Hachemi Alaya, économiste et fondateur du Think tank «Tema»: «La Tunisie a besoin d’une transformation profonde et réelle»

Intervenant lors de la rencontre-débat organisée par l’Oect, l’économiste et fondateur du think tank «Tema», Hachemi Alaya, a indiqué que la Tunisie devrait souffrir «drôlement de l’environnement international qui va se dégrader considérablement». Selon lui, l’économie tunisienne va se ressentir de la récession économique qui va frapper l’Europe…

L’économiste et fondateur du Think tank «Tema», Hachemi Alaya, est peu optimiste quant aux perspectives économiques de la Tunisie en 2023. Et pour cause : les incertitudes qui planent autour de l’environnement international mais aussi le contexte national de la Tunisie.

A en croire le professeur, les perspectives économiques s’assombrissent pour la Tunisie, ce qui va se traduire par un ralentissement de la croissance en 2023. Intervenant lors de la rencontre-débat organisée récemment par l’Oect, l’économiste a indiqué que la Tunisie devrait souffrir «drôlement de l’environnement international qui va se dégrader considérablement». Selon lui, l’économie tunisienne va souffrir de la récession économique qui va frapper l’Europe. «La zone euro va enregistrer, en 2023, la croissance économique la plus faible depuis 40 ans. Elle va entrer en récession. Et quand la zone euro tombe en récession, la Tunisie va tomber malade, parce que la zone euro est notre marché», a-t-il argumenté.

Flambée des prix du blé et du pétrole

Quant aux conséquences de la guerre en Ukraine, elles devraient perdurer, voire s’aggraver en 2023. Le Pr Alaya a affirmé, en ce sens, que la plupart des experts militaires s’attendent à ce que la guerre en Ukraine va encore durer tout au long de l’année, ce qui va favoriser la flambée des prix du blé et du pétrole. «Pour la plupart des experts militaires, la guerre va même traîner tout au long de l’année. […] il ne va pas y avoir des négociations de paix et peut-être qu’il va y avoir une remise en question de l’accord sur les céréales, et que la Russie va mettre en application sa décision d’interdiction de vente de pétrole. Tout cela va aboutir à la résurgence de la flambée des prix, du blé et du pétrole. Notre compte extérieur va souffrir drôlement en 2023», a-t-il affirmé.

La pandémie peut refaire surface

Selon l’économiste, la deuxième incertitude sur le plan international (qui est moins probable) concerne l’évolution de la pandémie qui peut refaire surface et dans ce cas compromettre l’activité touristique. «Il est probable que la pandémie fasse son retour. Cela pourrait compromettre la reprise touristique. Or, le tourisme est le seul secteur qui justifie, selon l’INS, la faible croissance qu’on attend en 2022», a-t-il précisé.

Sur le plan national, le président du Think tank «Tema» a expliqué que le contexte d’incertitude qui prévaut au niveau politique et social impactera les négociations avec le FMI. En outre, l’accélération de l’inflation et la récurrence des pénuries —qui selon l’économiste devront s’aggraver— pourraient réveiller la colère de la rue. «Le contexte social est aussi incertain, parce qu’avec une inflation à deux chiffres, avec une détérioration du pouvoir d’achat aussi importante, il est évident que l’Ugtt et le citoyen ne vont pas rester les bras croisés en 2023, d’autant plus qu’avec la flambée des prix, nous avons les pénuries qui vont perdurer et même s’aggraver en 2023». Le président de «Tema» a averti qu’un tel contexte incertain aurait certainement des conséquences négatives sur l’investissement, «d’autant plus que le gouvernement n’a pas donné le bon signal en alourdissant la fiscalité qui pèse sur l’activité économique».

Un rattrapage raté

Évoquant l’impact du Covid-19, mais aussi celui de la guerre en Ukraine, le professeur Alaya a fait savoir que contrairement à la plupart des pays du monde, l’économie tunisienne n’est pas parvenue, à ce jour, à rattraper la chute de la production enregistrée en 2020. Expliquant que le niveau du revenu moyen des Tunisiens est encore loin d’avoir retrouvé celui de l’année 2019. L’économiste a souligné que le Tunisien s’est encore appauvri entre 2020 et 2022, d’autant plus que l’inflation «qui a fait un retour tonitruant» a considérablement érodé son pouvoir d’achat.

L’entreprise lourdement taxée

Le Pr Alaya a, par ailleurs, ajouté que l’économie tunisienne n’avance pas, qu’elle était en crise (avant la pandémie) et continue à plonger dans la crise.

Pour l’économiste, il s’agit d’une crise profonde et structurelle «qui tient fondamentalement à l’inadéquation du modèle économique que l’on a mis en place depuis très longtemps et dans lequel nous persévérons jusqu’à aujourd’hui». Il a remarqué que, actuellement, la Tunisie n’a pas besoin de réformes, mais elle a plutôt besoin d’une transformation profonde et réelle. Mettant l’accent sur le poids de la pression fiscale qui pèse sur les PME, le Pr Alaya a fait savoir que la Tunisie dispose de la pression fiscale la plus élevée en Afrique et même dans le monde, puisqu’elle équivaut à celle des pays riches de l’Ocde. Il a, par ailleurs, pointé du doigt la croissance effrénée de la dépense publique qui a atteint des niveaux records. «Au niveau de nos gouvernants, nous avons cette manie d’envisager nos problèmes toujours à travers la dépense publique. […] Seulement, la dépense publique est considérée comme un moyen fondamental pour aborder nos problèmes et pour les résoudre. C’est d’ailleurs, à tel point que le projet de loi de finances 2023, tel qu’il est présenté, va porter le ratio de la dépense publique au PIB à des niveaux stratosphériques. Nous allons aussi être champions d’Afrique à ce niveau avec un ratio qui se rapproche de celui des pays riches de l’Ocde», a-t-il ajouté.

Pour l’économiste, ces taux traduisent que «l’Etat est lourd et occupe une place importante dans l’économie avec une bureaucratie qui est devenue paralysante». Selon les propos de Alaya, la Tunisie dispose d’une fiscalité dissuasive. Citant le rapport de «Price water House», M. Alaya a fait savoir que l’entreprise tunisienne compte parmi les plus lourdement taxées dans le monde et que le taux de prélèvement fiscal sur les bénéfices bruts des PME dépasse les 66%.

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