Les habitants de Tazarka, toujours fiers de la splendeur de leur plage, doivent être, cette saison estivale, fous de joie de voir leur cadeau du ciel, longtemps marginalisé et livré à lui-même, réhabilité, réanimé et bien préparé pour accueillir «à bras ouverts» tout le beau monde de céans. Cela dans des conditions jamais vues et jamais connues.

Malgré les promesses officielles d’en finir avec les rejets industriels anarchiques dans la lagune limitrophe à la plage de Tazarka, la situation n’est pas encore au beau fixe. Et l’on continue à attendre impatiemment le retour du ministre des Collectivités locales et de l’Environnement pour qu’il fasse le point de la situation et réagisse en conséquence. L’on va tout de suite écouter le maire de Tazarka, M. Abderrazak Jaziri, qui nous parle de tout cela.

Quoi qu’on dise de bien de Tazarka, le bercail du grand militant et homme de lettres, feu Mahmoud El Messaâdi, l’on aura peu dit et peu honoré la belle cité,  fief du calme, de la sérénité et surtout de la bonté et de l’hospitalité.

La cité de l’accueil avenant

Avec l’œil neuf d’un passager, tous ces aspects positifs sont frappants et visibles à l’œil nu. Là, sachez que «tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil !» pour de bon cette fois-ci. Un monde toujours souriant, avenant, affable et accueillant. Le bonjour, le bonsoir, la bonne nuit sont sur toutes les lèvres. Et si quelqu’un vous croise, indifférent, bouche cousue, sans être le premier à vous saluer, soyez presque certain qu’il n’est pas Tazarkien…

Sur la plage de Tazarka, les enfants, jeunes et moins jeunes, jouent au football, comme partout ailleurs. Ce qui n’est pas comme partout ailleurs, c’est que le petit match s’arrête dès qu’un monsieur ou une dame s’avise à traverser le terrain sablonneux. Et gare à celui qui ferait fi de cette sacro-sainte règle de leur jeu et continuerait à feinter et dribbler! Il serait traité de tous les noms d’oiseau! Cela au cas où il ne serait pas expulsé par la majorité concernée, soucieuse du respect des aînés.

Du jamais vu !

Avez-vous jamais vu un commerçant vous faire des cadeaux au quotidien. Moi, j’en ai vu un qui m’a laissé perplexe, ébahi et éberlué. Il s’agit du caissier de la plus grande boulangerie de la cité, refusant l’argent en contrepartie du pain sans sel ! C’est le maître de céans qui en a pris la décision, valable toute la sainte année durant, douze mois sur douze et vingt-quatre heures sur vingt-quatre. C’est, me dit-on, un geste de bienfaisance et de «zaket», accompli au quotidien à l’adresse des malades.

Est-on au paradis ?

A la prière du vendredi, les âmes bien nées se ruent vers les mosquées pour y déposer des paniers pleins à craquer de pains croustillants et épicés. En prévision d’un self-service destiné aux prieurs à leur sortie des lieux sacrés…

Au poste de police de la cité, l’on ne fait que servir les pièces administratives : attestations de perte, cartes d’identité, passeports, etc. Il n’y a guère de «sine-jim», de bandits, de rixes et conflits à gérer par des policiers chanceux, enfants du bon Dieu.

Pour tout dire, et ne rien vous cacher, à Tazarka, l’on dirait qu’on vit sur une autre planète, pour ne pas dire au paradis «terrestre»: Tazarka mériterait au moins d’être baptisée la cité vertueuse…

Entretien autour de deux axes

Après nous être donné du baume au cœur à travers ce long préambule, dont je me sens redevable envers une société qui sacralise le sens du devoir, le civisme, la solidarité et le respect d’autrui, passons au corps du sujet. Celui-ci tourne autour de deux axes que voici :

Le suivi des récentes mesures ministérielles afférentes à la dépollution de la lagune de Tazarka et, par là même, la préservation de son littoral contre les rejets industriels aux revers fâcheux sur l’environnement.

Le programme communal tracé par les nouveaux élus, pour redynamiser le tourisme intérieur à Tazarka et améliorer les conditions d’exploitation de la plage de la cité. D’autant que l’autoroute reliant Nabeul à Korba, puis à Kélibia, en passant par Tazarka, est en cours de construction. Et rendra dans un très proche avenir Tazarka une destination de plus en plus privilégiée pour les estivants de tous bords. En raison de la beauté, l’immensité et la virginité de sa plage.

Dépollution : quoi de neuf M. le Maire ?

Lors d’un entretien cordial tenu avec le maire de la cité, M. Abderrazak El Jaziri, on a eu à débattre des deux grands volets, primordiaux pour une population jalouse de son cadeau du ciel, sa plage… son seul et unique atout et trésor!

