Cause animale : Quand rage rime toujours avec abattage… 

chiens dans la rue

 

Depuis le début de cette année, de nombreuses municipalités organisent des réunions et diffusent des communiqués annonçant des décisions fermes, suite à quoi les abattages massifs et cruels des chiens errants sont mis en œuvre en réponse au risque de rage. Pourtant, il y a d’autres solutions alternatives à adopter. Vaut-il mieux vacciner que tuer ?

Dans notre pays, il n’est pas nouveau que les stratégies préférées pour lutter contre la rage consistent en l’abattage des chiens errants. Malheureusement, les projets novateurs sont souvent bloqués, dès leur apparition : les initiatives visant à établir des centres de stérilisation et de vaccination, pour mettre en œuvre le programme TNVR (Trap-Neuter-Vaccinate-Release), qui implique la capture, la stérilisation et la vaccination des chiens errants avant de les relâcher dans leur environnement, sont souvent laissées de côté.

Mieux vaut vacciner que tuer !

Bien que ces structures aient été envisagées dans plusieurs municipalités, il est regrettable de constater que les centres déjà opérationnels ont été fermés et que d’autres, pourtant prêts, rencontrent des difficultés à démarrer ou sont à l’arrêt total. Les efforts déployés par divers acteurs sont souvent ignorés, entraînant un gaspillage des fonds publics alloués à l’activité et à la construction de ces centres.

Depuis le début de cette année, de nombreuses municipalités organisent des réunions et diffusent des communiqués annonçant des décisions fermes, suite à quoi les abattages massifs et cruels des chiens errants sont mis en œuvre en réponse au risque de rage. L’Institut Pasteur de Tunis, responsable du suivi, justifie cette approche en soulignant que des cas de rage persistent en Tunisie. Face à cette menace persistante, l’option privilégiée reste l’abattage, malgré les multiples tentatives de trouver des solutions alternatives.

Aussi, les campagnes de vaccination annuelles ne sont-elles donc pas efficaces ? Tout d’abord, il est à préciser que celles-ci visent exclusivement les animaux domestiques, mais elles excluent les animaux abandonnés qui errent dans les rues. Alors, comment venir à bout de ce fléau et arriver à la couverture vaccinale demandée de 70%, si ces chiens-là ne sont pas pris en compte? C’est une question que l’on peut se poser, à juste titre, pour tenter de comprendre ce qui se joue, et quel est le but visé, car il n’est pas perceptible par les activistes. 

Pour preuve de cet échec, ces statistiques en hausse provoquent cette recrudescence d’abattages. Ces décisions suscitent la colère et l’indignation des défenseurs des animaux et de nombreux citoyens qui dénoncent une cruauté inacceptable et l’inefficacité avérée de cette méthode. Alors que l’on assiste, cette fois-ci, à des tueries sans précédent, où même les chiens identifiés par une boucle à l’oreille, donc reconnaissables pour avoir été vaccinés contre la rage et stérilisés, ne sont pas épargnés. Quel est donc le projet visé? Engager des chasseurs et investir dans les cartouches pour tous les éradiquer? Un objectif morbide qui semble, pourtant, difficilement atteignable. Surtout quand on pense au budget vertigineux alloué pour cette entreprise : 40 Dt par chien abattu (chiffres 2019) au prix de 4,70 Dt la cartouche. Un investissement qui pourrait largement profiter à la vaccination. N’est-ce pas?! 

Loin des violentes, des alternatives éthiques

Cette préférence pour des alternatives violentes provoque un tollé sur tous les réseaux sociaux, où des internautes publient, en pleurs, les images choquantes de chiens agonisants, baignant dans leur sang ou morts. On assiste à des scènes où l’on voit des individus, fusils au poing, parcourant les rues en poursuivant les chiens, avec le bruit des détonations qui résonnent dans la nuit, accompagné des cris de terreur et de douleur des chiens…, puis, ce silence qui suit, où l’on aperçoit les animaux jetés et emportés, parfois encore vivants, dans des camions. Ces vidéos et images sont difficilement visionnables, tant elles témoignent des horreurs vécues par les animaux, mais aussi par le citoyen tunisien opposé à ce que, dans son pays, lui soient imposées ces scènes traumatisantes. Scandalisés, de simples citoyens, ont pourtant tenté de s’interposer et de parlementer avec les snipers, en vain. 

Persister dans cette voie est non seulement inhumain, mais inexplicable pour un pays comme la Tunisie. Certes, la rage est un fléau auquel il faut s’attaquer et c’est de la responsabilité de l’Etat qui réagit pour assurer la protection de ses citoyens. Mais, comment ne pas faire, également, cas des répercussions, de toute cette violence, sur la santé mentale et du traumatisme vécu par ceux sensibles à toutes souffrances, dont celle animale? Et pour aller plus loin, quelles réactions à l’international ! 

Réagir pour contrer la rage, certes, mais alors pourquoi ne pas opter pour les solutions durables et préconisées par les Organisations de santé humaine et animale ? L’OMS et l’OIE, s’appuyant sur des études scientifiques, ont rejeté, depuis bien longtemps, l’extermination par empoisonnements ou abattages, et préféré plutôt des options donnant des résultats dans la durée. Or, il a été prouvé que les abattages ne provoquent qu’un effet transitoire et illusoire, un coup de bluff ! Faudra-t-il que la Tunisie, les années à venir, pose toujours ce même constat et accuse encore des cas de rage humaine et animale, avec encore des meutes de chiens qui viendront réoccuper les lieux laissés libres par ceux qui ont été décimés ? Pourtant, il y a bien urgence à mettre fin à ce cycle infernal, de façon pérenne et définitive, car c’est un problème de santé publique. 

