5e édition de Gabes Cinéma Fen-Rétrospective de Narimane Mari : Ni réalité ni fiction… C’est du cinéma!

 

La rétrospective, un des piliers de la section de Gabès cinéma Fen, est un arrêt sur images d’un parcours de cinéaste. Après avoir mis le projecteur sur l’œuvre du cinéaste libanais Ghassan Salhab, l’an dernier, cette année c’est au tour de la réalisatrice et productrice algéro-française, Narimane Mari, d’être au centre du débat.

Au cours des dix dernières années, Mari a réalisé quatre films, chacun porte un caractère distinct en termes de thématique et d’approche artistique. Née à Alger en 1969, Narimane Mari s’installe très tôt à Paris, où elle enchaîne de nombreuses expériences professionnelles dans le monde de l’art, d’abord dans une agence de publicité pour le compte de galeries d’art et dans la presse quotidienne, elle participe, également, à l’édition d’une série de livres photographiques.En 2007, elle réalise son premier film, «Prologue», autour de la pratique artistique du peintre français Michel Haas. En 2010, elle se tourne vers la production et fonde une société de production cinématographique, avec laquelle elle produit plusieurs films importants de la nouvelle vague algérienne, tels que «Dans ma tête un rond-point » et « 143 Sahara Street» de Hassan Farhani. En 2013, elle réalise son premier long-métrage documentaire, « Loubia Hamra », et poursuit son travail jusqu’à « On a eu la journée bonsoir » en 2022.

En plus des projections des films, une master class a été organisée à Gabès Cinéma Fen avec la réalisatrice pour parler de sa propre expérience et partager sa démarche avec le public du festival, animée par Ikbal Zalila, critique et membre du comité artistique du festival.

En 2013, pour « Loubia Hamra », Narimane Mari s’installe en Algérie pour tourner avec des enfants. Dans une approche documentaire basée principalement sur l’imaginaire, la réalisatrice a rappelé l’expérience de la colonisation française de l’Algérie à travers l’imaginaire de 17 enfants vivant dans un quartier populaire proche de la mer.

L’énergie des enfants explose entre la mer et le quartier, à travers les paroles, les mouvements et des chorégraphies pour reconstituer la guerre de libération telle que leur imagination pouvait les construire. Des propos sur la peur et le sentiment chronique de menace ainsi que l’indifférence et l’émancipation absolue de toutes sortes de contraintes. Des chorégraphies dont le courage et la confrontation se sont mêlés au rejet et à la désapprobation, les corps minés et effondrés avec spontanéité et dévouement pour vivre le moment, un moment qui n’existait pas dans leur vie réelle, mais qui porte les séquelles d’une histoire dans leurs gènes.

Dans ‘‘Loubia Hamra’’, Narimane Mari a mis en scène la «folie» et la liberté dans un film qui rompt avec les contraintes de la forme, en écrivant avec des enfants un nouveau récit de la tragédie du colonialisme.

Dans la même approche de la construction d’une «histoire parallèle du colonialisme», Narimane Mari revient en 2017 avec son deuxième long-métrage documentaire « Le fort des fous », construit à partir des archives des premières expéditions scientifiques et campagnes de colonisation menées par les colonialistes français en Afrique du Nord.

Narimane Mari suit à travers le film un groupe de jeunes nomades qui imaginent un monde utopique qui les éloigne de leur réalité impérialiste. Entre Alger et l’île de Cythère en Grèce, en passant par les groupes Prosfigica à Athènes, le réalisateur construit des mondes idéaux alternatifs et fait de l’acte de se souvenir puis de démolir le passé dans un ultime élan de résistance et de survie. Le temps et les espaces changent peu à peu, et nous voyageons avec les personnages vers ce dont nous, en tant que spectateurs, rêvons.

Un homme creuse sa tombe. Et, comme pour le retenir, frémissent les éléments et les êtres autour de lui. « Holy Days », sorti en 2019, est un film sur la simplicité et la complexité du cinéma à la fois, naviguant dans une histoire presque sans paroles, tissée dans la musique, les sons de la nature et de ses éléments, qui à leur tour se transforment en personnages dans le film. Une expérience dans laquelle Narimane Mari ne renonce pas à son choix de manipuler les frontières entre le réaliste/documentaire et la fiction. Une expérience cinématographique qui a tout droit mené à une autre comme une évidence.

En 2022, Narimane Mari présentait au monde «On a eu la journée bonsoir», son dernier film… le plus poétique. Un film sur la mort, sans parler de la mort, sur les derniers jours qui se transforment en éternité. Un film-chanson ou poème, dans lequel Narimane dépeint les derniers jours de son amoureux et compagnon, le peintre français Michel Haas, qui vivait ses derniers jours avant de succomber à un cancer. Sans larmes, sans gémissements, sans même parler de séparation. Mari effleure des bouts des doigts en compagnie de Haas dans les plus belles choses qu’ils peuvent partager en tant qu’amoureux, lettres, errance dans les rues, lecture, musique et loisirs.

Une expérience exceptionnelle dans la carrière de Narimane Mari et dans le cinéma contemporain, à travers laquelle Mari nous a mis devant un film joyeux, honnête et affectueux, sur le pire qu’un être humain puisse éprouver, la mort et la séparation.

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