Pour un modèle de développement solidaire et inclusif

Editorial La Presse

 

LE Président de la République a fait de la réinstauration, à partir de 2024, de l’Etat social son objectif prioritaire. Fondamentalement, le défi est à la fois ambitieux et légitime, car il s’agit d’assurer le bien-être de toute la population, notamment les catégories les plus défavorisées, de lui garantir un niveau de soutien conséquent, de réduire les inégalités et d’anticiper les risques sociaux, quelle que soit leur nature. 

Et on peut se réjouir que depuis quelques années déjà, la Tunisie ait cherché, avec les moyens dont elle dispose, de poser les premières bases qui pourraient conduire, même progressivement, à la mise en place d’un modèle social performant. Les programmes de lutte contre la corruption, les différentes opérations engagées pour assainir l’administration et les multiples dispositions pour améliorer le rendement du système fiscal sont autant d’éléments qui confortent nettement cette tendance.

D’ailleurs, en 2018, la Tunisie a réussi à occuper la première place parmi les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient « en matière d’engagement à la réduction des inégalités », selon l’Indice d’Oxfam et Defi.

Certainement, un tel engagement est salutaire et mérite d’être soutenu, mais on reconnaît que le chemin à parcourir reste encore très long et surtout très difficile. Les observateurs sont unanimes justement sur le fait que les « inégalités sont encore grandes, ce qui aggrave régulièrement les lignes de fracture, notamment entre les régions et entre les catégories sociales ».

La couverture sociale est encore largement déséquilibrée, idem pour l’accès aux richesses. De plus, le système fiscal, toujours à deux vitesses, contribue à la reproduction et au maintien des écarts sociaux.

Un tel constat ne remet pas en cause la volonté de l’Etat ou encore sa détermination à redresser la situation, il montre plutôt que nos premiers décideurs ont besoin de moyens plus importants et d’arguments, notamment financiers, solides pour gagner cet enjeu de justice sociale.

Et c’est justement cette question de moyens et d’arguments qui fait actuellement défaut. La Tunisie est en panne sèche financière et peine même à boucler son budget.

L’Etat social est un projet sur le moyen, sinon le long terme. Il suppose la conception d’un nouveau modèle de développement qui placerait l’économie solidaire et inclusive au rang de principe fondamental.

Un tel modèle nécessite toutefois une réelle décentralisation administrative et économique, une meilleure implication des collectivités locales dans le cercle des décisions et un système fiscal rigoureux.

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