Si dans d’autres contextes les médias sociaux entrent dans l’enseignement pour en développer le contenu et ouvrir à de nouvelles pratiques, en Tunisie leur intégration en milieu éducatif reste contre-productive.

De nos jours, les réseaux sociaux s’impliquent dans tous les aspects de notre vie quotidienne. Parfois, ils peuvent nous aider à nous informer ou à communiquer, mais souvent leurs retombées sont dangereuses. Une nouvelle affaire, dont l’origine n’est autre que les réseaux sociaux, éclate pour confirmer ce constat.

C’est le cas d’une lycéenne virée définitivement suite à une vidéo postée sur le réseau TikTok dans laquelle elle critique sévèrement un enseignant, qui n’est autre que l’acteur M’hadheb Remili.

Retour sur les faits : le lycée des arts d’El Omrane à Tunis a publié récemment un communiqué pour annoncer le renvoi définitif de la jeune lycéenne Nour Ammar. Le lycée explique la décision par un comportement inapproprié de la part de l’élève sur les réseaux sociaux. En effet, on expliquait qu’elle a été renvoyée du lycée après avoir critiqué, sur les réseaux sociaux, l’un de ses enseignants.

Une vague de soutien envers la jeune élève, mais également l’artiste, a envahi le réseau Facebook, on estimait d’ailleurs que son renvoi «est non seulement sévère mais totalement injuste, et porte atteinte à une artiste exceptionnellement talentueuse».

Cette nouvelle a été rapidement transformée en une affaire d’opinion publique, les autorités ont, pour leur part, réagi. C’est le délégué régional de l’éducation à Tunis 2, Mohamed Gazouni, qui est revenu, dans des déclarations médiatiques, sur l’exclusion d’une élève du lycée des Arts d’El-Omrane après avoir publié une vidéo sur les réseaux sociaux où elle aurait insulté même son enseignant, l’acteur M’hadheb Rmili. Lui qui a promis un traitement urgent de ce dossier au niveau de la délégation de l’éducation, estime que tous les éléments de l’affaire ne sont pas encore disponibles. «Même si l’élève est au sommet de la créativité, elle doit respecter son éducateur», a-t-il lancé.

Brisant le silence, l’acteur en question a réagi à la polémique en présentant une autre version des faits. La version de Remili est que l’élève a eu une crise de colère sans aucune raison près d’une heure après avoir assisté à sa séance et que par la suite elle a publié sa vidéo. Selon ses dires, la lycéenne s’est invitée dans son cours alors qu’elle n’était pas son élève. «Et ceux qui mettent en doute cette version savent ce qu’il leur reste à faire», a-t-il dit.

Et pour compléter l’image, quelques heures plus tard, l’élève en question a reposté une vidéo pour s’excuser et pour évoquer un malentendu, affirmant qu’elle a supprimé la première vidéo.

De nombreux dérapages

Sur les réseaux sociaux, de nombreux dérapages impactent considérablement le milieu éducatif. Ce n’est pas la première fois qu’une telle décision est prise suite à une affaire sur les réseaux sociaux. Certes, la régulation des réseaux sociaux pose un grand problème même à l’échelle internationale, mais un encadrement de la part du ministère de l’Education des usages des élèves, mais aussi des enseignants des réseaux sociaux peut aider à surmonter certaines décisions de ce genre qui mettent à mal le droit des élèves à l’éducation.

Si dans d’autres contextes les médias sociaux entrent dans l’enseignement pour en développer le contenu et ouvrir à de nouvelles pratiques, en Tunisie leur intégration en milieu éducatif reste contre-productive.

D’ailleurs, on constate un abus d’usage par les élèves, mais aussi par les enseignants, de ces réseaux même pendant le cours. L’addiction aux médias sociaux n’est plus sujette au débat. Tous les utilisateurs en font l’amère expérience. Ils prennent tellement goût aux médias sociaux au point de ne plus s’arrêter de consulter leur smartphone à chaque instant pour ne rien rater des derniers messages sur facebook, twitter, whatsapp, etc.

Les médias sociaux vont jusqu’à perturber le sommeil des élèves. Les apprenants et les enseignants n’échappent pas à cette addiction et c’est ce qui explique fortement ce genre de dérapage.

Le rôle des enseignants

Dans ce contexte et face à ces risques, l’éducation aux médias et à l’information vise à développer une appropriation critique des médias en milieu scolaire afin de permettre au jeune public d’en faire un usage responsable et d’en percevoir les richesses autant que les limites et les dangers. Ici, c’est le rôle des enseignants qui s’avère crucial.

Il est également important de mentionner que l’éducation aux médias et à l’information est un élément indispensable pour préparer à l’exercice de la citoyenneté en démocratie dans le contexte tunisien.


Association tunisienne des parents et des élèves : «Une sanction inappropriée»

«Cette décision est une preuve supplémentaire de l’échec de l’école tunisienne dans l’exercice de sa fonction éducative. Le système disciplinaire actuel n’est plus adapté à la réalité sociale ».

L’Association tunisienne des parents et des élèves a estimé, dans un communiqué publié hier, que la décision de renvoi définitif de l’élève Nour Ammar de son lycée pour cause de diffamation à l’encontre de son professeur n’est pas la solution appropriée pour régler le problème survenu.

L’élève en question a fait l’objet d’un renvoi définitif de l’Institut des arts d’Al Omrane, après avoir publié sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle elle critiquait et diffamait son professeur, Mhadheb Rmili.

L’association considère que cette décision est une preuve supplémentaire de l’échec de l’école tunisienne dans l’exercice de sa fonction éducative et que le système disciplinaire actuel n’est plus adapté à la réalité sociale, notant que de telles sanctions, même si elles sont légales, leurs résultats auront forcément des répercussions négatives.

L’association porte la responsabilité de ce qui s’est passé à l’Etat, à l’autorité de tutelle, au cadre éducatif et aux parents de l’élève concerné à des degrés divers.

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