«Franchement dit, avoue notre interlocuteur, le programme ministériel de dépollution, cosigné fraîchement par les divers intervenants officiels et industriels impliqués, avance d’un pas  de tortue. Le Groupement Maintenance et de Gestion (GMG) de la zone industrielle, pièce maîtresse dans l’échiquier de l’environnement, n’a pas encore entamé, comme prévu ses activités. Etant donné que son bureau directeur, où les industriels sont représentés, n’a pas été encore constitué par voie d’élection et mis en place. Il nous précise que le rôle principal du GMG consiste surtout en la gestion de la zone industrielle, y compris l’entretien du réseau routier. Il est impliqué avec les représentants de l’Anpe et de l’Onas dans le contrôle du prétraitement des rejets industriels qui continuent hélas, à ce jour, à polluer la lagune, une zone protégée d’importance internationale, classifiée Ramsar.

C’est quoi Ramsar ?

Il convient de préciser que la convention de Ramsar, relative aux zones humides est d’un haut intérêt international. Les zones sont propres à servir de zones d’habitat des oiseaux d’eau. Il s’agit d’un traité international, cosigné par près de 180 pays, le 2 février 1971, à Ramsar, une grande ville iranienne. Ceci aux fins d’optimiser la conservation et l’exploitation durables des zones humides. Ce traité vise aussi à enrayer la dégradation ou la disparition de ces sites. Cela en reconnaissant leurs fonctions écologiques et leur valeur économique, culturelle, scientifique, et c’est le bel ami google qui me  le dit. Disons-lui donc merci.

Cela dit, c’est dire combien des mains humaines et le désintérêt de beaucoup d’entre nous, qui badinent et offensent des sites si sacralisés par le monde entier et constituent une source indéniable de notre fierté.

Les récalcitrants dans le collimateur

Cette parenthèse si édifiante fermée, revenons-en à M. le maire pour continuer à l’écouter sur l’issue des mesures ministérielles, récemment prises à ce sujet. Notre interlocuteur nous apprend que sur sept industriels ayant cosigné un engagement de ne plus jamais effectuer des rejets non prétraités dans leurs périmètres, cinq unités sont sur la bonne voie. Tandis que les deux autres ont repris leurs rejets polluants dans la lagune, comme si de rien n’était et n’avait été signé! Pour ces deux cas, le maire de la commune de Tazarka brandit  la menace de prise de mesures cœrcitives à leur encontre.

Le «grand jour» en pleine nuit !

Cela dit, passons au second volet qui va nous réjouir et nous rassurer sur le présent et l’avenir d’une plage, naguère sans vie, sans animation, plongée dans une obscurité macabre et lugubre en pleine période estivale. A la tombée de la nuit, plus personne n’y montrait le nez!

Et voilà enfin qu’on vient de faire passer la plage de Tazarka au «bloc de réanimation» au grand bonheur des autochtones  et des estivants confondus. Oui. M.le maire n’a pas besoin de nous le dire. L’on a tout vu. Et, l’on s’est bien réjoui de ce qu’on a vu. Quatre projecteurs géants sont déjà en place à la limite de la plage pour y mettre le grand jour en pleine nuit, permettant au beau monde de céans de se baigner, de se faire des coups de soleil et pour les volontaires des «coups de lune et d’étoiles!» mesdames et messieurs. Notre interlocuteur nous confie que le projecteur n’a pas coûté  plus de mille dinars. C’est ma foi, pour rien, si l’on considère le «new-look» que confèrent ces dispositions à cette splendide plage. Il suffisait d’y penser…

Tout déployer pour animer

L’on a aussi vu la café communal  de la plage faire peau neuve. Il est sur le point d’ouvrir ses portes et fenêtres aux estivants. La rénovation de ce temple du rafraîchissant, du thé et du café, devait coûter trente mille dinars, nous apprend M.le maire. Celui-ci nous précise que ce café vient d’être loué à un particulier, après adjudication en bonne et due forme pour deux mille dinars pour les trois mois de l’été en cours. Il nous apprend aussi que :

– Des locaux communs, vétustes, délabrés et non exploités, situés à la plage, viennent d’être réaménagés et mis à la disposition de l’Association Sportive Féminine de Handball de Tazarka en vue de leur exploitation en tant qu’aire de repos et point balnéaire, café et fast-food. Cela, en guise de récompense et de soutien, pour cette association, dont l’équipe minime a remporté cette saison le titre de championne de Tunisie. Ce privilège sera tournant et sera chaque année accordé à l’association, jugée la plus méritante.

– D’autres locaux ont été également rénovés et mis à la disposition de certains commerçants dans le créneau du commerce alimentaire.

– Un grand manège pour enfants a été «patenté» au profit d’un particulier dans le cadre du gré à gré, pour une enveloppe de 9.000 dinars, pour la saison en cours.

– Côté hygiène, l’on nous signale l’acquisition d’une benne tasseuse et de 250 conteneurs pour une enveloppe globale de près d’un demi-milliard de nos millimes.

Telles sont brossées à grands traits les principales actions menées jusqu’ici par la commune de Tazarka, venant d’effectuer une révolte pacifique contre la morosité, le marasme, le laisser-faire et laisser-aller les choses au petit bonheur la chance. Cherchant par tous les moyens à exploiter d’une manière idoine les atouts naturels d’une cité n’ayant jamais pu et su les faire prévaloir.

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