Cette fois-ci, c’est une crise qui frappe le secteur de la distribution et du stockage des médicaments qui menace le droit des citoyens aux soins et à la santé.

Hier lundi, les pharmaciens grossistes-répétiteurs ont concrétisé leur menace en stoppant la distribution des différents médicaments dans les officines provoquant un état de panique chez les Tunisiens. Une situation qu’ils expliquent par les difficultés financières dont ils souffrent et par l’arrêt d’activité de plusieurs structures sous ces pressions budgétaires.

La Chambre syndicale nationale des pharmaciens-grossistes répartiteurs (Cspgr), relevant de l’Utica, a annoncé en effet la suspension de l’activité de distribution de médicaments sur tout le territoire, à partir d’hier lundi 5 décembre 2022. Cette décision intervient suite au non-renouvellement, par le ministère des Finances, de l’attestation d’exonération de la retenue à la source sur les ventes des médicaments au titre de l’année 2022, ce qui a aggravé les charges financières des grossistes répartiteurs. Cela émane effectivement d’un blocage entre les parties syndicales et les autorités et, comme à chaque fois, ce sont les Tunisiens qui payent le prix cher d’une telle situation.

Jusqu’à la rédaction de ces lignes, hier, même si la question relève de la sécurité et de la santé des Tunisiens, aucun accord n’a été trouvé et la crise s’ajoute à une autre qui frappe de plein fouet le secteur des médicaments. Il faut rappeler, en effet, que ces derniers mois, plusieurs médicaments manquent dans les officines provoquant le désarroi des patients.

Sauf que, selon Abderrazak Hedhili, directeur général du département de pharmacie et des médicaments au sein du ministère de la Santé, une réunion sera tenue pour trouver une solution urgente à cette situation de blocage, affirmant que les questions financières ne relèvent pas des compétences du ministère de la Santé. C’est dans ce contexte que le syndicat des pharmacies privées a lancé un cri d’alerte pour mettre en garde contre l’arrêt de distribution des médicaments. Le syndicat met en garde dans un communiqué contre les retombées d’une telle situation sur la sécurité des Tunisiens appelant les deux parties à faire prévaloir l’intérêt général du pays.

Idem pour le Conseil national de l’ordre des pharmaciens de Tunisie (Cnopt) qui a exprimé, dimanche, sa forte inquiétude quant à l’impact de la décision de la Chambre syndicale nationale des pharmaciens grossistes-répartiteurs (Cspgr) de suspendre la distribution des médicaments sur tout le territoire, à partir d’hier lundi, sur le droit des malades à l’accès aux médicaments.

«L’arrêt de l’activité des pharmaciens grossistes impactera directement le stock des médicaments dans les pharmacies et leur capacité à satisfaire les besoins des malades», explique le Cnopt. Il a appelé les autorités concernées à intervenir d’urgence pour trouver une solution qui garantit la continuité de la distribution des médicaments pour préserver la santé des citoyens.

Le Conseil a par ailleurs fait remarquer que les sociétés de distribution de médicaments en gros, qui jouent un rôle important au sein du système sanitaire, vivent, depuis des années, une situation financière difficile en raison de la montée des charges de fonctionnement, et qu’elles ne supportent plus de charges supplémentaires. Le conseil a affirmé «son soutien aux revendications légitimes des pharmaciens grossistes» et a souligné «l’importance d’assurer un service minimum pour répondre aux urgences».

70 entreprises menacées

Revenant sur cette situation, le trésorier de la Chambre nationale des pharmaciens grossistes-répartiteurs, Ahmed Karray, a affirmé avoir expliqué aux autorités officielles la gravité de la situation, l’ampleur de la crise au niveau de ce secteur et le manque de ressources auxquelles ils faisaient face. «70 entreprises constituant ce secteur pourraient faire faillite», a-t-il alerté.

Le syndicaliste a insisté sur la nécessité de trouver une solution, dans l’urgence, pour débloquer la situation au niveau de ce secteur. Il a indiqué que la distribution des médicaments pour les cas d’extrême urgence était tributaire de la disponibilité de ces produits. Il a, aussi, précisé que l’Ordre des pharmaciens de Tunisie allait piloter cette opération.

Pour sa part, le président du Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (Spot), Naoufel Amira, a affirmé que «la période à venir enregistrera plusieurs problématiques au niveau de la disponibilité des médicaments», soulignant que les pharmacies ont conclu un accord avec les pharmaciens grossistes répartiteurs pour assurer la livraison des médicaments pour les cas d’extrême urgence uniquement.

Rappelons que les pharmaciens grossistes bénéficiaient de cette exonération depuis 2006, sans interruption, étant donné que leurs marges de bénéficies sont inférieures au taux de la retenue à la source qui leur est appliquée, sauf que cette année, le ministère des Finances a décidé de mettre fin à ce privilège pour des raisons budgétaires.

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