Les relations diplomatiques entre la Tunisie et les Etats-Unis demeurent toujours tendues. Alors que Tunis réitère son attachement à sa souveraineté, Washington dit défendre une « démocratie menacée ». Mais quelle démocratie défendent les USA au juste ? L’Occident est-il en mesure de comprendre l’échiquier politique en Tunisie ? Ou est-il simplement en train d’imposer des agendas politiques et géopolitiques bien précis ?

Dimanche dernier, le Président de la République a encore une fois reçu une délégation du Congrès américain. Une occasion pour lui de s’adresser directement aux Américains et de défendre son projet politique qui ne plaît pas, visiblement, à l’Occident.

Kaïs Saïed a, de nouveau, rappelé l’attachement de la Tunisie à sa liberté, son indépendance et sa souveraineté et a rejeté toute forme d’ingérence étrangère. En effet, la rencontre qui s’est déroulée en présence de Natasha Franceschi, chargée d’affaires à l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique en Tunisie, a permis à Saïed de mettre tout au clair.

A cet effet, le Chef de l’Etat a souligné que « les déclarations faites récemment par certains responsables américains sont inacceptables, car la Tunisie est un pays libre, indépendant et souverain. La souveraineté nationale appartient au peuple qui a exprimé sa volonté lors du référendum du 25 juillet et va s’exprimer lors des prochaines élections », a-t-il lancé. Et d’ajouter : « Celui qui regrette la dernière décennie est celui qui en a profité. Le détournement de fonds et le saccage des services publics en sont, à cet égard, la meilleure illustration », a-t-il encore dit.

Cité dans un communiqué, le Président Saïed a fait observer que « la démocratie est un esprit avant d’être des institutions formelles », ajoutant que la démocratie ne peut être réalisée « qu’à la lumière d’une justice sociale et d’un système judiciaire indépendant et juste dans lequel tous sont égaux ».

Le Chef de l’Etat a dit rejeter une campagne de « dénigrement » menée par des personnes connues pour leur appartenance politique, rappelant, dans ce contexte, les principes du droit international consacrés par la Charte des Nations unies. Il a, à ce propos, cité « le respect de la souveraineté des Etats, l’égalité entre eux et la non-ingérence dans leurs affaires ». Lors de cette rencontre, le Président Kaïs Saïed a passé en revue les étapes historiques des relations tuniso-américaines qui datent de plus de deux siècles. D’autres volets liés à la coopération bilatérale ont été également abordés.

Le Congrès préoccupé !

Pour sa part, l’ambassade américaine a publié hier un communiqué pour revenir sur cette rencontre avec le Chef de l’Etat. En effet, la délégation du Congrès américain qui a rencontré le Président de la République, Kaïs Saïed, a exprimé son inquiétude quant au processus démocratique en Tunisie.

L’ambassade a fait savoir, dans un communiqué, que les membres de la délégation ont incité à accélérer l’adoption d’une loi électorale de manière participative, afin de garantir une large participation aux prochaines législatives. La mise en place d’une justice indépendante et d’un Parlement efficace « permettant de restituer la confiance du peuple dans le système démocratique ».

La délégation du Congrès américain a salué, par ailleurs, le rôle vital joué par la société civile tunisienne, active dans la construction d’un avenir politique inclusif.

En optant pour de pareilles positions, les Etats-Unis, et plus généralement l’Occident, sont-ils bien informés de la situation en Tunisie ? Accèdent-ils à la réalité des choses indépendamment des campagnes médiatiques menées par certaines parties politiques ? Sont-ils en mesure d’interpréter la donne politique en toute impartialité ?

A l’issue ans de la révolution, la Tunisie a transmis un message démocratique au monde entier, certes. Sauf que tous les Tunisiens s’accordent sur le fait que cette démocratie se limitait à certains compromis politiques et de fausses alliances entre des partis précis. Elle n’a pas pu, malheureusement, traduire la volonté du peuple et ses revendications notamment sur le plan économique et social. Cela fait qu’après onze de la révolution, la Tunisie s’enfonce encore plus dans une crise économique et financière sans précédent et c’est l’actuel gouvernement qui paye le prix cher. Déjà fragilisé par sa conjoncture politique, le gouvernement Bouden assume la lourde responsabilité de mener à bien les réformes économiques et sociales, mais surtout de prévoir une explosion sociale, contre laquelle mettent en garde différents sociologues.

Il n’empêche que la classe politique post-révolution, qui a exercé une hégémonie sur le pouvoir de l’Etat tunisien, a considérablement nui aux intérêts du pays, sous le couvert d’une démocratie déguisée. L’Occident est-il en mesure de comprendre l’échiquier politique en Tunisie ? Ou est-il simplement en train d’imposer des agendas politiques et géopolitiques bien précis ?

Il faut rappeler que les relations entre les Etats-Unis et la Tunisie ne sont pas, depuis plusieurs semaines, au beau-fixe.

Le ministre des Affaires étrangères avait officiellement convoqué la chargée d’affaires de l’ambassade américaine à Tunis, Natasha Franceschi, au siège du ministère. Cette convocation intervient suite à la publication d’un communiqué de presse émis par le secrétaire d’Etat américain aux Affaires étrangères, Anthony Blinken, dans lequel il a appelé les autorités tunisiennes à adopter une loi électorale « inclusive » qui soit en mesure de garantir une « participation élargie » aux élections législatives prévues en décembre prochain et qui devrait inclure aussi bien « les opposants que les boycotteurs » du référendum sur la Constitution. Les récentes déclarations inacceptables de l’ambassadeur désigné dans notre pays devant le Congrès américain en sont également la cause.

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