24e édition des journées théâtrales de Carthage, du 02 au 10 décembre : Les JTC encore et toujours 

Les Journées théâtrales de Carthage célèbrent leur 40e anniversaire dans une situation humanitaire critique dans les territoires occupés. Une édition qui porte en son sein le sens de l’engagement et la résistance des débuts d’un art qui s’est toujours défini comme acte citoyen par essence, créatif dans ses manifestations et humain par ses fondamentaux. 

«Quarante ans de salles pleines d’un public qui vibre pour un théâtre riche de sa multitude. Un public qui témoigne sa passion à chaque session pour des expressions théâtrales marquées par la  recherche artistique, imprégnées de valeurs humaines dans une quête perpétuelle d’une parfaite harmonie au-delà des différences et des divergences.

40 ans se sont écoulés façonnant les poignantes Journées théâtrales de Carthage, une épopée, artistique certes, mais humaine surtout, qui a su devenir, dès les premières années, un rendez-vous du 4e art dans ses dimensions arabe et africaine ouvert sur un monde pluriel. Un rendez-vous de création, de découverte et  d’exploration.

Bien que forte de ce legs et bien ancrée dans son histoire, la 24e édition des JTC sera marquée par une amertume certaine, celle d’une édition fière d’avoir atteint le paroxysme de sa maturité qui vient se mêler à une profonde douleur et une énorme inquiétude. Le théâtre, cet art qui, depuis sa genèse, est pétri de résistance, de lutte, marqué par  les stigmates d’une humanité meurtrie, se révélera lors de cette édition encore plus fort, plus pertinent, plus engagé pour les causes humaines et universelles. Cette 24e session sera une session partisane et sans conteste solidaire avec le peuple palestinien dans sa lutte pour ses droits légitimes ; droit à la liberté, à l’indépendance, à la dignité… A la vie.

Pour cette édition exceptionnelle, des artistes d’Afrique, du monde arabe et du reste du monde afflueront en grand nombre pour témoigner davantage que le théâtre, qu’il soit tragique ou comique, n’est que le porte-drapeau de l’humanisme, de la liberté, de la paix et de la dignité, et un bouclier face à toute forme d’extrémisme, d’asservissement et de discrimination », a déclaré Moez Mrabet, président du comité d’organisation et directeur artistique des JTC 2023, lors de la conférence de presse qui a eu lieu le samedi 25 novembre à la cité de la culture Chedli Kelibi.

Le spectacle “Jungle Book” (Théâtre de la ville) de Robert Wilson
à l’ouverture des JTC 2023

28 pays marquent de leur présence les différentes sections du festival réparti en 16 sections entre représentations théâtrales, rencontres, ateliers, master class et colloques. 62 pièces de théâtre sont programmées dans les différentes salles de spectacles entre compétition officielle, programmation parallèle, théâtre du monde et expressions théâtrales de l’émigration.

Pour cette année, également, les JTC inaugurent la première édition des JTCap : le premier marché dédié à l’échange et à la fusion de l’art et du commerce dans la ville. Il s’agit d’une plateforme d’exposition, de négociation et de promotion des collaborations internationales en matière de production, de distribution et de collecte de fonds.

Lancé lors de la 24e édition du festival, du 4 au 7 décembre 2023, le JTCap vise des collaborations globales et l’élargissement des réseaux d’échange entre artistes du monde arabe et africain avec les professionnels du spectacle venus du monde entier.

Le colloque international de cette session charnière porte sur la thématique «Le théâtre et son public aujourd’hui, ou l’accomplissement de l’acte théâtral» sous la direction de Mohamed Mediouni. Les participants à ce colloque seront appelés à examiner ces différentes dimensions à travers deux axes majeurs. Le premier concerne la réalité du théâtre aujourd’hui, sa position parmi les préoccupations des gens et la relation des créateurs de spectacles avec le public. Le deuxième axe concerne le public du théâtre, la réalité de l’accomplissement de l’acte théâtral et ses perspectives.

La conférence intitulée “Universalité d’Anton Tchekhov: aspects et impacts” sous la direction de Hamdi Hmaidi fait partie des pièces maîtresses de cette édition, axant le débat sur la particularité de l’universalité du legs tchékhovien qui réside dans sa dimension dialectique. Bien que décédé assez jeune, Anton Tchekhov a su rendre compte de la complexité de l’existence humaine grâce à la multiplicité des expériences vécues sur le plan individuel, familial, professionnel et social. Il a agrémenté son approche réaliste minutieusement descriptive par un style particulier où voisinent humour, ironie et autodérision et par une démarche qui s’appuie sur le sous-texte et le sous-dialogue ainsi que sur le conflit dramatique non structurant.

« Echapatoire » du repentir de Abdelwahid Mabrouk

Trois grands moments marquent  la programmation internationale : la présence du grand maître Robert Wilson avec le spectacle “Jungle Book” ( Théâtre de la ville) qui sera à l’ouverture, de Romeo Castellucci avec le spectacle “Sans titre” et de “Tempest Project”, œuvre mise en scène par Peter Brook — avant son décès en 2022 — et de Marie-Hélène Estienne (Théâtre des bouffes du nord).

Les JTC sont aussi un moment de rassemblement des grands noms d’Afrique et du monde arabe et cette édition sera marquée par la présence honorifique de Sawssan Badr, Nidal Al Achkar, Roger Assef, Hanan Haj Ali, Paul Chaoul et d’autres encore que nous retrouverons dans les différentes sections du festival.

La section Massarat posera un regard par de nouvelles œuvres sur le parcours et la trace de ceux qui font rayonner le théâtre de la rive sud et ont créé un ancrage réel dans une esthétique nouvelle. Nous y retrouvons “Le bout de la mer”,  nouvelle création de Fadhel Jaibi, « Le fou » de Taoufik Jebali, « Noun » de Majd El Kassas et « It is Time to Speak » de Lina Abyad.

La compétition officielle qui comprend 11 pièces : « Echapper au repentir » de Abdelwahed Mabrouk, production du Centre des arts dramatiques et scéniques de Tozeur, «Terre de démence » de Houssine Mokhtar du théâtre régional Ben Hnia Mahfouh-Algérie, « Mute » de Sulayman Al Bassam de Sabab production-Koweït, « Antigone » de Hakim Harb du Théâtre Al Rahala – Jordanie, « Chams » de Amin Boudrika-Corp’Scène – Maroc, « Dernier verdict »  de Radhoua Cherif-Cultural Palace Al Giza – Egypte, « Voyage » de Meher Salibi-Sima Performing Arts – Syrie, « Good Man’s Song » de Mohannad Karim- Dibba Al Hisn Theater – Les Emirats arabes unis, « Espoir »  de Jaouad Assadi -Troupe nationale de théâtre – Irak,  « 220 logements » de Sow Souleymane -La fabrique culturelle – Côte d’Ivoire, « La Ferme » de Ghazi Zaghbani -l’Artisto – Tunisie.

Enfin, le jury international de cette session, composé du critique libanais Pierre Abi Saab, de la metteuse en scène et dramaturge marocaine  Naïma Zitan, le comédien  capverdien João Branco, la comédienne et autrice rwandaise Odile Katese, est présidé par le professeur, auteur et dramaturge tunisien Wahid Saafi.

Outre les rencontres, les ateliers et workshops, les expositions et les présentations de livres, les JTC poursuivent leur expérience avec la section Théâtre de la liberté. Une section qui accueille pour des représentations publiques les créations théâtrales des centres pénitentiaires tunisiens. Toujours émouvants, ces spectacles poignants sont un témoin de plus du rôle essentiel de l’art et du théâtre.

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