Mohamed Salah AYARI, Conseiller Fiscal et membre du Conseil National de la fiscalité, à La Presse: «L’origine du mal est due à l’absence d’une vision économique claire»

«Les difficultés financières de ces entreprises se sont aggravées à partir de l’année 2011, et ce, pour plusieurs raisons dont notamment: la mauvaise gestion qui a empiré davantage du fait que les dirigeants, qui ont été désignés à la tête de ces entreprises, n’ont pas été choisis pour leur compétence, mais plutôt pour des affinités politiques».

La situation de plusieurs entreprises économiques publiques en difficulté financière depuis des années demeure inquiétante, voire alarmante, dans la conjoncture actuelle qui continue à peser et à menacer leurs activités. Quelles sont, d’après vous, les raisons ayant conduit à cette situation et quelles mesures faut-il prendre pour la débloquer ?

Le marasme dans lequel se trouvent les entreprises publiques remonte à plusieurs années, y compris les années antérieures à la révolution de 2011. Mais les difficultés financières de ces entreprises se sont aggravées à partir de l’année 2011, et ce, pour plusieurs raisons dont notamment: la mauvaise gestion qui a empiré davantage du fait que les dirigeants qui ont été désignés à la tête de ces entreprises n’ont pas été choisis pour leur compétence, mais plutôt pour des affinités politiques. A ceci s’ajoutent les recrutements à outrance qui visaient en premier lieu à garantir la paix sociale, au détriment de l’équilibre financier de ces entreprises, la corruption qui  s’est répandue d’une manière effrayante, en l’absence d’un Etat fort et respectueux qui peut imposer la discipline et la rigueur nécessaires, les difficultés économiques dues essentiellement au manque d’une vision macro-économique claire qui aurait pu relancer l’économie et permettre la création des richesses et la succession des gouvernements durant la dernière décennie, qui n’a pas assuré la continuité afin d’engager les vraies réformes économiques. 

Ces entreprises sont-elles victimes de l’absence d’une vision économique claire ?

Effectivement, et tel que précisé, l’origine du mal est dû essentiellement à l’absence d’une vision économique claire, d’une part, et aux conflits politiques qui ont donné la priorité absolue aux intérêts étroits des dirigeants politiques au détriment des intérêts suprêmes du pays, d’autre part.

En l’absence d’une visibilité et en présence de plusieurs barrières, comment améliorer, d’après vous, le rendement de ces entreprises dont les équilibres financiers connaissent des pressions depuis des années ? Quels scénarios faut-il envisager ?

La planche de salut réside dans la réalisation des objectifs suivants : placer des personnes honnêtes, compétentes et crédibles pour diriger les entreprises publiques, il faut mettre les moyens financiers nécessaires à leur disposition afin d’entamer les réformes urgentes, assurer une certaine liberté dans la gestion quotidienne desdites entreprises, avec un contrôle rigoureux a posteriori qui permet d’éviter les dérapages et éventuellement les manœuvres frauduleuses. Il est aussi nécessaire de prévoir un programme d’assainissement qui s’adapte le mieux possible à la situation propre de chaque entreprise, et qui doit être étalé sur une période bien déterminée, et il est également obligatoire de passer au crible les recrutements qui pourraient être décidés, pour choisir les profils qui sont habilités à assurer la relance des entreprises qui s’engouffrent de plus en plus dans la récession et soutenir les entreprises publiques en difficulté auprès des banques pour qu’elles puissent accéder à des crédits avec des conditions favorables, dont notamment la bonification par l’Etat des taux d’intérêt.     

Le redressement de ces entreprises dépend aussi de l’amélioration du climat des affaires, de l’entrepreneuriat, des chaînes de valeur et du secteur financier. Qu’en pensez-vous ?

En effet, le redressement de ces entreprises dépend largement de la stabilité politique, de la paix sociale, de l’assainissement du climat des affaires, de la relance économique, de l’aide financière, de l’ouverture sur l’extérieur pour s’engager dans la politique de l’exportation et surtout d’une gestion saine des affaires quotidiennes de l’entreprise.

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