Union Européenne — Migration irrégulière: Faut-il avoir peur des Africains ?

A peine deux mois après le déclenchement de la guerre en Ukraine, quatre millions d’Ukrainiens ont été accueillis en Europe sans que l’on parle d’invasion. Par contre, l’arrivée de près de 20 mille migrants en Italie durant les deux premiers mois de l’année 2023 a provoqué un tollé général et on recommence à soulever au plus haut niveau européen la question des « débarquements massifs » de migrants irréguliers en provenance de pays africains. Pourtant, les chiffres démontrent que cet alarmisme est loin de constituer une réelle menace pour l’Europe.

Les pressions européennes exercées sur les gouvernements des pays nord-africains en vue de donner un coup de frein à ces vagues migratoires, tels que la Libye, la Tunisie ou l’Algérie, sont aussi à l’origine de pratiques répressives par ces pays devenus les gendarmes du Vieux continent. Le paradoxe provient du fait qu’en même temps que l’Union européenne continue d’équiper les gardes côtes de ces pays par des patrouilleurs en haute mer et d’autres moyens de lutte contre la migration irrégulière, elle dénonce des « violations des droits de l’homme et mauvais traitements ».

Que disent les chiffres ?

Le discours politique et médiatique évoque à ce propos des « débarquements spectaculaires et dramatiques », alors qu’il y a des possibilités énormes pour absorber ces flux migratoires en provenance d’Afrique. En effet, le nombre de migrants irréguliers est estimé à 500 milles personnes par année, soit 10% du total des migrants réguliers (5 millions) qui représentent 9% du PIB européen. De plus,  80% des migrants africains se déplacent à l’intérieur du continent noir. Les 20% des migrants africains ne représentent de ce fait que 7% du total des migrants qui arrivent en Europe. Il est à noter que pour l’année 2016 (année de référence), sur une population européenne de 500 millions, 181 000 migrants irréguliers ont foulé le sol européen. C’est donc une question de perception erronée qui est derrière la panique observée en Europe, instrumentalisée par une classe politique au discours xénophobe et populiste.

L’entrée en jeu des institutions de Bretton-Woods, BM et FMI pour dénoncer les politiques migratoires « répressives »  des pays africains, dont notamment ceux de l’Afrique du Nord, n’est qu’un miroir aux alouettes pour justifier une ingérence directe dans les affaires internes de ces pays où la gestion de la question migratoire est devenue un alibi pour des interventions politiques, surtout pour les pays lourdement endettés tels que la Tunisie. Car, pour la Libye, qui compte actuellement près de 600 000 migrants sur son sol et dont la plupart n’entendent pas partir en Europe mais qui sont victimes de mauvais traitements et de violation de leurs droits et qui vivent dans des centres de détention arbitraires gérés par des milices, l’on ne craint pas pour leur vie et de ce qu’ils subissent comme atrocités mais du fait qu’ils présentent un réservoir de recrutement pour les forces Wagner qui les forment et les enrôlent pour grossir le nombre de combattants russes en Ukraine.  De même pour l’Algérie qui expulse régulièrement des migrants africains qui sont reconduits aux frontières nigériennes et abandonnés en plein désert, ils restent d’un silence horrifiant.

Mais quand il s’agit de la Tunisie, toutes les voix s’élèvent pour pointer du doigt notre pays et le taxer de racisme et de xénophobie. Pourtant, la Tunisie est, selon les chiffres, le troisième pays de départ vers l’Europe. Avec 21.000 arrivées, en début de cette année en Italie, dont 12.000 sont des subsahariens, elle est loin de constituer une invasion pour l’Europe. Mais les pressions que subit notre pays atteignent des proportions exagérées allant jusqu’à reporter l’examen de sa demande de prêt auprès de la BM et du FMI. Pourtant, ils savent très bien que seule une politique de développement et non sécuritaire en Afrique pourrait atténuer ces flux migratoires pour des personnes vulnérables qui cherchent de l’emploi et un cadre de vie meilleur.

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