C’est dans ce contexte d’abattages que, suite à la réponse favorable des autorités tunisiennes à la lettre qu’elle a adressée au Président tunisien, Kais Saïed, la Fondation «Brigitte Bardot», en collaboration avec Tunisia Animals Voice, les associations El Fell d’Hammam-Sousse et l’APA de Sfax, avait élaboré sa feuille de route pour sa venue en Tunisie. 

Durant la semaine du 21 au 27 janvier 2024, la FBB est allée à la rencontre d’associations qui partagent ses valeurs et ses objectifs, en vue d’établir des partenariats pour renforcer leurs actions sur le terrain. Cette visite a été, alors, l’occasion d’échanges avec les municipalités de Sfax, Sousse, Hammam Sousse, Ariana, et avec la gouverneure de Nabeul et ses délégués, pour faire le point sur les projets en cours, visiter les refuges et les centres de stérilisation et vaccination, rencontrer les autorités et les décisionnaires au ministère de l’Intérieur. 

S’inspirer de l’expérience de Kaboul

Le Dr Jalil Mohammadzai, vétérinaire, qui dirige le projet de l’Association Mayhew International à Kaboul, accompagnait Mme Brigitte Auloy de la FBB. Il est venu spécialement du Royaume-Uni pour présenter aux autorités et à ses confrères tunisiens l’expérience de Kaboul (Afghanistan). C’est lui qui a réussi à convaincre les dirigeants de Kaboul de mettre fin à la pratique d’empoisonnement des chiens par strychnine, pour introduire à la place un programme de vaccination stratégique à long terme, ce qui, dans les zones à haut risque, a permis d’interrompre le cycle de transmission de la rage.

Dans le but d’atteindre et de maintenir l’objectif crucial d’une immunité collective atteignant 70 % de la population canine, cette approche combinant la stérilisation prioritaire des femelles avant d’être étendue aux mâles, s’avère porteuse de résultats significatifs. Pour Kaboul, après la présentation de cette stratégie en 2015, ce n’est que deux années de réflexion plus tard, que les autorités se sont finalement rangées derrière cette proposition, puisque l’arrêt définitif des empoisonnements a été scellé en janvier 2017. Le programme de vaccination anti- rabique massif a débuté en août de la même année. Et de 2019 à 2023, plus de 40.651 chiens ont été stérilisés et vaccinés. L’objectif était de contrôler la rage et de gérer la population canine avec humanité pour le bien des êtres humains et des animaux. 

Il est à souligner qu’avant que Mayhew ne commence son travail en Afghanistan, il y avait à Kaboul, en moyenne, 38 cas de décès humains / an, causés par la rage. Depuis la fin de l’année 2020, aucun cas n’a été signalé et les autorités se félicitent d’avoir pris les bonnes décisions. Ne pourrait-on pas envisager que les initiatives fructueuses, mises en place dans un pays économiquement défavorisé, tel que l’Afghanistan, puissent être adaptées à la Tunisie, un pays disposant de toutes les compétences vétérinaires requises ? Un défi lancé et à relever pour atteindre le zéro cas de rage, à l’horizon 2030. 

La FBB, qui soutient ce programme à Kaboul, est arrivée avec l’intention de collaborer avec les autorités locales, les associations tunisiennes de protection animale, ainsi qu’avec les vétérinaires. Concernant ces derniers, le Conseil de l’Ordre des vétérinaires et le Syndicat des vétérinaires ont été contactés, mais n’ont pu participer au débat. Pourtant, en tant qu’acteurs principaux, leur engagement et leurs prises de position sont essentiels pour établir les orientations fondamentales de ces programmes de vaccination de masse assortis de stérilisations. En l’absence de leur collaboration, il est évident que peu de progrès pourront être réalisés.

En attendant que des décisions cruciales soient prises pour notre pays, la prolifération des chiens dans nos rues persiste, exposant ces animaux aux actes de violence. Et le risque de la rage demeure aussi maintenu.

Le Président encore une fois sollicité

En effet, les activistes de la société civile et les associations de protection animale condamnent fermement ces abattages de masse et exigent l’arrêt immédiat de ces pratiques barbares, ainsi que la promotion de solutions alternatives éthiques et durables. Ils sont convaincus que seule l’adoption de telles propositions permettra de sortir de cette impasse et de garantir des résultats positifs à long terme.

Dans le cadre de cet engagement, Tunisia Animals Voice adresse un appel au Président de la République, lui signifiant que sa volonté de protéger les citoyens est indéniable. Le collectif souligne que le devoir de chacun ne devrait-il pas être de veiller au bien-être de toutes les créatures vivant sur terre ? Il exprime que là où il y a une volonté, un chemin se dessine et affirme que le doute et le découragement ne peuvent vaincre la détermination de ceux qui aspirent au changement. Les militants poursuivent leur lutte avec conviction, conscients que leur combat va bien au-delà de la simple défense des droits des animaux. Il s’agit d’un enjeu sociétal crucial visant à assurer la sécurité, la santé et le bien-être tant des humains que des créatures vivant sur le sol tunisien.

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