L’expression de la compétitivité peut parfois prendre d’étonnantes formes. On ne s’empêchera, d’ailleurs, jamais de penser que le football est largement irrationnel et jamais avare de coups de théâtre. Pour s’en convaincre, il aura suffi de voir la reconversion de la sélection lors de sa prestation face au Ghana après le gâchis des matches du premier tour. De façon générale, l’équipe de Tunisie peut être amenée à élever son niveau et à exprimer des choses, parfois au-delà de ce qu’on pourrait attendre. Lorsqu’elle se donne des responsabilités, elle peut toujours avancer, aller loin. C’est un constat qui n’a évidemment pas de valeur de règle absolue, mais ne pousse guère à la suffisance.
Les résultats de la sélection ont souvent tendance à tout effacer, même les choix les plus discutables, même les choix les plus incompréhensibles. Toute victoire, quelle que soit sa nature et d’où qu’elle vienne, est toujours bonne à prendre. Mais l’esprit de compétition reste une perpétuelle remise en question. Souvent, ce qui est fait est fait, en bien ou en mal. Il faut toujours voir devant. Plus qu’une obligation, c’est une conscience au quotidien. Forcément, la sélection a déjà une idée de ce à quoi ressemblera le match de ce soir face à Madagascar, le petit poucet de cette nouvelle édition de la CAN. Elle peut déjà se poser certaines questions, ou encore envisager son avenir dans cette compétition. Le fait d’affronter un adversaire qui constitue la révélation de l’épreuve ne manquera pas de motiver davantage les joueurs. C’est aujourd’hui une évidence, le moral de l’équipe est au beau fixe et il nous semble qu’elle a rarement connu une situation aussi captivante. A travers tout ce qu’elle laisse entrevoir, le rendement de ses joueurs ne peut pas être une reconversion tardive. Il n’est pas non plus le produit d’un métissage technico-tactique. La sélection doit avoir son propre style, un mode de conduite et un fond de jeu qui correspondent aux dispositions de ses joueurs. Au-delà des considérations techniques, et des exigences tactiques, le concret, c’est l’efficacité. Telle est la devise que doit avoir un ensemble qui se lance aujourd’hui dans de nouveaux défis. En tout cas dans une opération de changement profond. Il est grand temps, somme-nous tentés de dire, et jamais trop tard, surtout lorsqu’on pense au gâchis et aux dérives du passé…
Le match de ce soir face à Madagascar devrait nous fixer davantage sur les aptitudes de la sélection, notamment sur ses capacités à faire face aux grands rendez-vous.
Une bonne prestation n’est certainement pas suffisante pour effacer toutes celles qui l’ont précédée. Mais il devrait y avoir autant d’éléments, peut-être bien plus d’atouts qui offriraient plus d’alternatives, même si le tableau de marche ne colle pas vraiment avec les ambitions de l’équipe dans cette CAN. Si les choix adoptés étaient fortement discutés lors du premier tour, parce que discutables, l’absence de réactivité l’est encore davantage. Les travers, les insuffisances étaient nombreux et bien connus au sein d’une équipe en manque en ce temps-là de motivation et d’inspiration. Au-delà des contraintes qui peuvent à tout moment ressurgir, l’on n’hésite pas à penser que l’urgence réside aujourd’hui dans la nécessité de faire confiance et de confirmer les joueurs capables de faire prendre la mayonnaise et de trouver la bonne alchimie face aux différentes exigences. Dans son expression collective et dans le message qu’elle devrait désormais s’efforcer de délivrer, l’équipe de Tunisie devrait rompre avec ses maux traditionnels, enfouis il est vrai au plus profond d’elle-même. Elle devrait s’orienter vers de nouvelles tendances de nature à relooker son style, à étoffer son registre, en y ajoutant d’autres valeurs et d’autres atouts. Consciente que la constance est un gage de réussite, la sélection, nouvelle version, devrait continuer à mener son combat de la manière la plus engagée et aussi la plus significative.

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