Mise en scène et juxtaposition, à travers de petits dessins, d’éléments disparates  dans des décors insondables, insaisissables qui ne semblent n’avoir ni limites, ni commencement, ni fin, l’artiste reconstruit toute sorte d’actualités, en confrontant ces éléments isolés de leur contexte (photographies de presse, images typographiques, etc.), leur conférant d’autres existences.

La galerie Selma-Feriani abrite, jusqu’au 13 novembre 2022, l’exposition individuelle de Massinissa Selmani, intitulée «On a rock, a brief circle of sun» (Sur un rocher, un bref cercle de soleil). C’est la deuxième fois que les cimaises de la galerie accueillent les œuvres de cet artiste algérien qui vit et travaille à Tours, en France.

Dans son exposition, commissionnée par Roger Malbert, l’artiste réfléchit sur des thèmes, tels que l’exclusion, les frontières territoriales et leurs traversées, sur la proximité et la distance, la fuite et la liberté.

Le travail de Massinissa Selmani s’abreuve et puise dans l’imaginaire médiatique, les actualités politiques et sociales. Et c’est par et avec le dessin, ce médium qui offre cette possibilité de travailler n’importe où, de saisir choses, pensées et idées directement et instantanément, que ce passionné de papier, qu’il dit aimer sentir et humer étant jeune, s’emploie à confronter et à juxtaposer, sans cohérence logique, des éléments réels pour créer des scènes énigmatiques et ambiguës.

Le dessin, il l’aborde d’une manière expérimentale en mettant en avant la dimension documentaire de sa pratique, jouant sur les limites du réel et de l’irréel, du comique et du tragique, caractéristique de son œuvre.

L’artiste est né en 1980 à Alger. Il vit et travaille à Tours. Après des études en informatique en Algérie, il intègre l’Ecole supérieure des beaux-arts de Tours. Massinissa Selmani, dont le travail a été salué par une mention spéciale du jury à la 56e Biennale de Venise (All the World’s Futures, commissariat d’Okwui Enwezor en 2015), a participé à de nombreuses expositions personnelles et collectives en France et à l’étranger. Lauréat du prix Art Collector et du prix Sam en 2016, Massinissa Selmani a également été exposé à la Biennale de Dakar en 2014, à la première Triennale de Vendôme et à la Biennale de Lyon en 2015, ainsi qu’à la Biennale d’architecture d’Orléans en 2017.

L’approche de Massinissa s’est longtemps associée aux coupures de presse qu’il collectionnait pendant de longues années (et continue à le faire) et qu’il a réinvesties en employant des médiums et matériaux simples et qui sont essentiellement le dessin et le papier. Des visuels récupérés dans la presse écrite et photocopiés qu’il modifiait, par exemple, par l’intermédiaire d’une ou plusieurs couches de papier calque transparent. Sur chaque strate, un dessin vient dupliquer, déplacer ou ajouter un élément, un contour, un objet présent dans la photographie originale. L’image, ainsi redessinée et réinterprétée, est ensuite scannée. La situation, remise dans un autre contexte et ayant subi les altérations dues aux différentes étapes de transformation, prend alors un sens totalement différent, une nouvelle vie, un devenir autre et ouvre le champ des lectures et autres interprétations.

Mise en scène et juxtaposition, à travers de petits dessins, d’éléments disparates  dans des décors insondables, insaisissables qui ne semblent n’avoir ni limites, ni commencement, ni fin, l’artiste reconstruit toute sorte d’actualités, en confrontant ces éléments isolés de leur contexte (photographies de presse, images typographiques, etc.), leur conférant d’autres existences. Et cela donne lieu souvent à des  situations étranges, énigmatiques, des scènes teintées de froideur, de gravité, tendant vers l’éternel et à des décors dont les éléments architecturaux semblent flotter et échapper à la possibilité de les situer ou de les dater.

A découvrir.

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