Le moment est venu pour donner une autre dimension à l’action environnementale et politiser l’environnement.

La nécessité d’opérer une transformation structurelle profonde des politiques environnementales a été pointée par les associations et les réseaux écologiques participant au Forum des transformations écologiques, organisé à Tunis par la Fondation Heinrich-Böll Stiftung et le Réseau Tunisie Verte.

Démocratiser la question écologique

Dans son intervention, Nidhal Attia, coordinateur du programme ‘’Développement durable et politiques environnementales’’ à la Fondation Heinrich-Böll Stiftung Tunis, a souligné que l’approche défendue par la société civile vise à contrer les changements timides et les réformettes qui n’ont pu, jusque-là, engager le pays dans une véritable transformation environnementale.

Et d’ajouter : « Face aux crises multiples et interdépendantes, les transformations écologiques ne peuvent plus être dissociées des transformations économiques et sociales. Le moment est venu pour donner une autre dimension à l’action environnementale et politiser l’environnement. La question environnementale ne doit plus rester à l’écart des priorités sociéconomiques ».

Toujours selon lui, «les réformes à engager sont multidimensionnelles et doivent toucher à la fois à l’aspect juridique et institutionnel, au modèle économique qui n’arrête pas de perpétuer depuis des décennies, des pratiques menaçant les droits environnementaux et aggravant les injustices environnementales ainsi qu’à l’aspect social. Il s’agit là de démocratiser la question écologique afin d’éclairer les citoyens mais aussi les responsabiliser ».

« Sur le plan opérationnel, ces réformes doivent conduire à une meilleure préservation de la biodiversité, une meilleure gestion des ressources naturelles et des déchets ainsi qu’à favoriser l’implémentation des énergies renouvelables dans le respect total des exigences environnementales ».

Pour sa part, Hekma Achour, représentante de l’association Green Compass, membre du Réseau Tunisie Verte, a indiqué que le Forum des transformations écologiques vient couronner les travaux engagés par le Réseau depuis décembre 2021 dans l’objectif de fournir une note d’orientation pouvant servir à amorcer une véritable action environnementale.

« Face à l’absence de mécanismes contraignants qui peuvent mener à des mesures à la hauteur des nécessités de l’urgence environnementale et aux diverses formes de pressions exercées sur l’environnement, il ne s’agit plus d’appeler à une transition écologique mais à une transformation totale des modes de production, de consommation et de gestion environnementale, afin de remettre l’environnement au cœur des priorités nationales et de la gouvernance de l’Etat », a-t-elle souligné.

Elle a estimé qu’il s’agit d’un grand chantier institutionnel à engager dans l’objectif d’apporter plus de cohérence entre les politiques environnementales. Laquelle cohérence requiert une définition précise des objectifs poursuivis, une analyse rigoureuse des différentes lignes d’action, un suivi rigoureux et une évaluation objective des structures de décision, une communication efficace entre les parties prenantes et une traçabilité des financements reçus.

Trois piliers primordiaux

Les représentants des associations écologiques participant au Forum ont été unanimes à pointer la nécessité de rompre à la fois avec le mode de gouvernance actuel aux conséquences négatives sur tous les plans et avec les politiques sectorielles traditionalistes perpétuant des pratiques aux conséquences environnementales néfastes.

Ils ont ainsi appelé à l’adoption en urgence d’une approche systémique qui trace la voie d’une véritable transformation structurelle articulée autour de politiques environnementales inclusives, respectueuses des droits humains, ne laissant personne de côté, favorisant l’appropriation nationale des biens communs et conformes aux engagements internationaux et des différentes conventions et accords ratifiés par la Tunisie.

Une telle orientation stratégique repose sur trois piliers primordiaux, à savoir une vision stratégique soutenue par un engagement et une impulsion politique claire et incontestable en faveur de la protection de l’environnement ; des dispositifs institutionnels et des mécanismes de gouvernance efficaces, innovants et inclusifs capables de gérer les interactions entre les politiques publiques de différents secteurs et d’harmoniser l’action des différents niveaux d’administration, une panoplie d’outils et de réglementations adaptés et évolutifs pour anticiper, évaluer et pallier les effets et les conséquences à long terme des politiques.

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