Le Chef de l’Etat a, encore une fois, rouvert le dossier du drame de Zarzis, accusant certaines parties d’avoir provoqué le naufrage d’une embarcation de migration clandestine et de vouloir envenimer la situation sociale dans cette région.

Le Chef de l’Etat a répété ce qu’il avait annoncé alors que cette région était en pleine ébullition suite à ce naufrage, mais aussi sur fond de l’affaire de l’enterrement des victimes non-identifiées.

Le locataire de Carthage a bien choisi le lieu pour s’exprimer de nouveau au sujet de cette affaire qui conserve toujours ses mystères. Le Président de la République, Kaïs Saïed était, en visite le mardi 31 janvier, à la caserne de la Garde nationale d’El Aouina, s’est entretenu avec des hauts responsables sécuritaires.

Sur une vidéo publiée par les services de communication de la présidence, on voit Kaïs Saïed muni d’un dossier et d’une boîte d’archives, le message était bien clair : Sa version repose sur des faits, des preuves et des documents. En effet, le Président de la République est revenu sur le drame de Zarzis, pour réitérer que l’affaire ne concerne pas un simple naufrage, mais qu’il s’agit bien d’un crime prémédité dont les victimes sont des « pauvres et des misérables ».

« Toutefois, des indices concordants, pouvant se hisser au rang de preuves, indiquent que le naufrage est prémédité et qu’il y a eu assassinat. L’épave de l’embarcation a été retrouvée. Elle était trouée et le trou était colmaté avec de la résine. Celui qui a prémédité cette opération est l’auteur du crime. Les enquêtes sont effectuées et il faut les condamner », a-t-il avancé, rappelant qu’il avait promis aux habitants de Zarzis de révéler la vérité et les circonstances du naufrage.

Nul ne doute que le Président de la République ait pris les choses en main dans cette affaire. C’est peut-être l’occasion d’appréhender ceux qui « complotent contre l’Etat tunisien », comme il l’a toujours évoqué. Sauf que les procédures administratives ont trop duré dans une affaire qui ne tolère aucun retard.

Il faut rappeler que nous évoquons une affaire sensible et des corps enterrés anonymement dans le cimetière des étrangers. En effet, les cadavres, alors récupérés par les autorités locales, ont été officiellement classés comme ceux de migrants étrangers et ont donc été enterrés dans ce qu’on appelle le Jardin de l’Afrique. Les habitants de la région et les familles des naufragés ont découvert par la suite qu’il ne s’agissait pas d’incidents isolés puisque ce ne sont pas plusieurs morts soupçonnés d’être des Tunisiens qui ont été récupérés durant la même période et enterrés dans ce cimetière.

Où en est l’enquête ?

Au fait, même le Président de la République Kaïs Saïed a reconnu que les procédures traînent toujours alors que les Zarzisiens sont avides de vérité.

Le 18 octobre, soit plus de trois semaines après le naufrage, la ministre de la Justice a ordonné au Procureur général près la Cour d’appel de Médenine de mener les poursuites judiciaires nécessaires conformément à l’article 23 du Code des procédures pénales. Cette instruction judiciaire a été ouverte pour déterminer les circonstances du naufrage d’une embarcation au large de la ville de Zarzis conformément à la demande du Président de la République, Kaïs Saïed.

Il était question « d’approfondir davantage l’enquête sur le naufrage de cette embarcation au large de Zarzis, ainsi que sur d’autres incidents, d’autant que de multiples preuves font état de l’implication de certaines parties dans la traite des êtres humains ».

Sauf que depuis, aucun résultat n’a été dévoilé, les habitants craignent d’ailleurs l’enterrement de la vérité dans cette affaire. Entretemps, les Zarzisiens continuent de faire pression sur les autorités locales en vue de dépoussiérer ce lourd dossier. Les familles des victimes n’en maintiennent pas moins la pression avec leurs tentes et leurs affiches et une nouvelle éruption n’est pas à écarter.

Des chiffres effrayants !

La migration clandestine par voie maritime vers les côtes italiennes bat actuellement son plein en Tunisie. La situation est telle que chaque nuit des dizaines de migrants irréguliers sont interceptés par les garde-côtes.

Selon le porte-parole du Ftdes, Romdhane Ben Amor, l’année 2022 a connu un nombre record de migrants disparus en mer, avec pas moins de 580 migrants depuis le début de l’année. Toujours selon la même source, 37.188 candidats à la migration ont été empêchés de le faire par les autorités tunisiennes, alors que 18.031 ont réussi à atteindre les côtes européennes.

De plus, un nouveau passage vers le vieux continent est né durant cette année. Il s’agit d’une nouvelle filière de migration vers l’Europe, via la Turquie et la Serbie. Cette nouvelle route a enregistré le passage de 5.697 migrants tunisiens, selon des estimations non officielles.

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