contre toute initiative qui risque de mettre en péril la stabilité et la paix sociale dans le pays.

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