Qui tenir pour responsable face à cette situation marquée par l’absence d’une information et de données claires ? Ces prêts et mécanismes d’assistance financière ne sont-ils pas soumis à un plan de gestion et une stratégie étudiée pour optimiser leur efficacité ? Quel sort pour les centaines de millions de dollars et d’euros et comment ont-ils été utilisés ? 

Le dossier est lourd, et les répercussions le sont encore plus. Durant cette dernière décennie et juste après la révolution, la Tunisie a bénéficié d’innombrables enveloppes sous forme de dons et de prêts pour encourager et préserver ce qu’on appelait une démocratie naissante.

En effet, au nom de la protection d’une jeune démocratie vulnérable, les bailleurs de fonds et les pays étrangers se sont précipités pour venir en aide financière de la Tunisie.

D’énormes fonds ont été alloués aux différents gouvernements qui se sont succédé à la tête de l’Etat, sans pour autant qu’il n’y ait une stratégie de gestion transparente. Les chiffres sont hallucinants, alors que l’impact réel de ces fonds manque à l’appel, onze ans après, le pays s’enfonce dans une crise financière inédite. A qui la faute ? Qui a bénéficié de ces fonds ? Comment ont-ils été dépensés ?

Peut-on soupçonner l’existence d’une mauvaise gestion et de malversation ?

En février dernier, le Président de la République, Kaïs Saïed, avait annoncé une mission d’audit de tous les fonds, prêts et dons octroyés à la Tunisie depuis 2011. L’objectif était de savoir comment ces fonds qui s’élèvent à des dizaines de milliards d’euros ont été exploités. Si les fonds étaient importants, il fallait impérativement mettre une structure transversale chargée de leur gestion. Autrement, ce privilège se transformera en un danger dans la mesure où il contribuera au surendettement du pays.

Et c’est effectivement le cas, l’encours de la dette publique a atteint 107,8 milliards de dinars en Tunisie, ce qui représente 85,5% du PIB, à fin 2021. En fait, l’encours de la dette a augmenté de près de 16% par rapport à 2020 (93 milliards de dinars, soit 77,8% du PIB) et de près de 30%, en comparaison avec l’année 2019 (83,3 milliards de dinars, l’équivalent de 68% du PIB).

Lundi, en recevant la Cheffe du gouvernement, le Président de la République, Kaïs Saïed, a évoqué les résultats de l’audit sur la gestion des dons et des crédits accordés à la Tunisie depuis 2011.

Cette mission d’audit avait été confiée par le Président de la République au ministère des Finances, lors d’un Conseil ministériel tenu en octobre 2021. Lors de cet entretien, Saïed a mis l’accent sur les dépassements qui ont entraîné des déséquilibres budgétaires de l’Etat, appelant à mettre fin à cette situation et à déterminer les responsabilités de chaque personne ayant commis ces dépassements. «C’est le peuple qui en fait les frais sans pour autant bénéficier de ces importantes sommes d’argent», a-t-il déclaré.

Quel volume ?

Au fait, en lançant cet audit il y a quelques mois, Kaïs Saïed avait promis de poursuivre tous ceux qui ont porté atteinte à l’argent du peuple. « Nous devons nous pencher sur les prêts et les dons octroyés à la Tunisie depuis 2011, et dont il n’y a plus aucune trace dans les caisses de l’Etat. Cela sans parler de l’argent qu’on transfère à l’étranger dans les valises et les malles sous le couvert de l’immunité dont bénéficient certains », a-t-il dit.

Avant de se pencher sur les manquements et les dépassements commis dans la gestion de ces fonds, encore faut-il connaître leur volume réel. En l’absence de chiffres récapitulatifs et de données exactes sur le sort de ces prêts, dons et aides financiers octroyés à la Tunisie à l’issue de la révolution, il est difficile de connaître le volume de ces fonds dont a bénéficié notre pays.

Cependant, un recoupement de plusieurs éléments permet d’avoir une estimation de ces enveloppes destinées surtout à soutenir et restructurer l’économie nationale.

Selon certaines estimations, l’Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI) ont, à eux seuls, mobilisé au profit de la Tunisie des fonds estimés à plus de 14 milliards de dollars, ce qui correspond à peu près à son budget annuel. L’ancien ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, Patrice Bergamini, avait indiqué, d’ailleurs, en octobre dernier que la Tunisie avait reçu 10 milliards d’euros de l’UE depuis 2011 en dons et en prêts

Kaïs Saïed pas le premier

Dans cette lutte contre le gaspillage de l’argent public et des prêts contractés, Kaïs Saïed n’est pas le seul et n’est pas le premier. Auparavant, l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) avait fait savoir qu’elle s’apprêtait à déposer une demande d’accès à l’information sur le sort des prêts octroyés à la Tunisie après la révolution.

Avant, c’était le Parti destourien libre (PDL) qui a ouvert ce dossier. Le parti soupçonne une mauvaise gestion de ces prêts et aides dont a bénéficié la Tunisie après la révolution. Il avait exigé un audit approfondi sur le sort de ces assistances financières octroyées à la Tunisie depuis 2011. Cet appel intervenait en raison du taux d’endettement de la Tunisie qu’il a jugé inquiétant.

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