L’affaire de l’assassinat du martyr Belaïd en procès : Les manœuvres dilatoires n’ont pu aboutir cette fois-ci

 

Il est devenu évident qu’après le limogeage des barons d’Ennahdha du pouvoir et de pratiquement tous les postes de décision, les donnes ont complètement changé. Les procédures paraissent moins longues, mieux, elles aboutissent. Les magistrats semblent libérés du joug qui les paralysait. 

Le démarrage, enfin, du procès de l’assassinat du martyr Chokri Belaïd comporte en soi plusieurs significations dont une majeure: le rétablissement ou encore en termes plus crus, la guérison de la magistrature.

 En effet, nombreuses sont les voix qui se sont élevées après les premières auditions pour dire, d’ores et déjà, que la magistrature se porte mieux. Ces constatations émanent précisément des premiers concernés: la proche famille du martyr, son frère, Abdelmajid Belaïd et sa veuve, Basma Belaïd, ainsi que du comité de défense et, à sa tête, Me Imen Gzara et Me Abdennaceur Laâouini.

Il faut dire, qu’à l’issue des deux premières audiences, la Cour est parvenue à établir des faits, et aboutir à des conclusions à propos de certains aspects du dossier. Entre les commanditaires et les exécutants, séparation à laquelle tient absolument à marquer le comité de défense, les preuves ajoutées au dossier font état de l’implication du groupe Ansar al-chariâ avec en tête de liste : Abou Iyadh, Ahmed Rouissi, Kamel Gadhgadhi, Ahmed El Melki, surnommé le Somalien et Abou Bakr El Hakim…

Les dossiers compromettants dissimulés !

La complicité de quelques agents et hauts responsables des forces de sécurité est également certifiée. Celle-ci prend racine  au ministère de l’Intérieur même, où Ali Laârayedh (haut dirigeant du mouvement Ennahdha, ministre de l’Intérieur et chef de gouvernement), Tahar Boubahri et Mehrez Zouari entravaient tous les processus ( enquêtes et procédures judiciaires) pour empêcher l’arrestation de certains caïds impliqués ou encore pour faciliter leur sortie du pays et échapper à la justice.

Quant à la complicité judiciaire, elle est nette avec les accusations étayées par des éléments de preuve et visant directement le procureur de la République limogé, Béchir Akremi, lequel aurait, selon le rapport même de l’inspection générale du ministère de la Justice, caché plus de six mille dossiers compromettants, sans oublier les armes utilisées qui auraient été jetées à la mer et le refus de donner suite à une importante fiche envoyée par les services de renseignements étrangers. Un document jugé crucial.

Restent la planification et le financement considérés comme des éléments clés du dossier, le comité de défense de Chokri Belaïd assure sur les documents et les enregistrements sont éloquents quant à l’implication dudit  appareil sécuritaire secret du parti Ennahdha, comme l’atteste la condamnation de Mustapha Khedher, déjà condamné à huit ans de prison, mais dont le sort est inconnu depuis sa sortie de prison.

On citera, dans le même ordre d’idées, Ameur Belaâzi, Mouâdh Ghannouchi, fils de Rached, et même Rached Ghannouchi en personne dont des enregistrements téléphoniques ont été trouvés avec Ameur Belaâzi.

Un assassinat politique qui a choqué une nation entière

Pour revenir à la question de cette «guérison» de la justice, il est clair qu’après le limogeage des barons d’Ennahdha du pouvoir et de pratiquement tous les postes de décision, les donnes ont complètement changé. Les procédures paraissent moins longues, mieux, elles aboutissent. Les magistrats semblent libérés du joug qui les paralysait du temps de Noureddine Bhiri et autre Nadhir Ben Ammou.

Ainsi, le procès semble être sur la bonne voie d’être instruit selon les principes de l’équité et de la transparence, à l’abri des pressions. Ce qui laisse espérer un dénouement – même si cela sera probablement assez long – avec les verdicts qui seraient justes à l’encontre des responsables de cet assassinat politique qui a choqué une nation entière. Tous seront jugés, les planificateurs, les commanditaires, les exécutants et les complices qui n’ont eu de cesse de couvrir le crime.

Le transfert de l’affaire à la justice militaire n’a pu aboutir

D’ailleurs, les analystes reviennent à l’époque de 2013/2014, lorsque Rached Ghannouchi avait exercé un chantage à l’endroit de Mehdi Jomâa, alors chef de gouvernement, pour conserver le ministère de l’Intérieur dans le giron du mouvement, alors que l’accord consistait à ne conserver aucun ministère, et encore moins les régaliens.

Pour étayer le poids de la volonté politique qui peut faire la différence, faire aboutir ou pas une affaire, et permettre aux juges, ou pas, de travailler en toute indépendance,  et ce, contrairement à la décennie noire.

Qu’on en juge… Contacté par La Presse, l’Amiral Kamel Akrout a bien voulu témoigner de ce qui s’était passé en 2019, lorsque feu Béji Caïd Essebsi avait reçu le dossier de l’assassinat de Chokri Belaïd. Voici les propos de l’Amiral Kamel Akrout que nous rapportons textuellement :  «En effet, le conseil de sécurité nationale a reçu le dossier des mains des membres du comité de défense, et après l’avoir passé en revue, j’en ai parlé à plusieurs reprises avec le défunt président, en assurant que devant les tergiversations de la justice ordinaire, j’avais proposé le transfert de l’affaire au Tribunal militaire qui pourrait traiter plus efficacement cet épineux et grave dossier. Mais feu Béji Caïd Essebsi était déjà trop affaibli par la maladie, alors que son successeur, Mohamed Ennaceur était intérimaire…». Fin de citation…

Cette douloureuse expérience comporte une moralité, il faut que la justice travaille en toute indépendance. La séparation des pouvoirs est un principe fondateur de la démocratie.

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