Naissances hors mariage | Montée en flèche du phénomène en Tunisie : Des difficultés financières invoquées, mais…

 

Le taux d’augmentation des naissances hors mariage en 2022 par rapport à 2021 est de 8,2%. Un résultat qui alerte, mais la raison essentielle est le manque de moyens et de ressources pour financer dignement un mariage pour la catégorie pauvre de la population, mais pas seulement…

La Tunisie, dont la population avoisine les 12 millions d’habitants selon le dernier recensement, n’en connaît pas moins une natalité faible avec un taux de fécondité féminin proche de celui de certains pays européens. Mais surtout, un taux de nuptialité en baisse évidente avec un nombre décroissant de mariages au fil des ans et une forte propension de célibataires touchant 80% des jeunes Tunisiens.

Le coût élevé du mariage

Comme on l’a signalé dans les colonnes de La Presse, de plus en plus de divorces se produisent en Tunisie, à cause du coût élevé des mariages. Ainsi, les nouveau-nés deviennent hétérogènes selon qu’ils soient issus d’un couple marié, divorcé ou non marié. En effet, on apprend récemment que le nombre de naissances hors du cadre du mariage en Tunisie durant l’année 2022 est de 868. Ce chiffre a augmenté par rapport à l’année précédente, où il y avait 802 naissances hors mariage, soit une augmentation de 8,2%. Les naissances hors mariage se répartissent selon le sexe du nouveau-né à 429 en 2020, 407 en 2021 pour les garçons, 408 en 2020 et 395 pour les filles en 2021.

On n’a pas pu en savoir davantage après avoir contacté M. Mehiar Hamadi, délégué à la protection de l’enfance, puis Moez Hassen, responsable communication au sein du Mffes (ministère de la Femme), qui a daigné répondre à nos interrogations. Même si au Mffes, on prend la chose au sérieux.

Dans tout ce décor, les naissances extraconjugales se multiplient pour des raisons multiples. Le mâle du couple non marié, mais vivant sous le même toit que sa concubine, avoue ne pas avoir les moyens financiers pour payer le contrat de mariage l’unissant à sa “bien-aimée” ou mieux encore fournir la dot, comme recommandé dans la religion musulmane.

Les cas en augmentation

Du coup, de nombreux cas de concubins avec enfant à la maison se propagent dans le pays. Le taux évolutif de 8,2% en une seule année est à prendre avec une prise de conscience de la gravité de tout ce qui en découle : pas de fiche d’état civil pour l’enfant né, privation de ses droits élémentaires et risque de marginalisation future dans la société tunisienne. Il ne s’agit pas de l’enfant illégitime à proprement parler, puisque dans le cas d’espèce, une des deux personnes du couple fondé prend clairement position dans le dossier du nouveau-né, mais plutôt de l’enfant qui se constitue dans une famille monoparentale, à savoir une mère qui désire élever son enfant seule sans s’astreindre à devoir vivre avec un conjoint et partager le toit, avec un homme légalement et religieusement reconnu.

On n’est pas dans le cas de l’enfant adultérin, parfois appelé « bâtard » ou enfant illégitime, un enfant conçu dans le cadre d’une relation adultère, c’est-à-dire en dehors du mariage dans lequel au moins un des parents est déjà engagé. Mais il peut y avoir une confusion dans le genre et l’origine du paternel. Un imbroglio qui va se reproduire au fur et à mesure que des naissances hors mariage vont se répandre en Tunisie.

Le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées prévoit de réaliser une étude multidimensionnelle sur les naissances hors mariage et les menaces multiplicatrices qui en résultent pour les femmes et les enfants, et qui touchent aussi bien la famille que la société.

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